| Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 10, numéro 57, mars 1999 |
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Qu'il est difficile...
À la lecture du présent Bulletin, vous constaterez que beaucoup de choses ont changé, que beaucoup de choses sont en transformation, et que beaucoup de choses ne seront plus les mêmes, demain, après-demain, sous peu.
Ces changements affectent les personnes, la façon dont se perçoivent les personnes, les réalités que vivent les personnes, et les relations qui s'établissent entre les personnes.
Devant ces nombreux changements, nous réagissons selon ce que nous sommes, et nous nous donnons des guides, des outils, des manières, des institutions, pour assumer et mieux vivre tous ces changements.
Il y a quelques trente années, face à des changements énormes dans notre société, nous avons effectué ce qui est convenu de nommer la révolution tranquille. Nous avons adapté nos institutions à de nouvelles réalités. Les transformations dans l'appareil de l'État, de la santé et de l'éducation, la création des grands outils économiques du peuple québécois, furent à l'ordre du jour.
Aujourd'hui encore, nous vivons de grands changements qui appellent de grandes réformes.
Le mouvement d'émancipation des femmes face aux tâches dites traditionnelles et leur accession massive au marché du travail à l'extérieur du foyer, amènent une restructuration en profondeur de notre société.
Le phénomène de la mondialisation, la mobilité des capitaux, des biens, des services et des personnes, nous poussent à reconsidérer en profondeur ce que nous prenions pour acquis. Les industries de la pêche et de la foresterie sont en mutation. L'accroissement de la productivité et le déplacement des centres de production nous amènent également à revoir nos mesures sociales et nos filets de sécurité.
Les changements dans les services de santé et dans les mesures de sécurité sociale, nous affectent au plus haut point.
La démographie du Québec est en pleine mutation. Baisse de la nuptialité et de la fécondité. Ce qui allait de soi, ne va plus de soi. Aussi, il est correct de définir et de parfaire une politique familiale qui permettra aux familles québécoises de vivre le plus harmonieusement possible tous ces changements.
Mais, en toutes périodes de changements, il se bâtit des résistances. Car, si la loi de la nature est faite d'évolution, elle est faite aussi de résistances aux changements. Et c'est normal, car tant qu'une solution ou une évolution meilleures ne sont pas en vue, il faut s'en tenir à ce qui est, sous peine de dissolution totale de l'univers.
Mais voilà, faut-il consentir à tout, faut-il résister à tout ?
Évidemment, ceux qui profitent de l'ordre établi, mais qui n'est pas nécessairement le bien commun, résistent. Ceux qui ont accumulé des richesses et des pouvoirs ne s'en départissent pas facilement au profit et au bonheur d'un plus grand nombre. Aussi, les démunis et les défavorisés doivent lutter d'arrache-pied pour se tailler une place au soleil du mieux-être.
Parfois, ces luttes sont extrêmement dures et parfois sauvages. De plus, l'histoire nous enseignent des revirements célèbres où les opprimés deviennent à leur tour oppresseurs. La sagesse nous apprend que les oppresseurs le sont parce qu'ils se sentent menacés, soit dans leur existence même, soit dans leur bien-être. Tous craignent que la tarte ne soit pas assez grande pour eux-mêmes et pour les autres. Ainsi, chacun s'accroche, soit pour la conserver, soit pour se l'approprier. La vérité et la justice sont dans le partage. Mais, on ne saurait partager ce qui n'existe pas. Aussi, 'le nouveau nom de la paix est-il le développement'. C'est ce vers quoi nous devons tous tendre.
Notons au passage que la résistance au changement se nomme, souvent, très souvent, corporatisme. Vous connaissez le corporatisme? C'est cette propension de l'esprit et du corps à croire que les intérêts privés sont les intérêts communs.
Félix Leclerc l'avait ainsi décrit : Quand monsieur le Curé raconte que la paroisse est pleine d'impies, c'est pas à cause des péchés, c'est que les dîmes sont pas payés.
Et on pourrait paraphraser : Quand les groupes d'intérêts racontent que la société est injuste envers le peuple, c'est pas à cause de la souffrance du peuple, c'est que les intérêts de leurs membres sont en souffrance.
On voit beaucoup, à l'occasion de réformes, de quelque ordre qu'elles soient, des levées de boucliers au nom des intérêts du peuple. C'est noble et rassurant, mais il faut toujours prendre en considération que le bien du peuple passe par l'intérêt de celui qui veut du bien au peuple. Peut-il en être autrement ?
Enfin, où trouver la mesure de la réforme ?
La vraie réforme n'existe que là où la souffrance des démunis et sans voix est soulagée. Autrement, ce n'est que transfert de richesses et de pouvoirs de quelques uns vers les quelques autres.
Gilles Vigneault a bien raison : Qu'il est difficile d'aimer !
Le Directeur général
Yves Lajoie