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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 6, septembre 1989 |
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Satellite Famille et travail
Les femmes collaboratrices
Madame Pierrette de Montigny, secteur PME
Madame Gisèle Boucher-Mathieu, secteur professionnel
Madame Monique Bernard, secteur agricole
Depuis longtemps déjà des femmes participent à
l'amélioration et à l'évolution des conditions de vie de la
cellule familiale en oeuvrant de concert avec le conjoint à la
gestion et à l'exploitation de l'entreprise familiale. Ce projet
commun de couple où l'apport de chacun a une incidence sur la
vie économique et le bien-être de la vie familiale et dont les
services et la production de biens profitent à la collectivité
mérite bien d'être mis en valeur. Nous avons rencontré trois
membres de l'Association des femmes collaboratrices représentant
chacune l'un des secteurs suivants : PME, agricole et
professionnel. Elles nous ont fait part de ce qu'est la femme
collaboratrice et de sa situation aujourd'hui.
Ensemble, un projet
Partir en affaires et partir en affaires quand on est en amour
sont deux choses. Dans un cas comme dans l'autre, il faut savoir
établir des règles; mais l'un diffère de l'autre en ce sens
qu'il est parfois difficile de négocier affectivité et
émotivité avec travail et conditions de travail.
Décider de bâtir ensemble un avenir où plan familial et plan
de travail se côtoient comporte plusieurs exigences. Il faut
pouvoir négocier dans le couple afin d'obtenir un équilibre
juste et équitable. La reconnaissance du travail de chacun vient
établir une base solide à partir de laquelle sont rendus
possibles l'échange, la discussion, la négociation et la
collaboration dans un esprit où la confiance prédomine.
La femme collaboratrice est longtemps restée dans l'ombre. La
reconnaissance de son travail doit s'appliquer dans toutes les
couches de la société. On se référait souvent à elle en
termes "d'épouse de monsieur Untel, propriétaire de".
Peu d'entre elles s'exprimaient sur la place publique.
Aujourd'hui le "mon" fait place au "notre",
le "je" au "nous". Les partenaires
socio-économiques tels que gérants de banque, notaires,
fournisseurs et clientèle reconnaissent de plus en plus la
fonction de ces femmes au sein de l'entreprise.
Plusieurs facteurs sont à la source du travail de collaboration;
ils peuvent être d'ordre culturel, affectif, économique,
professionnel ou autre. Ce choix doit amener chacune des parties
à atteindre un certain degré de satisfaction et
d'épanouissement. Pour pouvoir retirer ces bienfaits, un bon
point de départ est la reconnaissance des accomplissements de
chacun et la valeur qui leur est accordée tant au plan
individuel ou collectif que familial ou social.
Les acquis...
On dénombre cinq cent mille femmes collaboratrices au Canada
dont cent cinquante mille se trouvent au Québec. Ce n'est qu'en
1980 que le gouvernement reconnaît le travail de ces femmes en
permettant au conjoint de déduire de ses impôts le salaire
versé à sa conjointe. On peut facilement s'imaginer qu'avant
l'application de cette nouvelle mesure, peu d'entre elles se
voyaient rémunérées pour leurs services. De 12.5% en 1975,
elles sont passées à 39.6% en 1984. Aujourd'hui on estime à
près de 50% le nombre de ces femmes à qui un salaire est versé
et qui, par le fait même, peuvent accéder au Régime des rentes
du Québec et améliorer leurs conditions à la retraite.
Pour les femmes qui auraient travaillé avec rémunération avant
l'année 1980, l'association demande la possibilité de racheter
les cotisations au Régime des rentes pour la période
concernée. Pour les femmes n'ayant pas été rémunérées, il
est proposé que le R.R.Q. leur permette de cotiser à titre de
travailleuses autonomes.
Au mois de mai dernier, après maintes années d'efforts, de
démarches, de consultations et de revendications, le Régime
d'assurance-chômage est devenu accessible pour les femmes
collaboratrices. Cette ouverture les place ainsi sur un pied
d'égalité avec le reste des travailleurs et travailleuses dans
le cas d'un congédiement ou d'un congé de maternité. Cependant
l'application de cette mesure qui se concrétise par le paiement
de primes a été reportée à l'automne.
Le rôle de l'Association des femmes
collaboratrices
L'Association des femmes collaboratrices se donne pour tâche de
sensibiliser les femmes à l'importance de faire reconnaître
leur travail et de lui accorder la place qui lui revient en lui
donnant sa pleine valeur. Elle le fait par le biais de campagnes
de sensibilisation auprès des femmes, de leurs maris et des
intervenants tout en menant de front les différents dossiers qui
feront que le système de collaboration sera vécu en toute
équité.
Il y a plusieurs façons de faire une place à ce travail. On
peut penser au fait d'être salarié, d'avoir accès au Régime
des rentes, au Régime de l'assurance-chômage, au congé de
maternité, au retrait préventif, aux cours de formation
professionnelle ou à une considération des acquis
expérientiels, etc. Les femmes peuvent acquérir des parts, des
actions ou un REER. Tout ceci n'est pas le lot de toutes les
femmes collaboratrices mais certaines ont vu leurs conditions
s'améliorer en accédant à l'une ou l'autre de ces éventuelles
possibilités.
Mais qu'advient-il de ce 50% de femmes que l'on estime n'être
pas salarié ? Elles ne le sont pas pour diverses raisons,
économiques ou pas : les conditions financières ne le per
mettent pas, l'argent ainsi économisé est réinvesti, l'épouse
n'en voit pas la nécessité, cela permet de s'offrir un voyage
en fin d'année, la conjointe ne l'a jamais demandé ou osé le
demander, etc.
Qu'arrivera-t-il lors d'un décès, d'un divorce ou d'une
séparation dans de tels cas ? Comment se fait l'évaluation de
la part et de l'investissement de la femme collaboratrice dans
l'entreprise ? Peut-elle être assurée de faire valoir ses
droits sans posséder une preuve de son partenariat ?
Au niveau des droits économiques des conjoints, la Loi du
partage du patrimoine familial ne répond pas à toutes les
questions. Lorsqu'il est fait mention de résidence familiale à
partager, comment s'effectue ce partage dans le cas où le
commerce et l'entreprise se confondent avec la résidence ?
Malgré les requêtes faites auprès de la Ministre de la
Condition féminine par l'Association en commission
parlementaire, la loi telle qu'elle se présente aujourd'hui
n'inclut pas de clauses spécifiques per met tant la
clarification des ambiguïtés reliées à cette situation.
Vers un statut?
C'est pour éviter que de telles situations ne fassent problème
que cette question est débattue par l'Association des femmes
collaboratrices sur les tribunes du Parlement. Elles revendiquent
ainsi l'obtention d'un réel statut pour toutes les femmes
collaboratrices.
Ce statut prendrait la forme d'un document préparé en bonne et
due forme chez le notaire ou le protonotaire; il pourrait
également faire l'objet d'une procédure gérée par le
gouvernement. On y trouverait le détail de l'information
relative aux tâches exécutées par la conjointe dans
l'entreprise, à la somme de travail qui y est investie et au
moment correspondant au début de la collaboration.
La femme ferait état de sa participation au fonctionnement de
l'entreprise familiale. L'Association propose comme référence
de base une répartition du travail à 50-50 sans toutefois que
celle-ci soit automatiquement utilisée ou revendiquée; le
pourcentage revenant à chacune varierait selon le cas.
Il est demandé que le document soit signé de façon à per
mettre à toutes les femmes collaboratrices d'accéder à ce
statut sans pour autant nécessiter l'accord de l'époux, car on
sait bien que ce ne sont pas tous les conjoints qui adhèrent à
cette idée d'établir clairement des clauses déterminant la
part de chacun au sein de l'entreprise familiale.
Si désaccord il y a, le conjoint aurait une période de temps
limitée pour contester cette déclaration et faire la preuve
justifiant son désaccord. Un service de médiation
Ainsi la conjointe qui aurait accepté la non-rémunération ou
la sous-représentation numéraire (salaire symbolique) se
trouverait ainsi protégée en cas de décès, divorce ou
séparation. Elle serait en mesure de faire valoir la juste
valeur de ses droits en tant que femme collaboratrice et
conjointe et d'obtenir des compensations s'il y a lieu.
La situation telle qu'elle est aujourd'hui laisse la femme dans
une position où faire la preuve de son statut réel reste très
difficile et aléatoire.
L'expérience du passé montre qu'une telle démarche est
nécessaire pour protéger la femme qui a à faire face à de
telles situations. Lui procurer les moyens de faire valoir ses
droits n'est que chose bien naturelle et légitime.
Un pas en avant
Un tel débat ne doit pas se présenter sous l'aspect d'une
bataille, loin de là. Les mentalités doivent évoluer et
s'ajuster aux réalités d'aujourd'hui, en s'adaptant aux
situations et aux contextes nouveaux .
Il y a là un énorme travail d'éducation et de prise de con
science à faire au niveau des individus, des couples et de la
société. Il est encore difficile pour certains de couper avec
la tradition et de faire un pas vers l'avant. Ce travail
d'éducation qui s'est amorcé depuis quelques années a déjà
porté ses fruits et se poursuit.
Il faut encourager cette forme de travail en collaboration qui,
bien exploitée, devient une source considérable de richesses et
de bien-être pour la famille. Elle peut s'avérer être un
facteur de renforcement de la cellule familiale où des liens
privilégiés se créeront et aideront à l'unité de celle-ci.
Les enfants qui souvent seront amenés à contribuer à l'essor
du projet familial développeront, relativement jeunes, un sens
des responsabilités et un esprit d'initiative. Certains y
travailleront temporairement alors que d'autres prendront la
relève.
Le fait de travailler ensemble peut souder ou désunir. Il
revient au couple de susciter un contexte où confiance et
compréhension s'associent pour devenir des éléments concluants
de réussite d'un projet commun.
Quand le projet réussit, cela permet à tous d'accéder à une
bonne qualité de vie. Le fait pour une femme de se prendre en
main peut avoir des répercussions sur l'ensemble de la famille.
La femme qui est consciente de la valeur de son travail et qui le
fait reconnaître peut retirer une satisfaction qui souvent se
traduit par un intérêt plus prononcé face à son implication
et à son intégration dans l'entreprise. Elle se sent plus
concernée et plus motivée pour déployer des énergies au sein
de celle-ci.