Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 6, numéro 41, décembre 1994

Monsieur Lauré Lussier
Agent de développement
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec

La Zone grise de l'intégration

Lieu de rencontre de la théorie et de la pratique

Un débat sur l'intégration des communautés culturelles peut, nous le savons tous, prendre beaucoup de tangentes. Celui que le Regrou-pement inter-organismes pour une politique familiale au Québec a mis sur pied, le 14 novembre dernier, n'a pas fait exception.

Il n'a pas été question de racisme. Peut-être pour cause; comme Albert Jacquard l'explique simplement dans son livre L'éloge de la différence: "Une race est une espèce capable de se reproduire entre elle". Etre raciste serait dire que nous n'acceptons pas d'être des humains. Il n'a pas été question de ségrégation non plus. Est-ce un signe positif? Nous l'espérons.

La tangente politique prise dans ce débat a peut-être eu comme source les élections scolaires qui se déroulaient quelques jours après. Nous laisserons les résultats de ces élections ouvrir davantage cet aspect du débat, dans un futur éventuel.

Après avoir écouté madame Louise Laurin nous exposer d'une manière fort simple et très amicale son expérience vécue (et connue de tous) avec une famille turque pour laquelle elle a exercé beaucoup d'efforts louables, la question de religion s'est maintenue longtemps. Quoique le groupe qui était présent au débat ne représentait qu'une infime partie de l'échantillon de gens préoccupés par les questions d'intégration, il était facile de constater que le volet religieux était une constante.

Religion

La pratique de diverses croyances religieuses, les apparats, moeurs et coutumes reliées à ces croyances en ont sensibilisé plus d'un(e):

"Il faut faire attention à ce que les moeurs et coutumes religieuses n'empiètent pas, ou du moins n'envahissent pas les concitoyens, et ce, basé sur la charte des droits et libertés".

"Il est très difficile de mettre à l'écart des siècles de croyances et pratiques religieuses à l'intérieur d'un système de croyances différentes".

"Il est important de respecter les valeurs religieuses mais en demandant aux enfants de porter des choses toute à faites différentes des coutumes de la société d'accueil, les parents ne font-ils pas un grand tort à ces enfants qui, un jour, se révolteront peut-être et abandonneront leur religion qui est très valable?"

L'expression "Société d'accueil" a été utilisé très souvent. Société d'accueil sous-entend acceptation, intégration.

Intégration

"Ne pas "intégrer" l'étranger mais de respecter ses façons de vivre différentes des nôtres, ce qui rejoint notre droit à tous à la singularité. La singularité est un droit culturel qui découle des droits et des devoirs humains".

"S'intégrer au Québec? Qui s'intègre? Qui doit s'intégrer? Les communautés culturelles sont ici déjà. Elles n'ont pas à s'intégrer; elles doivent être respectées. Peut-être qu'il y a des gens de la société d'accueil qui n'ont pas les yeux ouverts sur les réalités des communautés culturelles".

"Les communautés culturelles disent que c'est toujours les mêmes personnes qui ont les mêmes lunettes, les mêmes photos. Par ce fait, il y a désintéressement des communautés culturelles. La société d'accueil a besoin d'un peu de vitalité, d'une nouvelle approche. On a besoin du goût de rencontrer l'autre".

"La famille est le reflet de la société ensuite c'est l'école. Est-ce que l'école ne devrait pas instaurer des règles de base précises. Suite à l'accueil des groupes ethniques, ceux-ci ne devraient-ils pas accepter ces règles de bases à l'intégration, puisque nous avons à les aider à s'intégrer et ne voulons pas être contraints à changer nos coutumes? Est-il possible de ne pas briser des lois et conserver nos droits acquis?"

"Les moeurs ne viennent pas des enfants mais plutôt des parents. Est-ce que la volonté des parents à s'intégrer est valable: rester collé aux apparats, tels que les turbans, voiles et les "grands couteaux "ne démontre t-il pas une volonté de non-intégration? Si oui, c'est très grave".

Nous avons abordé plusieurs aspects légaux, de droits et libertés. Un autre aspect fort important a été soulevé: celui de respect des diversités sous différentes formes.

Respect de la diversité

"Il est fondamental, dans toutes relations, de gérer les affinités et de concilier les différences. Les affinités, nous en avons tous sinon il n'y aurait évidemment pas d'intérêt de la part des ethnies à s'installer au Québec. Les différences, nous en avons également. Il faut cependant en connaître, ou du moins avoir un aperçu de leurs portées. Il s'agit en fait, de respecter ces différences sans envahir la liberté d'autrui".

"La diversité devrait être vue comme une richesse. C'est un principe fondamental de l'être qui fait évoluer. Face à la différence, une personne se voit en face de sa propre nature: lui et elle sont différents de moi parce que moi je suis comme-ci. C'est donc de prendre conscience de sa personnalité qui est composée de vécu. Le vécu différent de chaque individu formant un groupe donne une diversité qui est riche et qui fait élargir les visions que nous avons de ce qui nous entoure. Cette conscience prise, de pair avec l'acceptation de soi, on se doit d'accepter l'autre puisque lui aussi est différent et il nous le montre. Si nous dérogeons de l'acceptation de la richesse par la diversité, nous encourrons un problème de sécheresse".

Il a été très souvent question de tenue vestimentaire, particulièrement celle du peuple arabe. Nous avons parlé du port du foulard islamique, les turbans, les "grands couteaux arabes", les jeunes garçons aux cheveux nattés, etc. Est-ce plus agaçant rencontrer un arabe qui porte son turban qu'un hassidime vêtu à sa manière orthodoxe? Est-ce plus déstabilisant croiser une turque vêtue de sa robe et son voile qu'un latino au t-shirt imprimé du logo "Latinos #1"? Peut-être, semble t-il. Peut-être parce que ça frappe l'oeil. Au-delà de l'oeil, il y a le coeur:

Le goût au coeur

"Des lois, il y en a et il y en a beaucoup. Nous pourrons inventer toutes les lois que nous voudrons mais à la base, la question d'intégration et des communautés culturelles se doit être une affaire de coeur. Nous sommes tous du monde et nous sommes tous du "beau monde!".

Tous du "beau monde". En effet. Dans la même veine, cet extrait d'un texte de Joseph Wresinski nous a été citée par madame Renée Condé-Icart du Centre haïtien d'action familiale:

"Les pauvres nous le disent souvent: ce n'est pas d'avoir faim, ce n'est pas de ne pas savoir lire, ce n'est pas d'être sans travail qui est le pire malheur de l'homme. Le pire des malheurs est de se savoir compté pour nul... Le pire est le mépris de nos concitoyens car c'est le mépris qui nous tient à l'écart de tous droits qui fait que le monde dédaigne ce que nous vivons et qui nous empêche d'être reconnu comme digne et capable de responsabilités".

Du droit à la religion, des yeux au coeur, de l'intégration au respect, voilà l'éventail assez complet que nous avons pu développer et dialoguer dans ce débat. Le Regroupement met beaucoup d'énergie et d'intérêt aux questions interculturelles. Ce débat n'était qu'une des nombreuses initiatives. Il est important de souligner que ce débat se voulait une occasion pour manifester tous propos face aux questions d'intégration pour favoriser un meilleur rapprochement. La réponse des communautés culturelles autres que québécoise à ce débat a été très faible au niveau de la présence. Nous pouvons certainement retrouver à l'intérieur de ce fait quelque chose d'une très grande valeur: en plein coeur de la Semaine Nationale interculturelle, chaque groupe ethnique, chaque communauté était affairée et impliquée à se faire connaître, à démontrer la volonté de connaître l'autre et de créer des liens fondamentaux de rapprochement culturels en inventant, créant et organisant une panoplie d'activités diverses, toutes avec le même but: pour mieux vivre ensemble!

Enfin, nous aimerions exprimer notre gratitude à des personnes qui nous ont aidé à mettre sur pied cette activité, sans quoi leur collaboration et participation n'aurait su apporter le dynamisme et la cohérence que nous avons pu vivre.

Madame Louise Laurin (Commissaire à la CECM) pour son allocution d'ouverture traitée d'une manière humaine et simple. Madame France Gagnon (avocate et étudiante au doctorat du Centre d'études ethniques de l'Université de Montréal) pour son implication et d'avoir accepté d'animer ce débat. Madame Claire Roy (Association pour l'éducation interculturelle du Qc) pour sa collaboration au niveau des détails techniques de cette journée.

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