Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 7, numéro 46, avril 1996

Des publics, des milieux ... et des écoles

Monsieur Émile Robichaud
Directeur général
Institut de formation des Maîtres de l'Université de Montréal
Extrait du magazine
L'Agora, mai 1995

Au moment où s'amorcent les travaux de la Commission des États généraux sur l'éducation, il n'est peut-être pas inutile de rappeler quelques évidences... qui n'en sont pas pour tout le monde.

Une manchette du quotidien La Presse illustre bien notre propos : "Les parents prennent d'assaut les écoles à vocation particulière de la CECM" (mercredi, 22 février 1995). En ce faisant, les parents ne font qu'exercer un droit fondamental que leur accordait, en 1964, la loi qui créait le ministère de l'Éducation : "Attendu que les parents ont droit de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants..." (préambule, 3e paragraphe). "Selon leur conviction": c'est clair et fort explicite. Il ne s'agit pas de s'en remettre aux idéologies ou aux théories de toutes sortes, mais à la conviction des parents.

Et Dieu sait si, depuis trente ans, le bon sens des parents s'est avéré plus juste que presque toutes les théories que les modes ont imposées aux écoles et aux éducateurs. Qui oserait, aujourd'hui, proclamer le "dogme" des opinions graduées, du gigantisme scolaire, du français "communication". Et, surtout, de la haute valeur "socialisante" du va-et-vient continuel des élèves d'un groupe à l'autre ? Pourtant, les parents ont dû, pendant des années, taire leur scepticisme et accepter, quand ils n'avaient pas les moyens de faire autrement, de se soumettre aux diktats des "experts".

Mais ils ont , à force d'astuce et d'entêtement, fini par trouver le moyen de "faire autrement". Et c'est ainsi qu'est né ce "réseau parallèle" que constituent les écoles à "vocation particulière", un réseau fort diversifié. On y retrouve, en effet, des institutions qui n'ont qu'un seul point en commun : elles répondent aux attentes d'un certain "public".

Il faut souhaiter que les États généraux mettent enfin en évidence une réalité pourtant élémentaire : s'il existe des publics quand il s'agit du théâtre, de la musique, de la littérature, il existe aussi "des publics" quand il s'agit des écoles. "Et pourquoi une école n'aurait-elle pas "son public" comme un orchestre ou une troupe de théâtre a le sien ? Et pourquoi "un public" n'exigerait-il pas que "son"école lui donne ce qu'il désire comme il l'exige de "ses"musiciens, de "ses" artistes ?"1. Cette question, l'Association des directeurs d'école de Montréal la posait déjà en ... 1980.

Poser cette question c'est, par le fait même, poser l'autre question délicate : celle du "milieu". Faut-il ne retenir que le seul critère"géographie" pour définir le milieu ? Pourtant, nous savons tous que, surtout dans un quartier urbain, les attentes des parents diffèrentbeaucoup. Continuerons-nous à nous entêter à vouloir concilier toutes les différences, toutes les dissidences, toutes les attentes fort différentes des parents dans une sorte d'abstraction qui a nom "l'école publique" alors qu'il semble tellement évident que c'est le réseau qui doit assumer cette responsabilité et non pas chacune des écoles ?

L'Association des directeurs d'école de Montréal, dans le document déjà cité, proposait une approche qui mériterait sérieuse considération : "Il serait plus sage d'affirmer : "il doit y avoir des écoles pour tous" plutôt que "l'école doit être ouverte à tous". Autrement, au nom du respect dû à leur dissidence, et à leur différence, les minorités, souvent revendicatrices, continueront à brimer la majorité."2.

Souhaitons que la Commission des États généraux sur l'éducation se penche avec intérêt sur cette question. Les parents ont bien mérité qu'enfin on leur offre des écoles qui "selon leur conviction assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants ...". Mais les idéologies ne lâchent pas prise facilement. Ils rêvent de "l'école" niveleuse, aseptisée, outil d'intégration sociale, économique, culturelle, pédagogique et... politique. La véritable démocratie scolaire est, comme la vie elle-même, faite de diversité et de complexité. Méfions-nous de l'uniformité : "les publics" et "les milieux" désirent "des" écoles. Les leur refuser, c'est refuser la vie elle-même.


Références

1. Des écoles au service des publics - Une étude de la notion de milieu. Association des directeurs d'école de Montréal, avril 1980, p. 12

2. id. p. 9

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités