Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 8, numéro 49, juin1997

Éditorial

Monsieur Yves Lajoie
Directeur général

Le manche de la braoule *

Le 4 mars dernier, le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec rencontrait la ministre de l'Éducation et responsable de la Famille, madame Pauline Marois, en compagnie de délégués de la Confédération des organismes familiaux associés du Québec (COFAQ) et de la Fédération des unions de familles (FUF).

Notre présidente, Denise T. Casimir, conduisait la délégation du Regroupement, composée des membres du Conseil d'administration et du directeur général.

Cette rencontre spécifique avait été demandée par le Regroupement et les autres grandes organisations familiales précitées. Cette rencontre se situait dans le cheminement d'un partenariat engagé entre le Regroupement et les organismes familiaux, d'une part, et les intervenants gouvernementaux, ministériels et autres, d'autre part. Elle faisait suite à des correspondances échangées, soit avec le Premier ministre, monsieur Lucien Bouchard, soit avec la ministre, madame Pauline Marois. Les membres du Regroupement ont reçu copie de cette correspondance.

Madame la Ministre, à l'évidence, avait pris connaissance de cette correspondance et en a bien résumé les propos. Cette rencontre a été des plus chaleureuse. Mais... et tout est dans le mais! Mais, on peut fort bien connaître le propos de l'autre, sans nécessairement y adhérer. D'autant plus que cette rencontre en était une d'information de la part de la Ministre et non de consultation.

Nous avons fait savoir à la Ministre que nous considérions que le dépôt de "nouvelles dispositions de la politique familiale" était globalement un pas en avant, mais que des interrogations sérieuses se posaient, tant sur le fond que sur la forme de ce dépôt de nouvelles dispositions.

Sur la forme, les organismes, habitués au partenariat, ont été surpris de ne pas être consultés mais informés, sans savoir si la présente rencontre avec la Ministre avait des chances de l'influencer dans sa politique Les organismes, habitués au partenariat des plans d'action "Familles en tête", se sont montrés inquiets des suivis du troisième plan et de l'avenir du quatrième. Les organismes ont marqué leur appréhension pour l'avenir du Secrétariat à la famille qui doit être fondu, tout en conservant ses fonctions de coordination et d'horizontalité, dans un éventuel Office de la famille et de l'enfance, appréhension que lui soit fait le sort du pot de terre par le pot de fer! La Ministre nous a donné l'assurance que la fonction du Secrétariat sera protégée et maintenue. Nous nous en sommes réjouis.

Interrogée également sur le maintien du Conseil de la famille et les nominations pertinentes, la Ministre nous en a confirmé le maintien et les nominations prochaines. Là aussi, nous nous en sommes réjouis.

Sur le fond, les organismes ont questionné fortement l'orientation prise par le gouvernement de donner directement des services aux enfants, à l'enfance, plutôt que de soutenir les parents dans la prestation de tels services, tout en affirmant que ce sont les parents qui en sont les premiers responsables. Ainsi, on limite le choix des parents.

On a également questionné les seuils pour l'allocation unifiée pour enfants (AUE), trop bas pour les familles monoparentales et les familles bi-parentales, et, par conséquence, ces seuils deviennent désincitatifs à l'amélioration de la situation économique des familles. On a souligné que si les allocations aux familles très défavorisées étaient nettement plus avantageuses, certaines familles, dans certains cas de figure, étaient lourdement désavantagées. De plus, les familles à revenus moyens et supérieurs font les frais de cette péréquation aux familles défavorisées, On aurait préféré une péréquation de tous les membres de la société.

On a souligné que de très nombreux parents s'opposent à la maternelle cinq (5) ans à temps plein, mettant de l'avant que les parents auraient préféré une maternelle à demi-temps. Soit pour des raisons pratiques, soit pour des raisons de faire valoir que cet âge est trop précoce pour engager un enfant dans la filière éducation, où les parents ont peu d'influence en comparaison du réseau des garderies où leur influence est prépondérante. On a fait valoir les nombreux problèmes logistiques devant cette implantation massive et rapide de ces garderies pour septembre prochain. Beaucoup de ressources de qualité se sentent bousculées devant ce blitz!

Les participants ont bien sentis qu'ils avaient été écoutés attentivement, mais se demandent maintenant jusqu'où leurs observations et réticences seront prises en considération. Ils ont l'intime conviction que le Premier ministre et la Ministre veulent agir, et vite,mais ils n'ont pas l'intime conviction que ces changements se feront selon les représentations effectuées

La Ministre a annonce un Comité qui étudiera toutes ces remarques et appréciations des nouvelles dispositions de la politique familiale pour "rebrasser la soupe". Les familiaux ont demandé d'être partie prenante. Ils le souhaitent. Mais... et tout est dans le mais, il n'est pas évident qu'il y ait de la place sur le manche de la braoule! *

(* braoule: louche à grand manche pour brasser et servir la soupe )

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités