Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 8, numéro 50, juin1997

Le virage ambulatoire et ses conséquences

Madame Monique Côté-Petit
Présidente, directrice générale
Association des puéricultrices de la province de Québec

Le virage ambulatoire et ses conséquences "...fermetures, coupures, transformations, est-ce un plus ou un moins pour la société ? Est-ce la fin de notre profession?

Celle-ci remonte au temps de Mère Marguerite d'Youville, fondatrice des Soeurs Grises de Montréal et fondatrice de la première crèche pour enfants abandonnés.

En 1926, sous la direction des soeurs Grises, fût fondée la première école en périculture. Celle-ci avait pour but de prévenir la mortalité infantile en spécialisant des jeunes filles pour le soin des enfants. De plus, il fallait davantage répondre à l'évolution normale de la médecine et aux exigences de celle-ci.

Conscience des parents:

Sont-ils conscients de la beauté et du mystère d'une nouvelle vie, leur création?

Sont-ils conscients qu'à l'instant même où le premier cri du nouveau né développe ses poumons, déjà celui-ci se trouve engagé dans une série de conditionnements que ce soit par exemple, hérédité biologique (famille), race, religion, pays ?

Sont-ils conscients qu'il devra vivre l'expérience terrestre dans un foisonnement d'événements, de mutations, de joies, de douleurs, de liberté, et de limites ?

Sont-ils conscients qu'il devra, guidé par eux, s'intégrer à l'environnement d'une société toujours en quête de changements et d'exigences ?

Sont-ils conscients qu'au départ de ce long cheminement, il est en attente d'amour, de tendresse, de sécurité, d'attention, et d'être guidé ?

Pour nous, dans l'heure suivant la naissance, on découvre déjà à son premier respire et réflexe, sa joie de vivre ou pas, et par ses pleurs, un trait subtil de son caractère et son langage non verbal.

Depuis plus de 60 ans, nous sommes présentes et attentives aux besoins de l'enfant autant sain que malade, c'est le pourquoi de notre choix et mission, c'est aussi le pourquoi de notre tristesse et inquiétude en ce temps de bouleversements et de changements qui ont lieu sans égard à nos témoignages, sans égard aux conséquences chez l'enfant et la famille.

Sans égard et conscience également que l'enfant d'aujourd'hui sera l'adulte de demain selon ce qu'on lui aura promis, permis, et donné, de ce qu'il a un besoin de vivre son enfance, étape par étape, sans l'insouciance que la vie lui réserve.

Qu'on cesse de croire, par caprices et exigences des adultes, qu'un enfant est un adulte miniature, qu'on le laisse vivre et qu'on lui donne la chance de grandir dans la paix et l'harmonie.

Il y a actuellement des catégories d'enfant

L'enfant désiré :
- il est attendu avec amour;

L'enfant trophée :
- celui qu'on exhibe fièrement;

L'enfant bibelot :
- celui qu'on voudrait déjà adulte et éduqué;

L'enfant maltraité:
- négligé, sous alimenté;

L'enfant adopté :
- par amour, par compassion, par orgeuil;

L'enfant handicapé :
- physique ou mental;

L'enfant en foyer :
- foyer nourricier ou famille d'accueil.

Prend-on conscience qu'on impose à cet enfant une famille dont le couple est soit uni, couple de faits ou recomposé. La formule de famille éclatée, bi-parentale, monoparen-tale. Que sera l'impact de cette nou-velle société sur la vie de l'enfant ?

Le virage ambulatoire (1)

Pour notre profession, le virage a débuté en 1971 à la fermeture des écoles en puériculture dans les crèches et dans certains hôpitaux à l'extérieur de Montréal. Donc, pour nous, fini l'espoir de la continuité, fini la relève de demain d'autant plus qu'à cette période on prévoyait une dénatalité dans les années à venir. Également à cette période, à l'inverse de la mère au foyer, on valorisait davantage la femme sur le marché du travail.

La mode était "l'autonomie financière", ce qui incitait le jeune couple à vivre sa vie d'abord, l'enfant viendra plus tard. Tel que prévu, il en résulta une dénatalité, celle-ci amèna la fermeture de pouponnières et quelques pédiatries, surtout à Montréal : Verdun, Lachine, Bellechasse, Jean-Talon, Fleury, Pasteur et plus récemment, St-Michel, Santa Cabrini, Sainte Jeanne-d'Arc. Actuellement Québec et les régions éloignées font de même, suite à la réforme et aux instances des réseaux de Régie en place. Plusieurs hôpitaux ont même changé de vocation.

On idéalise la concentration des services spécialisés dans un même établissement sans tenir compte des facilités de déplacements pour la population et l'accessibilité des ressources adéquates. Il est difficile de croire à une meilleure économie puisqu'on déménage et réaménage ailleurs des départements complets de services et d'équipements qu'on venait tout juste de transformer pour les besoins des nouvelles technologies.

Est-ce un plus ou un moins pour la famille et la société?

Le virage ambulatoire (2)

Pour nous, un espoir renaît en 1982-83, suite à nos revendications à chacun des gouvernements en place et mémoires adressés aux ministères de l'Éducation et de la Santé. Promesse est faite d'une reprise de cours selon nos exigences dans le respect des nouvelles normes imposées par le décret de 1980.

Cependant, celui-ci est boycotté au moment des stages en milieu hospitalier. À la direction de ces centres, on ne voulait plus d'une profession spécialisée, adaptée que pour l'enfant de 0 à 16 ans, sain ou malade et ce, même si le ministère et les organismes du milieu appuyaient nos démarches alléguant la nécessité de notre présence auprès de la famille et de l'enfant. Trois hôpitaux ont accepté nos élèves stagiaires et vingt et une ont graduées.

Devenu indépendant du ministère de la Santé, sous la juridiction de la condition féminine, est créée l'Office des services de garde. La présidente du temps réfutait notre présence en garderie à cause de notre spécificité auprès de l'enfant, elle reprochait nos techniques d'approche et notre côté maternel trop développé. Actuellement, l'assouplissement des règles et l'autonomie des garderies concernant l'emploi de son personnel, à la demande des parents, il y a des puéricultrices dans certaines garderies ici et ailleurs. Souvent la puéricultrice enseigne l'hygiène et la désinfection afin de prévenir toute contamination.

Ce fut pour nous une sérieuse débandade face à notre profession et nos puéricultrices qui, après 20, 25 et même 30 ans de service, se retrouvent, suite au "bumping" ou coupures de poste, à la cuisine, buanderie, archives, messagerie, assistantes à la pharmacie, salle d'opération, souvent pour être remplacées par une auxiliaire ou une infirmière initiée par une puéricultrice au moment de son stage en pouponnière ou en pédiâtrie.

Actuellement, quelques unes se retrouvent en clinique de fertilité, quand on sait très bien qu'on occulte les avortements chez les jeunes filles de 11 ans et plus.

Pourquoi qu'à chaque fois qu'il y a coupure, c'est surtout le département d'enfant qui écope? (pédiâtrie et maintenant pouponnière). On est arrivé à l'évidence que c'est une société silencieuse et sans pouvoir, mais qui coûte cher à l'état, surtout une société qui ne peut faire valoir ses droits et réclamer ses besoins.

Depuis la réforme, la famille est da vantage impliquée par les exigences du changement autant auprès des enfants qu'auprès des adultes. L'impact est beaucoup plus sérieux lors de l'accouchement. On impose à la future mère la cohabitation; sauf pour une césarienne ou complication sévère, elle doit garder le nouveau-né près d'elle pour un minime 24 à 36 heures de présence à l'hôpital et on fait pression pour qu'elle soit accompagnée, durant son séjour, par le père ou un membre de la famille.

Également, elle doit apporter et fournir le linge du bébé, et pour elle, tout ce qui lui est nécessaire. Celle-ci n'a aucune chance de se reposer et/ou récupérer ses forces. On ne réalise pas la fatigue et l'angoisse de la mère face à son nouveau-né qui déjà fait valoir sa présence. Je vous fais grâce de l'allaitement imposé par manipulation émotive.

À la suite d'incidents fâcheux, certains hôpitaux ont fait amende honorable et ramènent pour la nuit le tout petit à la pouponnière. À ce jour, plusieurs conséquences négatives se vivent en catimini et le demeurent faute de plainte à l'extérieur du milieu et tout ça pour couper du personnel et se désister de responsabilités. Que la mère ou le bébé soit en forme ou pas, elle se doit de retourner à la maison pour revenir, le lendemain et les quelques jours suivants, en clinique externe pour le grand examen du nouveau-né et pour passer les tests requis, ce qui se faisait habituellement dans l'heure suivant la naissance. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet.

Est-ce un plus ou un moins pour la mère et la famille ?

Conclusion

D'heure en heure, on ajoute, on enlève, on coupe, on transforme, on impose, on change d'idée, et tout est encore à réétudier et de nouveau à sanctionner.

Aujourd'hui, ici et maintenant, posons-nous les questions suivantes:

La maternelle obligatoire à plein temps à 5 ans en 1997-98, à 4 ans en 1998-99 et à 3 ans en 1999-2000, n'est-ce pas empiéter sur le temps et la liberté de la petite enfance? Pourtant l'enfant aura tout le temps de vivre sous l'autorité scolaire et universitaire.

La vie en garderie n'est-ce pas inculquer aux enfants une personnalité uniforme plutôt qu'individuelle? Dans la petite enfance, l'enfant est tellement malléable et avide d'attention.

Il reste les allocations unifiées à la famille. La pauvreté du ou des pa rents, les séparations, les divorces, la famille recomposée et/ou éclatée, c'est l'enfant qui en subit les conséquences et n'a rien à dire, son intégration est imposée par l'adulte.

Si on continue les coupures, où ira l'enfant malade avec un besoin d'hospitalisation ? Où ira le nouveau-né malade, maltraité, abandonné, en attente d'un foyer nourricier? Où ira l'adolescent en quête de quelqu'un ou de quelque chose. Actuellement on ferme certains centres de la jeunesse.

Il est certain qu'on ne peut pas retourner en arrière : cependant, posons-nous la question. Que se passera-t-il s'il y avait encore des crèches (centre d'adoption) y aurait-il autant d'avortements et autant d'enfants adoptés en dehors du pays?

S'il y avait un des parents à la maison, y aurait-il autant d'enfants avec la clé dans le cou, d'adolescents dans les rues (gang), de jeunes adultes délinquants à la recherche de mauvais coups à faire pour prouver aux autres leur puissance et leur bravoure, etc...?

En conclusion, il est évident, selon la chanson,

"Que c'est dur, dur d'être un enfant"!.

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