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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 9, numéro 52, décembre 1997 |
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Il m'est arrivé dans une vie antérieure d'avoir été moniteur dans une colonie de vacances pour enfants.
Ces enfants venaient, l'été, pour un séjour de trois semaines, faire le plein d'air frais, de baignade, de sports de compétition, de marche en forêt, de grands jeux bien planifiés.
On disait de ces enfants, que c'étaient des enfants pauvres !
Même, qu'un dimanche, nous eûmes la visite de gens très bien qui, avec leur propres enfants, circulaient dans la colonie avec un oeil scrutateur et approbateur.
Je vois encore la scène : un papa et une maman très corrects, avec un enfant de sept ou huit ans habillé très correctement, comme un vrai petit monsieur. L'enfant avait dans sa main un petit sac de papier brun rempli de bonbons. Tout ce beau monde défilait parmi nous dans la colonie, et un des parents dit à son petit monsieur :" Donne des bonbons aux enfants pauvres". Et le petit monsieur d'un geste grave prenait des bonbons dans son sac brun et donnait, un par un, des bonbons aux enfants pauvres !
Le petit monsieur avait le coeur serré et était un peu craintif, mais il était certain de rendre service, et il était heureux de le faire. Et il avait raison d'être fier de lui, car il partageait de très bon coeur son avoir, et ses parents lui avaient sûrement dit que ces bonbons qu'il donnerait, il ne les aurait pas pour lui.
"Donne des bonbons aux enfants pauvres".
L'image très claire de cet événement m'est revenue à la suite de fréquents bulletins de nouvelles à la télévision et d'articles dans les journaux, à l'approche de Noël, sur les enfants pauvres. Même, dans la sérieuse revue Recherche sociale du Conseil québécois de la recherche sociale, livraison de décembre 1997, il se trouve une recension "Résultats de recherche : Enfants pauvres dans un pays riche".
"Donne des bonbons aux enfants pauvres".
La même image revient sans cesse comme une obsession : le sac brun, le petit monsieur. Et là, je réalise que je n'ai pas de souvenir des enfants qui recevaient les bonbons !
Et si au lieu d'enfants pauvres, il y avait des parents pauvres ? Cela changerait-il la réalité? Non, mais l'approche !
Oui, monsieur.
Le problème de notre société, et quelques fois de certains éléments de notre politique familiale, est de vouloir court-circuiter le rôle et la responsabilité des parents pour les assumer à leur place. S'il est vrai que les enfants s'appartiennent à eux-mêmes, et que le rôle et la responsabilité des parents sont de les amener à maturité dans la l'éducation de la liberté et la communication du savoir, il est alors bon d'aider les parents à assumer leur rôle et leur responsabilité, et non de faire à leur place.
Mais, il y a plus.
En donnant des bonbons aux enfants pauvres, on fait oeuvre de charité. Ce qui n'est pas mauvais. Mais, ce faisant, on n'aide pas les parents qui sont pauvres. Et pour aider les parents pauvres, on doit changer des choses. Et on ne change pas les choses par la charité, mais par les réformes. Ce faisant, on fait alors oeuvre de justice !
Et notre petit monsieur devenu grand monsieur a toujours le coeur serré et a toujours une certaine tendance à donner des bonbons aux enfants pauvres. Vaut mieux continuer à donner des bonbons aux enfants pauvres et ne pas changer l'ordre des choses...
En créant de l'emploi, en aménagement les conditions de travail, on fait oeuvre de justice et on diminue la pauvreté des parents. Les parents étant moins pauvres, on n'aura plus besoin de donner des bonbons aux enfants pauvres, car les parents s'en seront occupé eux-mêmes.
Souvent la charité est l'ennemi de la justice. Souvent en favorisant la charité, on empêche la justice.
Mais, on ne doit pas empêcher la charité, car elle soulage vraiment et les misères et les consciences, et parfois elle conduit à la justice.
Vivement le jour où il n'y a plus de parents pauvres.
Le Directeur général
Yves Lajoie