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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 9, numéro 52, décembre 1997 |
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Madame Fanny Jobin
Coordonnatrice du soutien et de l'intervention
Le Traversier
Vivre avec le VIH et le sida, faire partie de la communauté gaie, c'est aussi vivre avec les préjugés, les jugements et l'incompréhension. Quelles sont nos peurs, nos résistances à vaincre pour aller à la rencontre de l'être humain victime de cette pandémie du vingtième siècle?
Il faut prendre conscience que l'on est porteur de plusieurs préjugés, que l'on vit encore en 1997 avec plusieurs tabous : tabous reliés à la sexualité, tabous reliés à l'homosexualité.
Le sida devient alors une maladie que l'on relie à la sexualité, à l'homosexualité. Les personnes qui vivent avec le VIH/sida deviennent des coupables que l'on juge, que l'on condamne, que l'on stigmatise. Malgré le fait que de plus en plus de personnes porteuses du VIH se retrouvent dans la population hétérosexuelle, on veut continuer à croire que ça ne nous concerne pas, et que le sida est une maladie de gais. Et les ponts sont coupés.
Un autre tabou est celui relié à la mort. On a peur de la mort, on a peur de la regarder, on a peur de regarder sa propre mortalité. Il devient alors pour nous, très confrontant d'entrer en relation avec une personne pour qui la mort est devenue une réalité présente dans sa vie.
Ces peurs, ces tabous, que l'on refuse de regarder et de dépasser, obligent les personnes porteuses et atteintes à vivre la honte, l'isolement, le rejet et l'abandon.
Mais si l'on risque l'ouverture du coeur, si l'on risque le partage, la rencontre avec l'autre, qu'est-ce qu'on y gagne ?
On découvre des êtres de 20, 30, 40 ans confrontés à un diagnostic de mort, qui vivent des périodes de désespoir, de découragement, de grande peur et de tristesse profonde.
Des êtres qui voient leurs projets de vie basculés, leurs rêves s'écrouler.
On découvre aussi des êtres qui ont les mêmes besoins que nous, besoin d'être respectés, besoin d'aimer et d'être aimés, besoin d'être touchés, d'être écoutés, de partager, de se sentir utiles et partie prenante de notre projet de société.
On côtoie également des personnes qui ont le courage de regarder leur vie en face, qui réévaluent leurs priorités et décident de donner un sens nouveau à leur vie.
Vivre comme personnes atteintes dans la communauté gaie, c'est aussi être confrontés à des deuils multiples. À trente-deux ans, une personne atteinte dans mon entourage a cessé de compter à trente le nombre de connaissances et d'amis décédés des suites du sida. Le deuil collectif auquel cette communauté est confronté, est une dure réalité et l'impact chez ses membres est de taille.
Comment vivre avec toutes ces pertes, quel sens donner à la vie dans un tel contexte ?
Plusieurs organismes sida existent à Montréal, des lieux de partage, de support, d'information sur la maladie et les médicaments, des services d'aide directe aux personnes atteintes et à leur entourage, des maisons d'hébergement qui accueillent les personnes en perte d'autonomie et fin de vie.
Le Traversier est un organisme de soutien et d'intervention qui regroupe toutes les personnes affectées par la réalité du sida dans leur vie :
Notre priorité est de soutenir et de célébrer la vie par reconnaissance globale de la personne, dans sa dimension physique, émotionnelle, mentale et spirituelle.
La créativité est au coeur de l'intervention afin que chacun puisse reconnaître son potentiel créateur et ainsi laisser émerger la vie qui est là, par l'expression, par le chant, le mouvement, la méditation, la peinture, le vitrail et autres.
Nous voulons tisser des ponts, sensibiliser les jeunes, les familles sur l'impact du sida dans une vie. Des témoignages sont livrés dans des écoles, auprès d'associations, permettant aux personnes affectées par le sida, de se dire et de partager leurs expériences de vie.
Un volet important au Traversier est la commémoration. Ces rituels de deuil, de vie, individuel et collectif, pour se rappeler, pour honorer l'héritage et les enseignements reçus des personnes que l'on a accompagnées et qui sont décédées. Soutenir l'espoir, soutenir la vie de ceux qui restent.
"Nous avons l'obligation de nous souvenir des morts. Telle est la loi fondamentale. Si nous ne nous souvenions pas d'eux, nous perdrions le droit de nous prétendre humains."
Pour plus d'information :
Le Traversier
Téléphone : (514) 523-8118
Télécopieur : (514) 523-9198