Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 10, numéro 57, mars 1999

Madame Isabelle Juneau
Secrétaire du Conseil d’administration
Société Formons une famille

L’adoption internationale

La Société Formons une Famille est un organisme bénévole agréé par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour agir à titre d’intermédiaire en adoption internationale en République populaire de Chine, aux Philippines, au Viêt-nam, au Cambodge et à l’Île Dominique. Comme organisme voué à l’intérêt des enfants, en plus d’avoir permis à près de 2 000 enfants à avoir une famille, l’organisme développe aussi des projets d’entraide pour des enfants orphelins.

Madame Isabelle Juneau abordera les motivations des postulants à l’adoption, les expériences de l’intégration des enfants au Québec, et la vie des familles québécoises : une expérience de vie à l’ère internationale.

Petit aperçu de l’adoption internationale
La Société Formons une Famille inc. est une société sans but lucratif qui a été incorporée en avril 1991 afin d'agir comme intermédiaire pour les parents d'ici qui veulent adopter des enfants et pour venir en aide aux enfants étrangers qui ne peuvent pas être adoptés. Comme tout organisme qui œuvre dans le domaine de l'adoption internationale, la société a dû obtenir un agrément du ministère de la Santé et des Services sociaux pour agir à titre d'intermédiaire. Les agréments doivent être demandés pour chacun des pays où l'organisme souhaite œuvrer. C'est le Secrétariat à l'adoption internationale qui recommande au ministre d'accorder ou non des agréments aux organismes. Un organisme déjà agréé dans un pays peut se faire refuser un agrément dans un autre pays pour des raisons qui' ne sont pas liées à ses compétences mais qui concernent plutôt le nombre d'organismes qui œuvrent déjà dans le pays. Il y a une quinzaine d'organismes au Québec.

Fonctionnement de Formons une Famille
Formons une Famille est agréée pour agir comme intermédiaire en Chine, au Cambodge, aux Philippines, au Viêt-nam et à I’Île Dominique. Outre deux agents de liaison et un vice-président exécutif à temps partiel, les activités de notre organisme sont gérées par des équipes de bénévoles qui sont des parents qui ont adopté. Les activités de la société sont chapeautées par un conseil d'administration composé de 11 personnes élues par les membres (les membres sont pour la plupart des parents qui ont agi ou qui agissent comme bénévoles pour l'organisme). Nous avons, en première ligne, des parents qui donnent des sessions d'information aux personnes qui souhaitent adopter ou qui réfléchissent à cette possibilité. Ces rencontres ont pour but de donner les renseignements essentiels sur le processus d'adoption et aussi de donner des renseignements utiles sur les pays d'adoption. Dès qu'un couple ou une personne célibataire décide de s'inscrire à notre société, une personne ressource lui est assignée pour l’aider à préparer son dossier d'adoption. Une fois le dossier envoyé dans le pays où se fera l'adoption, nous avons, dans certaines régions, des parents qui animent des rencontres pour les adoptants en attente afin de les aider à traverser cette période parfois difficile. Enfin, lorsque les parents reçoivent leur jumelage, c'est-à-dire, le nom et l'âge de l'enfant, un parent les rencontre pour les aider à préparer leur voyage dans le pays d'adoption. Les détails du voyage, ainsi que les procédures d'adoption et les us et coutumes sont abordés lors de cette soirée qui regroupe les parents qui feront le voyage ensemble. Dans certains pays, les parents n'ont pas obligatoirement à faire le voyage pour aller chercher leur enfant. Leur enfant peut leur être emmené par une escorte.

Qui peut adopter en Chine?
Je parlerai surtout de l'adoption en Chine parce que c'est dans ce pays que nous réalisons le plus grand nombre d'adoptions (environ 200 adoptions en 1998), et c'est aussi dans ce pays que j'ai moi-même adopté. Jusqu'à très récemment, les parents adoptants (couples mariés ou célibataires) devaient être âgés d'au moins 35 ans pour adopter et ils ne devaient pas avoir d'enfants. La Chine acceptait cependant des cas d'exception de moins de 35 ans (entre 30 et 35 ans) ainsi que des adoptants avec enfants. En fait, les cas d'exception étaient très nombreux (environ 60% de nos dossiers). Ces exigences provenaient de la loi chinoise qui avait les mêmes exigences pour les étrangers que pour les Chinois (1 enfant par famille, 2 enfants dans les régions rurales). Les parents qui faisaient partie des cas d'exception pouvaient, en théorie, adopter uniquement des enfants handicapés. En fait la plupart des enfants n'éprouvaient aucun handicap. La loi chinoise a été modifiée afin de faciliter l'adoption par des parents chinois, ce qui a des répercussions pour les parents étrangers. Les changements seront en vigueur à compter du 1er avril 1999. Dorénavant, il faut avoir 30 ans pour adopter en Chine et le fait d'avoir déjà des enfants n'est plus un obstacle.

Qui sont les enfants adoptés à l'étranger?
En Chine, ce sont en majorité des filles de moins de 2 ans. Au Cambodge, aux Philippines et au Viêt-nam, ce sont surtout des garçons. Les enfants ont en général moins de 2 ans, c'est ce que souhaitent les parents dans la plupart des cas. Cependant, des enfants plus âgés peuvent être adoptés, à la demande des parents.

Qui peut adopter?
Les couples doivent être mariés pour adopter. Ce sont les exigences des pays d'adoption. Dans plusieurs pays, comme la Chine, les célibataires peuvent adopter. Les couples ou les célibataires qui veulent adopter doivent faire l'objet d'une évaluation psychosociale. Cette évaluation est faite par un psychologue ou un travailleur social. Cette évaluation doit évidemment être positive pour que les futurs adoptants obtiennent le feu vert pour adopter. Ces évaluations sont sous la responsabilité des CPEJ auxquels tout futur adoptant doit s'inscrire dès le début de ses démarches.

Plusieurs futurs adoptants s'interrogent sur la nécessité et la pertinence de ces évaluations. Je suis personnellement tout à fait en faveur de celles-ci.. Elles sont quant à moi essentielles si elles sont faites correctement et professionnellement. Elles permettent de prendre un temps d'arrêt, de réfléchir à notre démarche, de comprendre les difficultés qui pourraient survenir, d'entrevoir et de parler des problèmes d'identité possibles. Les futurs adoptants vivent toutes sortes de situations: ils sont parfois plus âgés que la plupart des nouveaux parents, ils vivent donc un bouleversement dans leur vie de couple après plusieurs années sans enfants ; ils ont parfois d'autres enfants biologiques; ils sont parfois célibataires... Bref, toutes sortes de situations qui font qu'il peut être extrêmement utile de prendre le temps de parler à un professionnel qui peut aider à voir différentes facettes de l'adoption.

Les difficultés
C'est un cliché de dire que les adoptions, comme les accouchements ne se passent pas toujours bien, mais c'est aussi la réalité. Il peut arriver que les enfants aient des problèmes de santé même si les enfants subissent des examens médicaux dans leur pays. Il se peut que les enfants contractent une maladie après avoir passé les tests, ou encore qu'un problème de santé se déclare par après. Il faut donc être prêt à vivre cela, ce ne sont pas de petits être parfaits qui nous sont confiés. Dans certains pays, il peut y avoir des types de problèmes de santé plus fréquents et il est important d'en être conscient.

Il peut aussi arriver, surtout lors de l'adoption d'enfants un peu plus âgés, que des problèmes d'ordre affectif se manifestent. À titre d'exemple, un enfant qui a passé plusieurs mois (ou même années dans certains cas) sans lien affectif durable avec une personne peut avoir des problèmes d'attachement. Ce genre d'enfant va vers tout le monde, semble extrêmement sociable, mais ne développe pas un attachement spécifique à l'endroit de ses parents. C'est une difficulté assez fréquente chez les enfants plus âgés et il est important de s'en rendre compte pour permettre à l'enfant d'avoir un attachement véritable avec ses parents. Formons une famille a d'ailleurs développé des ateliers destinés aux parents d'enfants plus âgés ( plus de 2 ans ) afin de les aider à comprendre les difficultés qui peuvent parfois survenir. Ces ateliers sont donnés par une travailleuse sociale.

Les motivations des parents
Selon l'expérience de notre organisme, la très, très grande majorité des parents choisissent l'adoption parce qu'ils ne peuvent avoir d'enfants biologiques. Il existe par ailleurs des parents qui choisissent d'adopter pour des raisons humanitaires. Personnellement, je suis toujours un peu inquiète quand on me parle de motivations humanitaires, parce que je trouve que c'est un bien lourd fardeau à porter pour un enfant. De toute façon, je pense que l'importance c'est d'être tout à fait au clair avec les motivations qui nous poussent à adopter, dans la mesure où nous pouvons l'être consciemment. Il est certain qu'il n'est pas toujours facile de comprendre les motivations qui nous animent c'est pourquoi il est bien important de prendre son temps avant de prendre une telle décision.

Nous ne disposons pas de statistiques sur les parents qui adoptent. D'où viennent-ils ? Quel est leur milieu socio-économique ? Quel âge ont-ils ? Ont-ils d'autres enfants ? Nous ne sommes pas équipés pour faire de telles études et ce n'est pas notre mandat, mais avec le nombre d'adoptions réalisées dans les dernières années, il faut espérer que des études se feront à la fois sur les parents, sur les enfants et sur leur intégration. En l'absence de telles études, on ne peut parler qu'en termes généraux, et approximatifs, basés sur des expériences que l'on connaît. Ainsi, de ce que je peux percevoir de l’intégration des enfants à la société québécoise, il ne semble pas y avoir de problèmes. Je parle particulièrement des enfants d'origine asiatique qui ont plutôt à faire face à des préjugés favorables. Mes filles vivent à Montréal, une ville cosmopolite où leur différence passe presque inaperçue. Je n'entends presque plus la fameuse question qui surprend tellement les parents adoptants lorsqu’ils l'entendent pour la première fois: est-ce elle comprend le français? Ce n'est peut-être pas la même chose dans d’autres villes. De plus, notre organisme n'existe que depuis 1991, ce qui veut dire que les enfants qui ont été adoptés via notre organisme n'ont pas encore atteint l'adolescence, une période sans doute un peu plus difficile pour l'identité. Il sera certainement fort intéressant de voir ce qu'il adviendra de ces cohortes d'enfants dans quelques années.

Vox : (1-514) 287-7299 Fax : (1-514) 287-9002

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