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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 6, septembre 1989 |
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Satellite Famille et travail
Les femmes et la garde en milieu familial
Nous savons que depuis une vingtaine d'années l'apport des
femmes sur le marché du travail ne fait qu'augmenter. Il est de
plus en plus important pour celles-ci de se prendre en charge et
de participer activement à la vie socio-économique de tous les
jours. Elles le font pour des raisons d'épanouissement et de
développement personnel et / ou de conjoncture économique.
Certaines préfèrent s'impliquer étroitement dans la société
alors que d'autres, pour diverses raisons, choisissent un métier
permet tant d'allier travail, famille et foyer. Un moyen de
réunir et de concilier ces éléments trouve parfois sa réponse
en la garde d'enfants en milieu familial. Nous avons rencontré
la directrice de l'Agence des services de garde en milieu
familial du YMCA de Saint-Laurent à Montréal, madame Diane
Deguire, ainsi que deux responsables de famille de garde
(gardiennes) afin qu'elles nous fassent connaître la dimension
et les divers aspects entourant ce travail qui est fait en
famille.
Une question de choix
Le travail de garde en milieu familial reste une question de
choix. La femme qui s'y adonne s'offre des conditions qui
correspondront à divers objectifs qu'elle s'est fixée. Ses
motivations peuvent être de plusieurs ordres :
- elle préfère rester au foyer pour assurer le suivi de ses
enfants et parfaire leur éducation;
- la garde en milieu familial est un bon moyen de procurer un ou
des compagnons à son enfant;
- l'amour qu'elle porte pour les enfants l'amène à vouloir
prendre contact avec eux et s'en occuper;
- cela lui permet d'obtenir un revenu additionnel;
- c'est une façon de combler l'ennui par l'absence de vie dans
la maison;
- ce travail semble pour elle le seul accessible pour le moment;
- son mari préfère la voir à la maison;
- etc.
Il semble que le fait de pouvoir élever ses enfants tout en
ayant une activité qui génère des revenus soit les facteurs
dominant ce choix. Certes, l'amour des enfants constitue un
élément pré-requis à l'application d'un tel travail. Cette
tâche demande qu'on y mette beaucoup de son énergie et de son
temps aussi une femme dont la motivation ne serait que d'ordre
économique verrait assez vite qu'il est peut-être plus simple
et moins fatiguant de se trouver un travail à l'extérieur.
Le travail au noir
"Le travail au noir existe dans plusieurs secteurs de
l'économie dont entre autres la garde des enfants. Au Québec,
on pourrait dire qu'exercée au noir la garde des enfants est une
industrie florissante." En effet, un sondage réalisé à
l'automne 19861 démontrait que parmi les services au noir
employés le plus communément, ceux de gardiennes arrivaient en
tête de liste. On fait également ressortir que dans les douze
derniers mois 11% des ménages québécois ont eu recours aux
services d'une gardienne au noir. Cela représenterait 249.5
millions de dollars, c'est-à-dire "36% de la masse
salariale totale consacrée aux travaux, biens et services payés
en argent, de main à main, sans facture" 2
Malgré les avantages que le travail au noir peut avoir, il
comporte aussi de sérieux inconvénients. Prenons par exemple
une gardienne en milieu familial. Le fait qu'elle exerce son
activité secrètement peut à court terme lui procurer quelques
avantages financiers. Cependant, à long terme, cette
clandestinité l'empêche de se prévaloir socialement de la
reconnaissance de son travail. Elle se prive ainsi de la
possibilité d'accéder à une situation financière qui pourrait
être plus avantageuse car le temps passé à travailler au noir
lui bloque tout accès aux bénéfices marginaux que peut lui
procurer un emploi reconnu. 3
Les agences de services de garde en
milieu familial
La première agence de services de garde en milieu familial a vu
le jour en 1979 au Lac Etchemin; depuis ce temps, elles
s'implantent de façon continue dans toutes les régions du
Québec. Depuis 1981, elles sont régies et subventionnées par
l'Office des services de garde à l'enfance (OSGE). En cette
même année s'est formé le Regroupement des agences des
services de garde en milieu familial qui compte aujourd'hui
soixante-deux agences membres dont la supervision de responsable
de famille de garde se chiffre à près de deux mille. Ce
Regroupement est bien sûr loin de regrouper toutes les
gardiennes dont on sait que la majorité oeuvre encore dans les
sphères souterraines de l'économie.
Le rôle de ces agences est de :
- faire le recrutement des responsables de famille de garde;
- superviser et coordonner leurs activités;
- faire le lien entre les parents et le responsable de famille de
garde;
- collecter les montants de la garde chez les parents et les
redistribuer auprès des responsables;
- dispenser des cours de formation à caractère pédagogique;
- organiser régulièrement des réunions permettant de
développer les relations de travail entre les responsables de
famille de garde et l'agence et à certains moments avec les
parents;
- offrir des conditions de travail adéquates :
. assurer chaque semaine le paiement des heures travaillées;
. payer les congés fériés;
. garantir le montant dû dans le cas d'absence d'un enfant
normalement attendu;
. faire respecter les horaires de garde par les parents et
éviter les abus.
- mettre de l'équipement à la disposition des travailleuses;
. parcs;
. lits de bébé;
. chaises hautes;
. jouets.
- et bien d'autres.
Le service de garde en milieu familial coordonné par une agence
est "fourni par une personne physique, contre
rémunération, dans une résidence privée où elle reçoit de
façon régulière au plus quatre enfants incluant ses enfants
reçus dans cette résidence privée ou, si elle assistée d'une
autre personne adulte, au plus neuf enfants incluant les enfants
de ces deux personnes reçus dans cette résidence privée pour
des périodes qui ne peuvent excéder 24 heures
consécutives" (Loi sur les services de garde à l'enfance,
article 1).
Cette loi a été modifiée le premier juillet 1989 et porte
aujourd'hui la limite de quatre enfants, incluant ceux de la
personne adulte, à six enfants.
La garde en milieu familial : un travail
à long terme?
Selon l'expérience de l'agence du YMCA de Saint-Laurent, une des
six de Montréal, on constate qu'au tout début les femmes
travaillaient plus sur une base temporaire: le temps que leurs
enfants atteignent l'âge de trois ou quatre ans et qu'ils
quittent la maison pour la maternelle ou l'école. Suite à ce
départ elles projetaient souvent de reprendre le travail à
l'extérieur.
Aujourd'hui la présence des responsables de famille de garde à
l'agence s'avère être plus longue. De 2.3 ans il est passé à
3 ans. Selon la directrice madame Deguire, il y a de plus en plus
de femmes qui exercent ce métier de manière professionnelle et
sur une base plus stable. Sur quarante gardiennes qu'elle
supervise, vingt d'entre elles considèrent qu'être responsable
de famille de garde est leur métier.
Le fait que de plus en plus de gardiennes envisagent de
travailler à long terme indique qu'il y a évolution dans la
manière de concevoir cette option. Être encadrées par l'agence
développe chez elles un sentiment d'appartenance à un milieu de
travail qui s'avère important pour la valorisation et la
reconnaissance du travail.
Certaines de ces femmes ne pouvaient s'identifier au départ
comme travailleuses, utilisant plutôt des termes comme
passe-temps, activité ou occupation pour définir leur métier.
Ce genre d'attitude origine souvent de l'image renvoyée par le
milieu social où elles évoluent.
Cette perception peut prendre naissance à l'intérieur même de
la famille et être véhiculée par le mari ou les parents qui
n'y voient pas là une tâche digne d'être qualifiée de
"travail".
Pour ces femmes, adhérer à une agence de services de garde en
milieu familial nécessite un réajustement de leur part et de
celle des membres de sa famille. Elles se verront intégrées
dans un milieu de travail où règles et normes sont à
respecter, où assister aux réunions et rencontres est à
considérer de manière sérieuse.
La plupart du temps lorsqu'arrive le moment où l'époux réalise
que les normes de sécurité à la maison doivent être conformes
aux règles de l'agence, que la garde en milieu familial comporte
ses exigences tel que celle de rendre accessible aux enfants la
majorité des pièces de la maison et que d'assister aux
réunions fait partie du travail de son épouse, il doit alors
reconnaître qu'elle effectue un métier qui comporte des
conditions comme tout autre métier.
Un grand pas vient d'être franchi lorsque cette prise de
conscience se fait au niveau personnel et au niveau de la
famille. La femme en arrive à se considérer
"travailleuse" au même titre que toutes les autres
travailleuses et accorde une plus grande valeur à son travail.
Assister à des réunions permet aux gardiennes de sortir de leur
isolement, d'échanger avec les autres responsables de famille de
garde et de trouver un support pour faire face aux problèmes qui
surgissent en cours de route. De plus en plus couramment, on les
voit travailler ensemble et se tenir compagnie dans les parcs et
les piscines.
Participation des membres de la famille
La garde en milieu familial, peut-on penser, semble presque
exclusivement réservée aux femmes mais il se trouve certains
maris qui s'unissent à leurs femmes et travaillent de concert
avec elles, bien que ce nombre soit encore restreint. Cependant,
la dynamique de ce travail en famille effectué par l'épouse ou
la mère amène généralement le mari et les enfants à
s'impliquer de manière concrète.
La moyenne des heures travaillées est de 10 heures et leur
répartition dans la journée peut varier entre 6 heure et demie
et 18 heure. Donc avec un horaire semblable le conjoint et les
enfants rentrent nécessairement en contact avec les enfants
gardés avant leur départ pour le travail ou l'école et/ou
après leur retour. Ils développent ainsi des liens et des
affinités avec les enfants qui sont présents sur une base
régulière dans le foyer. Le mari en prendra soin, jouera avec
eux et souvent prendra part à des activités. En fait ce genre
de travail ne peut faire autrement que s'intégrer à
l'intérieur de la vie familiale de tous les jours. La
collaboration et la compréhension du conjoint sont vraiment des
éléments essentiels à la réussite de l'entreprise.
Les enfants peuvent être en bas âge ou à l'école. Lorsqu'ils
sont en bas âge, les enfants gardés deviennent des compagnons
de jeu; ici on n'exclut pas les possibilités de conflits qui
généralement, s'ils surgissent, se règlent rapidement.
Les jeunes d'âge scolaire sont vite amenés à comprendre que
ces petits êtres qui habitent la maison ne sont pas des
étrangers, qu'ils font partie de leur milieu naturel. Ils s'y
attachent, participent à diverses tâches et pourront prendre
comme responsabilité telle activité à tel moment de la
journée. Pendant les vacances d'été et les congés, certains
d'entre eux s'y adonnent à temps plein. Bien souvent lorsqu'ils
sont en âge de concevoir la notion de travail, une compensation
monétaire pour services rendus est allouée par les parents.
Habituellement il est plus difficile d'obtenir le concours des
enfants âgés de plus de treize ou quatorze ans ce qui est tout
à fait normal. L'adolescent préfère se livrer à ses loisirs,
voir ses amis, avoir son propre espace, disposer du sous-sol,
etc.
Il semble qu'il soit très positif pour les enfants de
responsables de famille de garde de vivre cette expérience. Ils
apprennent très rapidement que ce qui est commencé doit être
achevé et ils se doivent d'être responsables de leurs actions
et gestes. Ils ont l'occasion de faire leur propre analyse du
rapport parents/enfants puisqu'il est possible pour eux
d'établir un système de comparaison entre les diverses
positions prises par leurs parents envers leur éducation et
celle prise par les autres parents envers leurs enfants
respectifs.
Il est permis de penser que dans un contexte où la dimension des
rapports familiaux s'ouvre et s'agrandit, l'enfant a des chances
d'acquérir un esprit de famille et d'appartenance à la famille
plus développé.
Profil des responsables de la famille de
garde
Selon l'étude comparative effectuée par le Regroupement des
agences de services de garde en milieu familial du Québec 4 et
portant sur les conditions de travail des gardiennes hors réseau
et des responsables de famille de garde accréditées par une
agence, il semble que les caractéristiques qui composent ces
deux groupes de femmes diffèrent peu:
- l'âge de la majorité de ces femmes se situe entre 25 et 44
ans (72%). Un plus grand nombre de travailleuses hors réseau se
situe entre 35 et 44 ans (51%) alors qu'un plus grand nombre de
travailleuses accréditées par une agence se situe entre 25 et
35 ans (42.5%);
- la majeure partie d'entre elles sont mères de famille et
vivent avec leurs conjoints (autour de 90%);
- plus de la moitié des responsables de famille de garde ont
achevé des études secondaires (près de 56%);
- les motifs évoqués pour garder des enfants sont comparables;
- les revenus additionnels ainsi procurés sont dans la majorité
des cas un salaire d'appoint à celui du conjoint.
Au cours de cette étude, on a tenté de cerner les raisons
incitant certaines femmes à rester dans le réseau non-officiel
de l'économie. Celle qui occupe la première place fait
référence au désavantage relié à la déclaration au fisc du
revenu de garde qui diminuerait potentiellement les déductions
auxquelles ont droit leur conjoint. Cependant, l'effet de la
pression des parents qui ont droit à une exonération du
gouvernement en autant qu'ils recourent à un service reconnu,
incite de plus en plus ces femmes à rejoindre les rangs d'une
agence.
Est mentionnée également la crainte de perdre un certain
contrôle, souvent associée à une perte de revenu, en se voyant
imposer un ratio par la Loi sur les services de garde à
l'enfance. Cette crainte ne semble pas justifiée: selon l'étude
de comparaison, on observe plutôt une hausse des revenus
hebdomadaires chez la gardienne accréditée par une agence,
d'autant plus que le ratio est passé, le premier juillet
dernier, de quatre à six enfants pour un adulte.
La liberté de choisir les enfants qu'elles veulent garder et le
pouvoir exercé sur le moment et la durée de leur vacances
semblent aussi être des avantages qu'elles apprécient
grandement. Il reste cependant qu'elles sont dépendantes du
roulement continuel des enfants ce qui nécessite une adaptation
constante où la recherche de la clientèle devient une
préoccupation faisant partie de la réalité quotidienne. Elle
doivent aussi percevoir elles-mêmes auprès des parents les
frais encourus pour la garde, ce qui n'est pas toujours sans
occasionner quelques problèmes.
L'isolement dans lequel une gardienne hors réseau se trouve est
bien souvent difficile à briser. Le recours à un support pour
faire face aux différents problèmes se révèle inexistant.
1. Sondage SOM. Les affaires sur le travail au
noir tiré du journal Les Affaires, Montréal, 14 novembre 1986.
pp.2-5.
2 . Les Affaires. p. 2
3 . Bilodeau, Michèle. Un regard sur le métier
de gardienne d'enfants : une étude comparative sur les
conditions de travail des gardiennes hors réseau et des
responsables de fa milles de garde accréditer par une agence. Le
Regroupement des agences de services de garde en milieu familial
du Québec. 1988