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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 11, numéro 59, décembre 1999 |
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Monsieur Kenneth George
Commissaire
Commission scolaire de Montréal
Pour une école moderne et ouverte
Publié dans le Devoir, le 10 octobre 1999
Tous les enfants doivent être traités également, sans distinction de race, de couleur, de sexe ou de religion. N'offrir l'enseignement confessionnelle qu'aux catholiques et protestants, et offrir l'enseignement moral aux autres, c'est banaliser les enfants des autres confessions religieuses.
Faut-il alors enseigner toutes les croyances ? Ce serait créer un cauchemar administratif dans les écoles qui ont par ailleurs, d'autres priorités fixées par les parents et la société.
Monsieur Kenneth George, parent, commissaire à la Commission scolaire de Montréal, membre du Conseil de la famille et de l'enfance, fera état de son appui au rapport Proulx sur la place de la religion à l'école
Depuis 1987, le Mouvement pour une école moderne et ouverte (MÉMO) travaille à moderniser un système d'éducation qui continue de perpétuer un certain nombre d'iniquités entre les citoyens, même après l'abrogation de l'article 93 de la Constitution canadienne qui garantissait des privilèges confessionnels aux catholiques et aux protestants.
L'organisation actuelle, qui oblige les écoles publiques à s'identifier en fonction d'une appartenance religieuse et à se déclarer catholiques, protestantes ou neutres, est, en soi, un archaïsme. Plus encore, en continuant de permettre que seules deux religions puissent enseigner leur culte dans les écoles, le gouvernement se met lui-même en infraction par rapport à la Charte des droits que tous les Québécois reconnaissent comme l'un des plus puissants outils de gestion des équilibres sociaux.
Le MÉMO postule que l'État n'a pas à être responsable de la transmission des cultes religieux, quels qu'ils soient. L'éducation est une affaire privée qui doit être prise en charge par la famille et les communautés religieuses, et non par une école publique qui se veut le creuset d'une société partageant un certain nombre de valeurs communes, dont la liberté de pratiquer la religion de son choix ou de n'en pratiquer aucune.
Nous croyons que les Québécois, qu'ils aient ou non des enfants d'âge scolaire, veulent que l'école transmette aux générations futures les valeurs de justice, de partage, de compassion, de respect et de solidarité. C'est exactement ce que propose le rapport Proulx, tout en distinguant les responsabilités de l'Église et celles de l'État, dans le respect du principe d'égalité cher à tous les citoyens.
L'enseignement culturel des religions qui y est proposé permettra aussi aux élèves d'acquérir des connaissances de base sur les différents cultes pratiqués dans le monde et de mieux comprendre les préceptes, la vision et l'influence des grandes religions qui ont façonné les nations.
Soyons clairs, à partir du moment où l'on convient de donner plein effet au principe d'égalité, trois choix sont possibles. Bien qu'également satisfaisantes au plan conceptuel, ces options s'avèrent fort inégales lorsqu'on se penche sur leur application concrète.
La première voie consiste à offrir les mêmes privilèges à tout le monde, c'est-à-dire, dispenser et payer l'enseignement religieux des quelques 110 religions différentes pratiquées au Québec. En plus des problèmes des coûts et d'organisation, cette approche soulève la question d'établir qui sera appelé à trancher et comment. Sur quelle base établirons-nous que telle religion mérite que l'État s'en fasse le prosélyte et pas telle autre ? Accepterons-nous que le gouvernement s'érige en juge de ce que sont les bonnes et les moins bonnes religions, celles qu'on enseigne, ou pas, à l'école ?
La deuxième option, souvent jugée comme un compromis acceptable, offrirait ce privilège à toutes les religions, dans la mesure où le nombre le justifie. Pour séduisante et généreuse qu'elle apparaisse à première vue, cette hypothèse cache de profondes injustices. En effet, toutes les appartenances religieuses ne sont pas également distribuées dans les écoles. On peut présumer qu'un élève musulman n'aura pas le même accès à l'enseignement de sa foi selon qu'il habite Montréal ou Chicoutimi, par exemple. Même à Montréal, où se retrouve la plus grande densité pluri-religieuse, l'inégalité demeurerait.
Examinons l'exemple concret de l'école primaire Les Enfants du monde, située dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, où 60 % des élèves ne sont pas catholiques. En limitant l'enseignement religieux aux grandes religions et en tenant compte des groupes d'âge et de taille des groupes constitués, l'école devrait organiser 18 groupes d'enseignement religieux différents. Cela répondrait aux besoins des élèves catholiques orthodoxes, musulmans et sans appartenance religieuse. Toutefois, les élèves de religions bouddhiste, hindouiste, juive et protestante ne seraient pas desservis, faute d'un nombre suffisant.
Les problèmes d'organisation apparaissent d'emblée : disponibilité des locaux, organisation des horaires des élèves, disponibilité et formation des enseignants spécialistes, organisation de leur tâche, sans parler des coûts supplémentaires. Certes une option qui ne résiste pas à l'analyse. En région, les distances constituent un frein majeur, à Montréal, c'est la diversité même qui pose problème. Dans les deux cas, il faudrait accepter de déraciner l'élève de son milieu. Cela conduit à la constitution de ghettos, ce qui ne va certainement pas dans le sens d'une politique d'intégration.
Cette avenue, bien qu'attrayante pour ceux qui s'accrochent à l'enseignement religieux, n'est pas viable. Reste l'option qui veut que l'État, puisque ce n'est pas sa responsabilité, laisse les communautés assumer la transmission de la foi et s'en tienne à l'enseignement culturel des religions. Nous sommes favorables à ce que cet enseignement soit obligatoire pour tous. L'important est que les écoles deviennent indépendantes d'une confession religieuse ou de l'autre. Bien plus, nous souhaitons que la tradition chrétienne y occupe une place prépondérante, du fait de son importance dans l'histoire et la culture québécoise. Nous croyons essentiel que cet héritage soit partagé.
Comme pour d'autres questions débattues dans la société pluraliste, il faudra bien en arriver à un pacte social. Sans renoncer à son devoir de neutralité, l'école publique peut apporter sa contribution en mettant ses locaux à la disposition des confessions religieuses, en dehors des heures de classe, pour qu'elles y organisent et dispensent elles-mêmes et à leur frais l'enseignement religieux confessionnel aux enfants qui le désirent. C'est un accommodement raisonnable. Il appartiendra à chaque milieu de déterminer celles qui lui conviennent. Pour y parvenir, il faudra lever l'ambiguïté actuelle et dissocier la transmission des connaissances religieuses de la transmission de la foi proprement dite. Si la première relève de la mission de l'école, la seconde ne peut qu'appartenir aux communautés religieuses elles-mêmes.
C'est donc cette option, celle du rapport Proulx, que défendra le Mouvement pour une école moderne et ouverte devant les membres de la Commission parlementaire sur la place de la religion à l'école.
Répartition des élèves selon la religion dans deux
écoles
de la Commission scolaire de Montréal
| École Les-Enfants-du-Monde (a) | École Saint-Luc (b) |
| Nombre d'élèves | Pourcentage | Nombre d'élèves | Pourcentage | |
| Catholique | 165 | 39,95 | 642 | 41,13 |
| Protestante | 1 | 0,24 | 40 | 2,56 |
| Aucune | 62 | 15,01 | 418 | 26,78 |
| Orthodoxe | 83 | 20,10 | 106 | 6,79 |
| Musulmane | 83 | 20,10 | 214 | 13,71 |
| Bouddhiste | 7 | 1,69 | 86 | 5,51 |
| Hindouiste | 3 | 0,73 | 39 | 2,50 |
| Juive | 4 | 0.97 | 14 | 0,90 |
| Tém.Jehovah | 5 | 1,21 | 2 | 0,13 |
| Autre | 0 | 0 | 0 | 0 |
(a) Élèves inscrits au 30 septembre 1997. Les données pour
l'année scolaire 1998-1999 ne sont pas disponibles,
la fiche d'inscription au primaire ne
fournissant plus de données détaillées sur la religion
d'appartenance.
(b) Élèves inscrits au 30 septembre 1998.
Nombre d'écoles ayant des élèves (a) de religion
"autre
à la Commission scolaire de Montréal
| Écoles
primaires ayant 10 % et plus de leurs élèves de religion autre (b) |
Écoles
second. ayant 5 % et plus de leurs élèves de religion autre (c) |
| Nombre | Pourcentage | Nombre | Pourcentage | |
| Regroupement 1 | 18/29 | 62% | 5/6 | 83% |
| Regroupement 2 | 11/21 | 52 % | 3/5 | 60% |
| Regroupement 3 | 18/21 | 86% | 5/5 | 100% |
| Regroupement 4 | 6/22 | 27% | 1/9 | 11 % |
| Regroupement 5 | 9/21 | 43% | nil | nil |
| Regroupement 6 | 19/24 | 79% | 4/6 | 66% |
| TOTAL | 81/138 | 59% | 18/31 | 58% |
(a) Selon les données de l'inscription au 30 septembre 1998.
(b) Le chiffre de 10 % a été choisi pour la raison suivante
: une école primaire compte en moyenne de 250 à 300 élèves
et 10 % représente 30 élèves, ce qui
est l'équivalent d'un groupe.
(c) Le chiffre de 5 % a été choisi pour la raison suivante :
une école secondaire compte en moyenne de 600à 800 élèves
et 5 % représente 30 élèves, ce qui
est l'équivalent d'un groupe.