Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 8, numéro 50, juin1997

Madame Oneyda Arias
Responsable du projet
YMCA Saint-Laurent

Un groupe d'entraide fort intéressant à Place Benoît :un projet pour les femmes cambodgiennes

Entre mai 1996 et mai 1997, le YMCA Saint-Laurent, en concertation avec le centre communautaire &laqnoBon Courage» de Place Benoît et le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec et grâce à la collaboration de la Direction générale de la promotion et des programmes de santé, a réalisé un projet qui lui tenait à coeur. Nous avons donné à un groupe de femmes cambodgiennes le goût de s'organiser, en leur fournissant les outils nécessaires pour mettre sur pied un groupe d'entraide, pour développer un sentiment d'appartenance au groupe et pour découvrir leur potentiel.

Le YMCA s'est donné un échéancier pour relever son double défi auprès de ce groupe de femmes, fidèle à sa philosophie de développement et à son mandat concernant la prise en charge collective et/ou individuelle.

On s'est donné comme objectifs :

- de briser l'isolement des femmes;

- de mettre sur pied un groupe d'entraide et un tableau d'affichage.

Notre double défi était d'amener ces femmes à un processus de changement tout en préservant leur identité culturelle et ses modes de fonctionnement et en respectant leurs valeurs et traditions, ainsi que de les amener à adopter un style d'organisation et une forme de structure dans le contexte social québécois.

Nous avons donc suivi les étapes reliées à nos stratégies d'intervention. Les trois premiers mois de travail ont ainsi été consacrés au recrutement de quinze femmes avec l'espoir qu'elles deviendraient des agents multiplicateurs. La sensibilisation, l'organisation, et la planification ont fait partie de leur défi. Elles ont participé à des rencontres et des journées thématiques. La qualité de leur participation augmentait à mesure que les objectifs devenaient clairs, précis et définis. Elles progressaient selon leur capacité d'apprentissage, étant donné qu'il s'agissait d'un nouveau mode de vie quotidien.

Durant le second trimestre, nous avons tenté de développer le sentiment d'appartenance et nous les avons guidées dans l'identification de leurs besoins. Nous les avons initiées à certaines tâches précises au sein du groupe telles que chercher des solutions, s'organiser collec-tivement (covoiturage, gardiennage, soupers communautaires, visites dans le milieu pour connaître les ressources, sorties en coordination avec d'autres organismes, etc.). Ce fut tout un apprentissage pour nous aussi.

Dans le troisième trimestre, elles ont appris à maximiser leur participation et à s'identifier à la cause, à être persévérantes, et à partager l'enthousiasme. Elles ont également appris à identifier les éléments de changement à l'intérieur de la vie familiale et communautaire.

Elles se sont donné des responsabilités dans le groupe. Elles ont cherché des moyens pour assurer le suivi du groupe et l'utilisation du tableau. Une personne a été élue comme responsable de la coordination, de l'organisation des rencontres, des sorties en groupe, et de la vérification constante des échanges au sein du groupe.

Les discussions sur les idées concernant le mode de fonctionnement sont très diversifiées; chaque femme a sa conception, chacune a ses priorités, mais le plus important est de veiller au bien-être du groupe.

Notre dernière étape fut consacrée à la formation sur la prise en charge du groupe (comment coordonner, organiser, faire la programmation et comment recruter de nouveaux membres pour l'échange de services).

Elles ont organisé elles-mêmes un dîner communautaire avec remise de certificats de participation.

Nous avons ensuite pu mesurer l'impact du projet sur ces femmes :

L'expérience faite auprès de ces femmes fut enrichissante pour nous comme pour elles. Le degré de réussite des femmes du groupe se situe à 99%, car, au commencement, ces femmes n'avaient jamais participé ni appartenu à aucun groupe social structuré. Au quotidien, elles n'ont pas l'habitude d'organiser leur temps, d'utiliser un agenda, de fixer des rendez-vous. Elles n'avaient aucune idée du fonctionnement d'un groupe d'entraide, d'un tableau d'affichage, etc. Donc nous considérons qu'elles ont accompli un travail estimable ces derniers mois. Sans nier que ces femmes aient des difficultés d'adaptation à la société d'accueil, d'intégration au milieu du travail, et linguistiques, il importe de démontrer qu'un processus à long terme d'éducation et de formation répondant aux besoins réels de cette population, nous procurerait des solutions plus adéquates en ce qui concerne l'intégration sociale. Il en résulterait donc une meilleure santé mentale des femmes.

Grâce aux efforts concertés, femmes et organismes ont travaillé ensemble pour que ce projet devienne fort intéressant.

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