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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 6, numéro 41, décembre 1994 |
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Monsieur Lauré Lussier
Agent de développement
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au
Québec
Pour mieux vivre ensemble
"Pour mieux vivre ensemble" : c'est sous ce thème qu'est placée cette année la Semaine interculturelle nationale.
Cette Semaine est une occasion privilégiée de tisser des liens entre les citoyens de toutes origines, d'apprécier nos ressemblances et nos différences et de souligner la richesse de cette diversité.
C'est donc dans le cadre de la Semaine interculturelle nationale, que le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec a mis sur pied une activité sous la forme de débat grand public avec droit de parole.
Un des buts de la Semaine interculturelle nationale vise à sensibiliser l'ensemble de la société québécoise au concept d'une responsabilité partagée face à l'intégration et favoriser l'adhésion à une culture commune au Québec et ce, "Pour mieux vivre ensemble".
Les minorités ethniques forment le tiers (1/3) de la population montréalaise. Le Québec, société d'accueil, est connu pour "sa grande tolérance à la diversité" 1. Malgré cette tolérance,"elle se voit confrontée à l'émergence de conflits interculturels, conflits de valeurs, souvent porteurs de racisme" 2 (notons , comme exemple, la controverse entourant le port du foulard islamique à l'école).
Pour contrer cette émergence, le Québec a instauré plusieurs programmes, interventions, ateliers et projets de formation interculturels. Le Québec connaît, depuis 1980, une explosion d'intérêt pour les questions ethniques et culturelles, notamment dans le secteur scolaire et celui de la santé et des services sociaux.
Cette émergence dans l'intérêt d'études ethniques correspond à l'arrivée massive des enfants de l'immigration dans les écoles francophones, comme l'a voulu la Loi 101 sur la langue" 3. Une étude menée l'an dernier pour le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, conclut que "la Loi 101 a effectivement rempli son objectif explicite qui visait à renverser la tendance des minorités à fréquenter l'école de langue anglaise au Québec". Aujourd'hui, 70% des élèves allophones fréquentent les écoles publiques françaises de l'Ile de Montréal (différence marquante entre le 11% de 1970 !). Mais cette concentration crée des tensions raciales. Cependant, ce sont les enfants des immigrants qui fréquentent le plus les écoles privées au Québec et plus particulièrement les écoles ethniques. Depuis l'adoption de cette même Loi , le nombre d'écoles ethniques (parfois appelées "écoles-ghettos" ou même "preuve de ségrégation") est en augmentation constante; le nombre de communautés qui souhaite développer leur propre réseau d'écoles tend à croître. Par contre, la Commission consultative de l'enseignement privé recommande au gouvernement de "cesser progressivement de subventionner les écoles ethniques" de niveau primaire, subventions étatiques de 60% de leurs coûts totaux.
Le gouvernement a prévu une loi sur l'accès à l'égalité d'emploi visée aux entreprises à plus de 100 employés. Bien qu'elle forme le tiers de la population de Montréal (et malgré cette loi), la présence des minorités ethniques reste faible: 8% de la fonction publique de la Métropole, 4% de la fonction publique québécoise. Assez loin de l'objectif de 12% prévu par la loi - objectif jamais atteint depuis 1989. Des 272 nouveaux doctorats décernés par l'Université de Montréal au printemps dernier, 43% des récipiendaires étaient membres de minorités ethniques. Par contre, seulement 3,4% des candidats jugés aptes à occuper un poste de fonctionnaire, lors du recrutement 1991-92, étaient issus de minorités ethniques. 52% des fonctionnaires ne croient pas qu'il soit possible d'embaucher autant de minorités que le prévoit la loi.
En ayant pris connaissance de ces quelques données, nous pouvons facilement apercevoir un fossé entre la théorie et la pratique. De plus, une multitude de questions nous viennent à l'esprit en constatant ce fossé: Y a-t-il une "ghettorisation" voulue et par les Québécois et par les Néo-Québécois?, Y existe-t-il une ségrégation cachée? Où commence l'intégration et a-t-elle des limites? Etc. etc...
Enfin, y a-t-il lieu de s'interroger sur le concept d'intégration et d'adhésion à une culture commune au Québec si le lieu de rencontre de la théorie et la réalité de la pratique crée une "zone grise"? Voilà, en une question, le sujet qui a été matière à débat lors de notre rencontre du 14 novembre, 1994.
Revendications, propositions, questions, commentaires... Dans une ambiance tendue ou de camaraderie, dans un esprit d'ouverture ou de dénonciation, voici une occasion pour nous tous de manifester de vive voix ce que nous pensons et souhaitons trop souvent en silence.
Références
1. Mme Margalit Cohen-Émérique
N.B. Toutes les citations ainsi que les statistiques et la majeure partie de ce texte sont extraites d'un article publié par M. François Berger, dans le journal La Presse, 1er octobre, 1994.