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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 8, numéro 50, juin1997 |
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Monsieur Claude Roy
Directeur général
PRO-GAM Inc.
Centre d'intervention et
de recherche en violence
conjugale et familiale
L'aide aux conjoints violents
"L'aide aux conjoints violents: un élément essentiel en matière d'intervention dans la problématique de la violence conjugale et familiale au Québec"
Préambule - Quelques mots sur le conférencier et PRO-GAM
Monsieur Claude Roy est le directeur général de PRO-GAM et y oeuvre depuis plus de onze ans. Fondé en 1982 à Montréal, il s'agit de l'organisme communautaire pionnier au Québec pour ce qui est de l'intervention auprès des conjoints violents.
PRO-GAM est principalement subventionné par la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, Centraide du Grand Montréal, et reçoit une subvention discrétionnaire du Ministre de la Sécurité publique depuis plusieurs années.
Même si PRO-GAM est principa-lement connu pour son programme de thérapie de groupe bilingue pour les conjoints violents, nos intervenants professionnels, hommes et femmes, offrent aussi d'autres programmes tels :
C'est avec un grand plaisir que j'ai accepté, au nom de notre organisme, de participer à cet événement traitant de la violence familiale au Québec.
Nous remercions chaleureusement le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale d'avoir organisé cette rencontre, car elle aborde un phénomène social très grave au Québec !
Il est fort important de parler de cette question complexe. Cependant, notre plus grand défi demeure celui de trouver des solutions adaptées. Nous devons donc collectivement mettre l'accent sur la prévention, la protection et l'aide adaptée pour toutes les personnes aux prises avec cette forme de violence particulière.
Dans ce contexte, je veux ici attirer votre attention sur un élément essentiel en matière de violence conjugale et familiale, soit l'intervention auprès des hommes ayant des comportements violents envers leurs proches.
Au Québec et au Canada, il n'y a pas longtemps que l'on aborde vraiment le problème social de la violence conjugale et familiale. Autrefois traitée comme un sujet tabou relevant du domaine de la vie privée, la violence conjugale et familiale est heureusement aujourd'hui reconnue comme un problème social majeur.
Il nous faut donc prévenir et solutionner cette violence car elle fait à chaque année des milliers de victimes, principalement chez les femmes et les enfants. Cependant, bien que moins touchés, plusieurs hommes sont aussi au nombre des victimes et il nous faut également en tenir compte dans nos interventions !
En 1977, le gouvernement du Québec adoptait la "Loi sur la protection de la jeunesse". Il s'agissait là d'un pas de géant en terme de prise de conscience collective. Cette Loi, et les ressources qui l'accompagnent, sont des mesures concrètes visant à mieux protéger les enfants, entre autres, de la violence conjugale et familiale.
Mais en 1977, on commençait à peine à parler vraiment de la violence conjugale et familiale - c'était un sujet dérangeant et tabou ! Nous devons rendre hommage aux personnes qui ont alimenté ce débat social essen tiel, tout en organisant et en implan tant des ressources de protection pour les femmes violentées et les enfants témoins/victimes. C'est à partir des années 1975 que les pre mières maisons d'hébergement font leur apparition au Québec et, en 1977, le gouvernement québécois commence à les soutenir financièrement.
Concernant les victimes, nous de vons collectivement considérer que l es ressources de protection et d'aide pour les victimes de la violence conjugale et familiale étaient, et demeurent, des ressources absolument indispensables. Aussi, nous devons les soutenir adéquatement et s'assurer qu'elles soient disponibles et accessibles dans toutes les régions et les sous-régions du Québec.
À la fin des années 1970 et surtout au début des années 1980, le Québec et le Canada faisaient péniblement la découverte de l'étendue du problème de la violence conjugale et familiale.
C'est dans ce contexte social, qu'un comité du Sénat canadien rendait publique, en 1982, une étude démon-trant qu'il y avait, sans doute à cha-que année au Pays, un million de femmes victimes de violence conjugale.
Le traitement social du phénomène de la violence conjugale était alors, à toute fin pratique, celui-ci : d'une part, on dénonçait énergiquement la violence faite aux victimes tout en réclamant des ressources de protection et d'aide, d'autre part, on réclamait avec insistance que les agresseurs soient traduits devant les tribunaux et qu'ils soient sanctionnés sévèrement pour leurs actes criminels.
Cette approche visait deux objectifs: celui de créer un mouvement de solidarité et d'aide envers les victimes, et, celui d'obtenir un large mouvement de pression pour que les agresseurs soient arrêtés par la police, jugés et punis de manière exemplaire par les tribunaux. À travers une approche strictement judiciaire, on voulait alors passer un message social dissuasif auprès des agresseurs potentiels ou actifs. On pensait ainsi, soit prévenir l'apparition de la violence, ou encore, prévenir la récidive de la violence chez les agresseurs dépistés et ce, en étant très répressif à leur endroit.
Mais les faits ont très largement démontré que l'approche judiciaire seule ne fonctionnait pas aussi bien dans la réalité que dans l'imaginaire de plusieurs personnes surtout éprises de punition comme unique élément de solution pour les agresseurs.
À ce sujet, nous sommes d'accord aujourd'hui pour dire que la violence conjugale et familiale est criminelle. Cependant, force nous est donc de constater que l'approche judiciaire, à elle seule, n'est pas la solution miracle escomptée, il y a plusieurs années, pour faire face à un problème social aussi complexe.
Le 17 mars 1986, le ministre de la Justice du Québec de l'époque, mon sieur Herbert Marx, a donné un grand coup de barre par rapport à l'application du code criminel dans le dossier de la violence conjugale en judiciarisant celle-ci. La "chicane de ménage" est devenue presque du jour au lendemain un acte criminel.
Cependant, cette violence doit être considérée dans tous ses aspects: humain, socioculturel, structurel et économique. Comme on le constate, il s'agit d'une situation sociale extrêmement complexe qui implique parfois tous les membres d'une même famille, fortement liés entre eux au plan affectif.
Monsieur Herbert Marx, lors d'une conférence sur la violence conjugale au printemps 1988 à l'Université du Québec à Montréal, disait : "Cette criminalité est très particulière puisque c'est un des rares cas où la victime et l'agresseur vivent une relation intime, cohabitent ensemble et ont souvent des enfants en commun".
Par exemple, les faits démontrent que beaucoup de femmes violentées retournent vivre avec leur conjoint après un ou même plusieurs séjours dans une maison d'hébergement. En outre, en Cour à Montréal, on observe que la majorité des femmes violentées retournent vivre avec leurs conjoints même si ces derniers ont des démêlés avec la Justice criminelle à cause de leur violence.
Pour les organismes intervenant auprès des conjoints violents, il est clair que toutes les formes de vio- lence conjugale qui contreviennent aux dispositions du code criminel de vraient idéalement être soumises à la Justice.
Toutefois, il est cependant important de considérer que la femme qui porte plainte à la police cherche de l'aide mais la plupart du temps, elle n'a pas voulu que la situation soit judiciarisée ou que l'on mette son mari en prison.
Selon le Juge Henri-Rosaire Desbiens de la Cour du Québec: " Le plus souvent, la femme, en portant plainte, n'a pas voulu faire mettre son conjoint en prison. Elle a seulement cherché de l'aide pour régler son problème et continuer sa vie de couple. Voilà la problématique particulière qui rend difficile l'intervention efficace du système judiciaire" Réf : Tiré de : "L'intervention judiciaire est-elle efficace?", page 84 - Extrait du livre "Quand l'amour fait mal", Éditions St-Denis, 1989.
Le lien privilégié et particulier qui unit l'agresseur et la victime, exige une approche judiciaire et psychosociale complémentaire en vue d'enrayer le cycle de la violence. Notre objectif commun est d'enrayer le cycle de la violence conjugale et familiale. Nos moyens, bien que différents, sont complémentaires.
Toujours selon le Juge Desbiens : " ... pour que l'intervention judiciaire soit efficace, il est essentiel qu'on amène le délinquant devant le tribunal et qu'on établisse sa culpabilité...". Réf. : même source que ci-haut.
Le juge, dans les conditions de remise en liberté, ou dans la sentence, doit prendre des mesures appropriées pour protéger la victime et sanctionner le contrevenant de manière à prévenir toute récidive et ce, tout en lançant un message social à l'effet que cette violence est inacceptable et criminelle.
Dans cette perspective, un des objectifs majeurs du traitement judiciaire de la violence conjugale ou familiale doit aussi être impérieusement centré sur la réhabilitation de l'agresseur. Cependant, le recours à un service d'aide ou de thérapie ne devrait en aucun cas permettre à un individu de se soustraire aux sanctions prévues par la Loi. Si non, il y a un risque sérieux de banalisation !
Dans cet esprit, pour que notre travail d'aide et de responsabilisation des conjoints violents se fasse en complémentarité, il est important que les divers intervenants judiciaires et sociaux communiquent le même message dans leurs contacts avec les contrevenants. Autrement dit, la réhabilitation des conjoints violents suppose la reconnaissance de leur pleine responsabilité face à leurs conduites d'agression.
En cohérence avec ce qui vient d'être dit, en 1992, le ministère de la Santé et des Services sociaux, dans ses "Orientations" pour l'intervention auprès des conjoints violents, reconnaissait que le rôle des organismes communautaires intervenant auprès des conjoints violents et des hommes en difficulté "est essentiel et complémentaire" par rapport à l'aide offerte aux femmes violentées et aux enfants témoins/victimes de violence conjugale.
Cette reconnaissance sociale est basée, entre autres, sur le fait que même si un conjoint dit qu'il ne sera plus jamais violent parce qu'il a compris son problème et dit regretter les gestes posés, notre pratique nous démontre que, règle générale, un conjoint violent qui n'a pas d'aide pour travailler en profondeur sur son problème pourra difficilement le régler de lui-même. Au contraire, tout nous porte à croire qu'il agressera à nouveau la même conjointe ou une autre éventuellement.
Dans ce contexte, il est maintenant largement reconnu qu'il faut aider les personnes violentes et ce, sans égard à leur sexe ou à leurs conditions sociales. Cependant, il manque énor-mément de ressources pour venir en aide aux hommes violents en contexte conjugal ou familial. Par exemple, encore plusieurs régions du Québec ne disposent pas de services d'aide pour les hommes violents ou en difficulté. Seulement 5% du budget annuel, de 31 millions de dollars consacrés à l'aide aux femmes et aux hommes en difficulté, est consacré à l'aide aux hommes !
Selon nous, la violence conjugale et familiale sert à établir et à maintenir un pouvoir de domination sur une autre personne afin de la contraindre à se soumettre à la volonté de la personne qui utilise la violence.
À notre avis, la violence conjugale et familiale sert souvent à restreindre l'autonomie et la capacité d'affirmation des personnes victimes et ce, dans le but d'assurer à la personne violente un contrôle sur la vie des autres.
En violence conjugale par exemple, au delà du désir de contrôle, les raisons pour lesquelles un homme agresse sa conjointe peuvent-être multiples : besoin d'affirmation, besoin d'assurer sa sécurité affective, peur de perdre sa conjointe et ses enfants ou par peur d'être abandonné, pour combler un sentiment d'impuissance ou par besoin de consolider son image personnelle, etc...
Ainsi, la personne violente perçoit souvent comme étant de la provocation les gestes d'affirmation, d'autonomie ou de contestation provenant de la victime. Se sentant menacé par tout geste d'affirmation, la personne violente a alors recours à encore plus de violence pour rétablir son pouvoir sur l'autre - perpétuant ainsi le cycle infernal de la violence lequel est souvent inter-générationnel.
Notre société ne viendra jamais à bout de la violence conjugale et familiale si nous ne faisons pas tous les efforts nécessaires pour prévenir et contrer cette violence et ce, dans un esprit de complémentarité et de solidarité.
Comme ce phénomène social est largement transmis d'une génération à l'autre, il est évident qu'il nous faut questionner toutes les valeurs sociales et familiales qui nous entourent. Dans ce contexte, il nous faut tout mettre en oeuvre pour établir des programmes de prévention et de dépistage à tous les âges de la vie, particulièrement pendant l'enfance et l'adolescence.
De plus, il est évident que des mesures efficaces doivent être mises en place ou consolidées pour contribuer à assurer la sécurité et l'aide nécessaire à toutes les personnes aux prises avec la violence conjugale ou familiale.
Enfin, n'oublions jamais que s'il y a tant de victimes c'est parce qu'il y a un nombre effarant d'agresseurs. À ce sujet, il faut se rappeler qu'aucune ressource n'a à elle seule la solution de la violence conjugale et familiale. Aussi, l'approche judiciaire ayant largement démontrée ses limites, il faut absolument que les ressources partenaires aident mieux les personnes en difficulté ou violentes.
Mon but était de vous faire partager une vérité toute simple, à savoir :
"qu'aider une personne violente à changer ses comportements, c'est en même temps aider une victime à vivre pleinement sa vie sans violence"
J'espère avoir atteint mon objectif !