| Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 10, numéro 58, août 1999 |
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Monsieur Daniel François
Intervenant social
Coordonnateur de Services-jeunesse
Maison d'Haïti
Monsieur Daniel François nous dit que les valeurs des jeunes Haïtiano-Québécois sont différentes de celles de leurs parents et de celles de leurs pairs.
Ces différences rendent leurs relations conflictuelles la plupart du temps. Toutefois, il peut être saisi à la lumière de la crise d'adolescence, de l'inadaptation de leurs parents et de leur exclusion sociale.
Les valeurs des jeunes d'origine haïtienne versus celles de leurs parents et de leurs pairs
Introduction
Quand on m'a approché pour parler de ce sujet, j'ai hésité pendant une semaine. Je disais, qu'on en avait déjà trop parlé et que ce serait redondant de la faire encore une fois. J'ai choisi la redondance pour plusieurs raisons. D'abord, j'ai compris qu'une fois de plus n'était pas de trop et qu'il faudrait inscrire notre démarche dans le cadre de notre lutte quotidienne pour la défense des droits de nos clients, clients encore considérés aujourd'hui comme des citoyens de second ordre.
On s'est dit aussi qu'à force d'en parler on finirait par en être conscientisé et par agir. Ce qui amènerait à ce qu'on circonscrive le problème et qu'on le résolve en trouvant les éléments de solutions nécessaires aux causes qu'on a tant décrites et sur lesquelles on va se pencher dans quelques instants.
Pour bien cerner la question, notre propos sera de voir si l'étiologie des conflits de valeurs entre rapport ado/parents réside seulement dans la crise naturelle de l'adolescence voire dans leur crise d'identité comme enfants néo-québécois.
Relations ado/parents
D'entrée de jeu, disons sans ambages que les relations entre ados et parents de la communauté haïtienne sont conflictuelles. Elles le sont ainsi parce que les valeurs des concernés se révèlent très différentes. Alors, par quoi s'explique cette différence? Quel en est l'état réel de ces relations ? Que faut-il en retenir ? Que faut-il en faire pour éviter que cela perdure ?
Tentative d'élucidation du conflit
L'adolescence est l'un des stades d'évolution de la vie de toute personne humaine, être humain, et animal (ou végétal). Comme les autres stades, l'adolescence a des caractéristiques propres. Les comportements observés chez les jeunes dans le cas du genre humain sont saisissables à partir de facteurs précis. De même, un jeune n'est plus un enfant et n'est pas encore totalement un adulte (Éric Erickson, 1960) c'est visible, à moins d'un handicap dans le développement normal du jeune. C'est désiré la plupart du temps. Pas toujours à 100%, car certains parents affirment des fois Ouf! C'est une période de problèmes. Mes troubles commencent. Je le savais! Ce n'est pas toléré au niveau des manifestations. L'acceptation de ces dernières manifestations n'est pas automatique non plus. L'incompréhension règne souvent en maître. L'encadrement et/ou l'accompagnement ne sont guère aidants. On va même jusqu'à piétiner ou rejeter du revers de la main les valeurs sousjacentes aux manifestations des jeunes. Le portrait est quelque peu universel, très présent (marqué) dans des sociétés autoritaires peu tolérantes aux valeurs humaines, mais relatif selon les familles (pour éviter la facilité de l'extrapolation à outrance). Ces considérations, si elles sont mal canalisées, peuvent engendrer des débouchés malheureusement sur les relations conflictuelles.
Voilà ce à quoi s'expose tout parent et de surcroît tout parent d'origine haïtienne en ce qui nous concerne. Y-a-t-il lieu de particulariser ? Nous allons nous permettre de le faire par souci d'objectivité, par respect pour notre pratique.
Comme telle, l'adolescence comprend les années qui relient l'enfance à l'âge adulte. Dans la société occidentale, elle débute vers l'âge de 12 ou 13 ans et se termine vers la vingtième année. C'est aussi le cas pour les jeunes qui nous intéressent. Ils vivent selon la parodie de Marcia (1979) des états identitaires non permanents mais évolutifs.
Caractéristiques propres
Elle constitue une période orageuse (Margaret Mead, 1928), tumultueuse et stressante (G. Stanley Hall, 1916), marquée par des émotions hésitantes et contradictoires. ( David Elking et Bowen, 1979) vont plus loin en qualifiant cette période comme étant une de fabuleuse . À Santé Canada, on parle plutôt de la traversée d'une période de déséquilibre. (Centre National d'info sur la violence dans la famille, Santé Canada, 1977)
Développement normal du jeune
L'adolescence subit, (vit) alors des changements tant physiques réels (Dr. Pierre Bianchi, in L'ado et ses problèmes, collection psychologique, Éditions Paulines, traduit de l'italien par Eugène Hudon, Sherbrooke, 1964) que physiologiques. (ibid) voir aussi (Katchadourian, Lunde et Trotter, 1982; Tanner 1968; Schmeck, 1976)
Ces changements sont tellement profonds qu'ils amènent selon Freud, (ibid. p. 379 ) à la maturation de la sexualité adulte. Toutefois, cette maturation n'exclut pas la confusion d'identité chez l'adolescent. (Éric Éricson, 1950, pé 65 - 68) L'essentiel de la crise au contraire, demeure entier. (ibid) Les jeunes se cherchent et vont souvent se complaire auprès de leurs pairs, car c'est non seulement une période de changements affectifs et sociaux pour eux, mais aussi et surtout la période par excellence du groupe. (Coleman, 1980; Newman, 1982) (voir aussi H. Bloch, A. Neiderhoffer, in les Bandes d'adolescents, collection Sciences de l'homme, Petite Bibliothèque Pargto, Paris, 1963).
Mes troubles commencent, je le savais. Ce n'est pas toujours toléré au niveau des manifestation. On pointe du doigt leurs comportements et on les juge. On leur reproche ce qui suit : critique de l'autorité, goût de l'argumentation, conscience de soi excessive, égocentrisme fort, indécision, hypocrisie apparente, fugue, etc. (David Elkind, 1984) (H. Bloch et A. Neiderhoffer, 1963) (Dr. Pierre Bianchi, 1964, fugue, etc. ( C.E.P.L. , Centre d'études et de promotion de la lecture, Paris, 1970).
Le cheminement du jeune
Le cheminement du jeune (la passation ) engendre des goûts différents, des façons de voir et/ou des perceptions, des actions, de faire les choses différentes, des aspirations, bref, des valeurs différentes non seulement du stade antérieur qu'il vient de laisser, mais aussi de celui auquel il aspire.
Donc, c'est une crise réelle qui demande de tout parent de souche française ou autre : patience, compréhension, écoute active, ouverture, compromis , négociation, confiance, la place à l'essai-erreur, accompagnement, encadrement, souplesse, etc.
Or, C'est là que le bât blesse. Cette différence va occasionner des relations conflictuelles avec les parents et d'autres jeunes. Et les spécificités culturelles, loin de les amenuiser (les amoindrir) aident plutôt à les accentuer. Sur ce, quelle est la situation exacte des jeunes d'origine haïtienne ? Et comment la comprendre ? Étayons un peu les faits en comparant certaines valeurs juvéniles aux valeurs parentales.
À la lumière des us et coutumes, disons qu'il se dessine un abîme de contrastes entre les deux valeurs. Les parents pour la plupart, sont (se montrent) impatients, incompréhensibles, fermés, méfiants, rigides. Ils laissent peu de place à l'erreur et au changement ou les répriment tout bonnement. Cela les rend par moment violents. Ils utilisent des corrections souvent physiques et digèrent mal l'indiscipline, l'indiscipline dans leur façon de voir. Leurs schèmes de références, c'est en grande partie en Haïti, q'ils vont les chercher. Ils peuvent être très exigeants par rapport à la performance scolaire et à la bonne conduite entre parenthèses, au savoir vivre. Ils font habituellement des menaces qu'ils n'exécutent que rarement.
Ils croient comprendre. Ils voient le danger et la maladie partout et font de la prévention en tout et partout. Ce sont des ultra préventionnistes. Ils misent beaucoup sur leur flair, leur instinct, leurs habitudes. Ils oublient qu'ils ont voyagé et ne sont plus en terre natale avec tout ce que ça comporte de contexte et d'environnement. Ils vivent carrément leur ailleurs ici. Bref, ce qui en ressort, c'est l'ignorance ou l'incompréhension de l'impact des changements précités sur les jeunes. Ces changements sont alors, soit sousestimés, soit surestimés. Dans le cas de la surestimation, il y aura de la surprotection, une surprotection souvent étouffante.
Ils se prennent pour des sacro-saints prétendant que de leur temps, ce n'était pas pareil tout en faisant l'apologie de la correction physique, de l'autoritarisme. Quand ils parlent de leur enfance, de leur jeunesse, c'est pour s'en vanter. Ils ne parlent de leur relation de couple que pour critiquer l'autre partenaire mère ou père . Voilà, donc autant de facteurs qui, chez les jeunes, rendent difficile, inhibent toute prédisposition à la compréhension des valeurs véhiculées par les jeunes (juvéniles). La comparaison avec les leurs, rend les relations conflictuelles.
Les points de divergence
Énonçons seulement les majeurs : par exemple, devant les difficultés d'adaptation, les barrières discriminatoires, les parents en grande majorité se baissent les bras habituellement. Ils croupissent dans la résignation et alimentent leur mythe du retour au pays d'origine. Ils remettent tout à Dieu en attendant un lendemain meilleur par miracle. Or, les jeunes croient plutôt dans des valeurs différentes. Ils vont manifester leur volonté de se faire accepter. Ils vont lutter en conséquence pour pouvoir arriver un jour à prendre leur place. Les deux pensent un jour J celui de la défaite pour les parents et celui de la victoire éventuelle pour les jeunes.
De même, concernant la maladie et le danger, les parents croient devoir les amener à les prévenir en en parlant, en sensibilisant, en mettant des interdictions, en passant des ordres. Cela amène à des restrictions exagérées dans les sorties des jeunes comme dans les heures de rentrée à la maison. Les jeunes de leur côté y voient de l'absurdité, de l'exagération, de l'incompréhension, du déraillement, de la connerie, prétextant qu'ils vivent en 1999 et en Amérique du Nord, au Québec en particulier où ils s'amusent à défier leurs parents, rentrent à l'heure voulue, vont où ils veulent. Les valeurs d'autoritarisme absolu rentrent en conflit avec la quête de la liberté, du libertinage selon certains, le goût d'essayer, etc.
Les expériences des uns s'opposent à la naïveté des autres. C'est ainsi qu'au niveau sexuel par exemple, les parents vont être très exigeants. Ils vont vouloir surprotéger les filles, réclamer qu'elles restent vierges jusqu'au mariage, donc l'abstinence sexuelle, contrôler leur vie, avoir un droit de regard sur le choix des chums . En peu de mots, leur offrir un encadrement étouffant avec un manque flagrant de confiance dans leurs enfants. Or, ceux-ci misent beaucoup sur leur propre apprentissage, questionnent par moment le passé réel déïfié, mais non révélé dans les détails, de leurs parents. Car, beaucoup d'entre eux vivent dans des familles monoparentales, ou avec des pères polygames très absentéistes. Cette situation se répercute aussi non seulement dans les choix des amis mais de manière plus générale dans le style de vie des jeunes. On se retrouve alors devant la volonté parentale d'en imposer un, le leur, et celle de leurs enfants, d'en faire une acquisition propre en écoutant leur voie intérieure, en suivant un peu les autres, en se découvrant.
Dans cet ordre d'idées, leur façon de s'habiller va le plus souvent déplaire à leur parents. Ils y vont par marque et par courant. Ils vont loin et tout faire pour être in , avoir rapport aux yeux de leurs pairs, ne pas avoir l'air d'un just come , c'est-à-dire un démodé, un nouvel arrivant, etc. Ce qui s'oppose ici, c'est du old style versus new style (de l'ancien au nouveau). Et si le port vestimentaire en soi pose problème, la façon de s'habiller en général l'est davantage. À côté de l'in des jeunes, les parents y voient du vagabondage, du dévergondage, de la délinquance. Ils ressentent de la honte pour leurs familles, de l'avilissement, de l'irrespect, de l'inconduite, etc. Ces sentiments sont encore plus forts quand ils voient de la nudité pour les parodier (mini jupe ou décolté trop souvent). Une coupe ou coiffure et un maquillage inaproprié selon eux, chez les filles et surtout chez les gars ( le perçage des oreilles représente l'infamie, la honte).
La musique, dans le même esprit, occasionne des conflits entre parents et jeunes. C'est encore du old style versus du new style , un new style venu surtout d'ailleurs, des États-Unis, en particulier. Il a inondé la maison même aux heures de détente musicale parentale qu'on veut imposer malgré son incompréhensibilité, étant en anglais. Ils écoute apparemment bruyamment en exécutant des gestes violents ou en proférant des menaces selon leurs parents.
Un autre point d'achoppement réside dans la façon des jeunes de parler, leur langage, ces derniers vont se dire in alors que les parents les trouvent irrespectueux. Ils diront que les termes par lesquels ils désignent les autres ou leur répondent sont de mauvais mots. Cela achoppe parce que les parents veulent du respect absolu alors que les jeunes décident de faire à leur guise. Les parents croient qu'en cultivant la sagesse, ils vont se faire mieux accepter dans la société. Les jeunes préfèrent se faire entendre. Malgré cette opposition, ils vont accepter, et exercer consciemment ou inconsciemment, toute délégation d'autorité sur leurs petits frères et soeurs. Par rapport aux autres jeunes, ils opposent leurs goûts aux leurs et les mettent sur un pied d'estale, c'est du genre black power versus white power la couleur devient un leitmotiv et prend de l'importance.
En dehors de l'autoritarisme ou du laisser faire, les parents ne prêchent pas par l'exemple. Ils ne remplissent pas non plus le vide que les jeunes cherchent à combler. Or bien que la vie en compagnie d'adolescents ressemble aux montagnes russes, notre attitude est essentielle au succès de la lutte que mènent nos enfants pour atteindre l'indépendance et la maîtrise de soi. Leur réussite tient en grande partie à notre capacité de prendre un certain recul face aux événements . (Santé Canada)
Explication de la situation de conflit
Les points de divergence précités ne sont pas les seuls facteurs explicatifs de la situation conflictuelle que vivent parents et adolescents de la communaté haïtienne de Montréal. Il y en a d'autres dont l'inadaptation et l'exclusion sociale, deux piliers de l'intégration sociale non réussie. (voir Jelen C. Ils feront de bons Français. Enquête sur l'assimilation des Maghrébins. Laffont 1991, 233 p. ), Abou S. (L'inserion des immigrés, une approche conceptuelle) in (Simon P.J. Les étrangers dans la ville. Paris, L'Harmattan, 1998).
En effet, après près de quarante ans d'émigration, beaucoup de parents d'origine haïtienne vivent encore le phénomène du choc culturel, à des dégrés divers, selon la vague d'immigration. (voir Déjean P. in, Les Haïtiens au Québec, les Presses de l'Université du Québec, 1978, 189 p.) Le choc culturel constitue, rappelons-le, une réponse de nature psychologique à une culture non familière (Drudi G. Au delà du choc culturel, le choc discriianatoire comme obstacle au processus d'intégration des membres de minorités ethniques et surtout des minorités raciales, in Défi jeunesse, vol. III, no. Mars 1997, p. 24-27, p. 25) Pour (Coher-Emeriqeu M., Éléments de base en formation à l'approche des migrants et plus généralement à l'approche interculturelle. Annales de Vancresson, 1980, no 7, p. 117-139) cité par Drundi (op. Cit) il s'agit d'une réaction de dépaysement, de frustration et de rejet, de révolte et d'anxiété, une expérience émotionnelle et intellectuelle qui apparait chez ceux qui se retrouvaient hors de leur contexte socioculturel, soit dans un milieu étranger. Ces sentiments amènent l'individu à rejeter le nouvel environnement, les coutumes et les habitudes de vie du pays d'accueil à l'origine de cet inconfort. (ibid. p. 25)
Ces sentiments aveuglent davantage les parents. Ils renforcent leur ignorance ou incompréhension des besoins réels des jeunes. Ils les font sousestimer ou surestimer leurs valeurs comme dans le cas des points de divergence. Ils les font se comporter et réagir avec les mêmes réflexes que ceux des parents vivant ailleurs en Haïti. Ils méconnaissent les lois et le fonctionnement de la plupart des institutions du pays. Cela n'aide pas à rehausser leur estime aux yeux de leurs enfants. Ils ne peuvent ainsi les représenter adéquatement voire leur être ou leur offrir des modèles. De même, leurs attentes sont trop élevées par rapport à la capacité réelle des jeunes. Ils cherchent souvent à s'ingérer dans leur choix de carrière. Ils utilisent encore des méthodes éducatives répressives comme la correction physique déjà citée.
Ces sentiments constituent également des barrières empêchant de se rapprocher de leurs jeunes. D'ailleurs, écrasés sous leur poids, ils vont se refermer er s'opposer aux comportements des jeunes, à qui ils donnent toujours tort. Ils ne leur parlent pas de sexe, car, pour eux, c'est l'apanage des adultes. Ils font rarement des compromis de stimulation et de renforcement positif. Ils les écoutent aussi à leur guise. Ils se préoccupent beaucoup plus de la vie sociopolitique haïtienne que québécoise ou canadienne. Sur ce, ils participent très peu à la vie de leur quartier, de leur localité, de l'école de leurs enfants, du pays d'accueil, etc. Enfin, ils leur imposent de ne pas les regarder dans les yeux sous prétexte de se faire traiter d'irrespectueux et les menacent constamment de les retourner eux aussi en Haïti pour désobéissance grave et continuelle. Voilà donc un autre facteur qui n'aide pas à harmoniser les relations entre parents et adolescents. Le dernier et non le moindre, est l'exclusion sociale.
L'exclusion sociale
Ils sont exclus, tous les deux, des sphères de décisions et des sphères d'avenir. Pour bien comprendre son impact sur la gestion conflictuelle des valeurs entendons-nous sur les termes d'intégration sociales et le choc discriminatoire. Le premier se veut un processus à la fois des dimensions reliées à l'adaptation fonctionnelle, l'adaptation sociale et l'adaptation culturelle. Ce processus a pour résultat le fait que les individus appartenant à ces groupes, sans égard à leur origine ethnique ou nationale, la race, la couleur, la religion, la langue ou le sexe, soient reconnus comme étant des acteurs à part entières dans la société. Cela signifie qu'ils possèdent un pouvoir de négociation, une capacité d'action et d'influence sur les enjeux, de la société, qu'ils puissent se développer à l'intérieur de celle-ci à partir de leurs besoins de leurs aspirations, de leurs valeurs et de leurs intérêts, de sorte qu'ils aient accès à une mobilité sociale, pleine économique, participant ainsi à tous les secteurs de la vie. À la lumière de cette assertion, on peut affirmer que la quasi totalité des membres de la communauté haïtienne du Québec et du Canada ne sont pas encore intégrés.
Ils sont considérés comme des citoyens de second ordre. Ils subissent alors l'autre choc limitant leur intégration au Québec. Il est question ici du choc discriminatoire. Par ce dernier, ils sont à la fois différenciés (distancés, mis à l'écart) et infériorisés (jugés moins performants, leur appartenance à un groupe en raison de l'origine ethnique ou nationale, la race, la couleur, la religion, la langue ou le sexe. (ibid, op. cit. p. 26). Ils subissent ce choc dans plusieurs secteurs en particulier : dans l'emploi, le logement, l'éducation, les services publics. (ibid)
En effet, leur accès aux emplois et aux services publics est inégal. Leur chômage est extrêmement élevé comparativement à la majorité québécoise et aux autres ethnies. (voir Marie Thérèse Chica et Mathew Lorraine in Étude sur les producteurs de comportements racismes lors de l'insertion à l'emploi des jeunes travailleurs de 15 à 29 ans. Volet 1. Le cas des jeunes québécois d'origine haïtienne. L'indice. Mcc 1, 1997. p. 44)
La réalité québécoise de l'exclusion sociale que les parents vivent va à l'encontre des valeurs qu'ils véhiculent. À la violence structurelle, institutionnalisée, ils vont souvent répondre aussi par la violence. Leurs modèles de réussite, d'acceptation, ils vont les chercher ailleurs, chez nos voisins du sud par exemple. Les valeurs s'opposent au bon diewisme , au défaitisme, au soumissionnisme, au mythe du retour, au pacifisme, au mutisme de leurs parents, etc. Ils ne se retrouvent nulle part ou presque sauf dans les lieux de placement, de détention, sous le coup de la mesure administrative, du retour au pays d'origine où ils sont majoritaires.
Leurs parents sont majoritaires dans la mesure de remboursement du revenu perçu à l'aide sociale par les membres de leurs familles qu'ils ont parrainés. Donc, à leur valeur de conformisme exigé aux jeunes, ces derniers prétendent que les parents eux-mêmes ainsi les autres jeunes qui ne s'y opposent pas, sont également discriminés et ne sont pas mieux acceptés. De même, pour ceux qui sont au bord du décrochage scolaire, la valeur basée sur la réussite scolaire, la réussite scolaire à tout prix ne fonctionne pas non plus. Ils se confinent plutôt à la base sur le moindre effort et la réussite rapide. Ils soulignent que ceux qui perdent leur temps à étudier, finissent leurs jours comme plongeurs, ouvriers, êtres de manufacture, infirmières de nuit, etc.
Sans structure de leadership, leur seul recours demeure l'unique concertation défaillante des fois des ONG communautaires haïtiens, sur une base ponctuelle. Mentionnons aussi qu'à cause du choc discriminatoire, la valeur basée sur la résignation va entrer en conflit avec celle basée sur l'affirmation. Enfin, un autre élément qui joue dans le conflit de valeurs est le lieu d'émanation des schèmes de référence. Pour les parents, c'est Haïti et pour les jeunes, il s'agit des États-Unis d'Amérique. La nature a horreur donc du vide; c'est compréhensible.
Conclusion
Voilà trois facteurs qui influencent les relations parents-adolescents dans la communauté haïtienne du Québec. Les deux premiers sont contrôlables par les parents. Le troisième est du ressort gouvernemental et intitutionnel, autrement dit, de souligner Drudi (op. cit. p.26), cela nécessite une stratégie d'action globale à la fois politique, économique et juridique manifestée par des législations, des déclarations et des programmes d'actions ciblés pour enrayer la discrimination et en corriger les effets . Cela prendra ensuite une égalité d'accès aux emplois et aux services assorties de la garantie d'une égalité de résultat, c'est-à-dire la satisfaction des besoins des clients ainsi que du contexte organisationnel à l'intérieur duquel le service est offert.
Pour ce qui est du ressort des parents, il serait intéressant qu'ils fassent preuve d'ouverture, de compréhension et de tolérance par rapport aux comportements susmentionnés des jeunes. Cela requiert l'acceptation d'un certain accompagnement communautaire et le renforcement des habiletés actuelles pour aider à faire la part des choses entre les schèmes de référence d'ici et d'ailleurs. Il faudra qu'ils commencent par prêcher par l'exemple, faire plus de compromis et surseoir toute dépréciation des jeunes en leur laissant de la place pour leurs opinions et des essais-erreurs.