| Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 10, numéro 58, août 1999 |
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Madamne Laurette Laurin - Gamache
Coordonnatrice des projets APCFQ
Monsieur Michel Lemieux
Président APCFQ
Directeur de SIPA CLSC Bordeaux-Cartierville
Association des pscychothérapeutes conjugaux et familiaux du Québec
Le stress du travail ou du non-travail chez un couple, une famille... ici maintenant
Chaque famille, en traversant les étapes normales de son développement devra faire face à de nombreux défis et d'éventuels problèmes d'adaptation : que se soit à l'arrivée d'un enfant, aux passages difficiles de l'adolescence, à la perte d'un emploi, etc. De plus, à l'intérieur de ce développement normal, plusieurs couples, plusieurs familles doivent aussi faire face à des événements imprévisibles comme la mort, un divorce, une maladie subite, une perte d'emploi.
Les psychothérapeutes conjugaux et familiaux sont des professionnel(le)s possédant une formation universitaire de niveau maîtrise et leurs interventions sont centrées avant tout sur la relation de l'individu avec les autres éléments du groupe familial dont il fait partie. Ils font appel au mode interactionnel et systémique pour établir un diagnostic et pour élaborer un plan d'intervention.
Madame Laurin-Gamache et monsieur Lemieux, nous présentent un cas typique de cette problématique; il s'agit d'une famille composée du père, de la mère et de trois (3) enfants : une fille de 10 ans, un fils de 6 ans, une fille de trois ans.
Le problème tel que présenté en psychothérapie par le couple seul :
Notre fils de 6 ans pose problème : très actif, impulsif, agressif avec ses soeurs. Il est hypersensible, très sociable, gourmand de présence. Résiste à l'autorité, fait des cauchemars.
Impact sur le système familial :
Maman s'énerve, crie, sévit. Papa n'aime pas ça, s'éloigne de maman.
Ce qui s'ajoute à ça :
Papa, après chômage et recherche d'emploi, a un nouveau travail très exigeant en plus d'un bénévolat, il est débordé, stressé.
En réaction, maman se sent négligée.
Notre dynamique familiale est agressé par tout ça. , admettent-ils
On est inquiets et fatigués, en urgence.
Leurs attentes :
- Comprendre le problème de l'enfant.
- Créer des situations où il pourra être calme.
Quelques notions théoriques :
Le stress relié au travail du ou des parents : la problématique
1. Probléme d'équilibre : la famille a moins de temps pour vivre des choses ensemble.
- En psychothérapie, il sera important d'abord de recadrer les forces déjà présentes dans cette famille qu'on peut qualifier de regénérative [1] (traduit de l'anglais : qui a des ressources) : la durabilité, le sens du contrôle des situations, l'implication personnelle, familiale, sociale (bénévolat), etc.
- Recadrer ou restructurer la capacité de se relier (face au stress, c'est important), la capacité de changer (souplesse, adaptation à la nouvelle situation). Devenir une famille résiliante [2] (traduit de l'anglais).
- Le rythme de la vie familiale, basé sur une routine des rituels [3], a été un peu ébranlé. Restructurer.
* Les familles qui vivent des stress importants, des stress qui menacent l'équilibre familial, des stress qui menacent l'équilibre de ses membres, ont besoin des meilleurs services disponibles.
- Le service le plus aidant et le plus efficace, c'est de leur assurer l'accès à un support social de qualité : famille, proches, aidants naturels, organismes communautaires, etc.
- la thérapie familiale est le traitement et l'intervention à privilégier compte tenu des divers systèmes impliqués.
2. Problème relié aux éléments [4] qui jouent dans le stress du système familial.
- L'horaire nouveau qui brise les rituels de routine oblige à des changements. Il faut trouver le temps. Les changements de rôles (ex: mère plus en charge de la discipline au quotidien) doivent être assumés.
- Le désaccord suscité par le nombre de nouvelles décisions prises pour tenir compte de la situation. Des jeux de pouvoir en résultent; les règles changent, des choses claire et explicites le sont moins. Également, quelques nouvelles décisions renvoient plus à des face à face , des confrotations, à plus d'intimité (= mise à nu des tempéraments), à une remise en question de la vie sexuelle.
- La place des conflits, en période de crise, on a moins de marge de manoeuvre pour les régler, on est souvent pris par surprise , comparativement à la période d'avant ou on avait davantage de pouvoir pour les gérer.
3. Problème relié aux éléments critiques en présence :
- Le nombre et l'importance des demandes qui s'ajoute aux éléments de frustration déjà présents dans le système.
- Le temps de préparation à cette situation nouvelle a manqué. (En référence, voir les 9 mois de grossesse pour se préparer à la venue d'un enfant).
Notre offre : Une démarche en famille avec un couple / thérapeute.
Pédagogie : - Observer l'enfant au sein de son système familial
- Réfléter nos observations et recueillir les réactions et, à partir de ça.
- Faire un contrat de travail sur les changements que chacun souhaite.
4. Processus thérapeutique :
Résultats de nos observations : (dans le dit, le non-dit, les rôles, les jeux)
- L'enfant est le symptôme du problème qui affecte le couple. Le problème du couple est relié :
- au stress que vit papa pour satisfaire aux exigences du nouvel emploi
- au stress que vit maman de se sentir trop seule comme épouse et comme mère
En conséquence, l'enfant, dans ses rapports à ses pairs et à ses parents, remplit la fonction d'alerter tout le monde. Le garçon illustre le manque de présence masculine dont souffre la mère, et lui-même.
- Dans le système, chacun joue un rôle : à la première rencontrefamiliale, le garçon regarde beaucoup sa mère, il semble en alliance avec elle. Au niveau inconscient, il prend le mandat de la satisfaire en lui donnant de l'importance. C'est le deuxième homme de la maison le petit homme de maman , même s'il se relie bien à son père et aime faire du sport avec lui. Mais pas assez de temps.
- La fille aînée, dès les premières rencontres, dit s'ennuyer de papa. Elle le regarde souvent. La plus petite aussi a surpris la mère dernièrement en disant qu'elle voudrait plus papa à la maison. Il semble se jouer des alliances filles/papa pour compenser les manques du couple maman/papa. Les enfants sentent ces choses-là.
- C'est un stress au niveau de l'enfant que de ressentir papa comme stressé et peu là, et de ressentir maman frustrée et stressée . Entre-eux, les rapports seront plus tendus. Ils seront plus intolérants, plus agressifs, plus capricieux.
Les chicanes, en séance thérapeutique, ont bien illustré ça. Leurs dessins aussi...
Cheminement thérapeutique : (six rencontres dont deux en couple)
Beaucoup de recadrage positif de leurs acquis (amour, affection, partage, joie, etc.) dans un contexte d'adaptation aux nouvelles conditions de travail du père.
Restructuration à différents niveaux :
- Se regarder quand on se parle
- Techniques d'expression du ressenti
- Techniques d'écoute active
- Entendre les choses non-dites
- Entendre les cris de madame et la réaction de monsieur à ces cris
- Démasquer les rôles (l'image de héros, bourreau de travail, victime)
- Analyser et travailler les jeux de faux-moi (de pouvoir, de fuite, de victimisation...) et les remplacer par des comportements plus satisfaisants (rester, se parler, etc.)
- Les alliances, les analyser, changer ...
Conclusion
Les familles qui vivent un stress important ont besoin de ressourcement : soit un accès à un support des aidants naturels (famille, amis, milieu), soit un accès à un éclairage et un appui thérapeutique professionnel. Ou les deux.
La psychothérapie familiale est un traitement de choix parce qu'elle est axée sur la communication, la relation entre les personnes et que c'est un travail dynamique, vivant, qui donne des résultats plus rapidement et plus profondément qu'une psychothérapie axée uniquement sur l'individu.
[1] Famille regénérative :
- qui a une forte cohérence familiale : acceptation, loyauté, confiance, fierté, respect, valeurs... - qui a une force intérieure et un sens de durée : sens du contrôle, la vie a un sens, implication dans des activités, intérêt à apprendre, explorer,
- face aux stresseurs, elle maintient son intégrité.
[2] Famille résiliante : - qui attache beaucoup d'importance aux liens (bonding) - qui offre de la flexibilité, de la souplesse
- face aux stresseurs, elle a tendance à resserrer les liens, on s'unit; capable de changer pour s'adapter après le stress.
[3] Famille forte sur les rituels : - qui accorde beaucoup de temps aux rituels, au temps en famille, aux activités de routine - face aux stresseurs, la famille maintient ses habitudes, sauvegarde sa stabilité.
[4] Élément stresseur :
- un événement de la vie ou une situation de transition (mort, achat, divorce, devenir parent, etc) qui agit ou affecte l'unité de la famille; qui a le pouvoir de produire ou de forcer un changement.
Sévérité du stresseur :
- relié au degré d'impact sur la stabilité de la famille
- relié à l'importance et au nombre des demandes de ressources de la famille
- relié à la présence d'une crise qui précède l'arrivée du stresseur - relié au fait que la transition ou le stresseur est attendu ou non.
Importrance d'un stresseur :
- son impact sur le rythme de vie, l'horaire de la famille
- le nombre de nouvelles décisions requises et impliquant un désaccord
- le mode de résolution de conflit avant la transition ou la crise.