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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 6, septembre 1989 |
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Satellite Famille et travail
Restaurateurs et dépanneurs: le travail en famille
Entrevues réalisées auprès de restaurateurs et dépanneurs de Montréal
Pour l'enfant, la vie de famille inclut l'apprentissage du travail dans l'entreprise. Pour les adultes, c'est toute la vie sociale qui est influencée par le travail en famille. Les interactions à l'intérieur de la famille devront aussi être définies en fonction des deux niveaux: foyer et entreprise. L'harmonie semble difficile à atteindre et l'impact sur la vie personnelle des individus est parfois très grand.
Le travail en famille: l'apprentissage
Le travail au restaurant est d'abord un travail en équipe. Lorsqu'il est fait en famille, les exigences du travail se mêlent aux rapports familiaux. L'harmonie se reproduit ou s'amenuise. Les conflits s'accentuent.
Les tâches s'entremêlent et les divisions sont diluées dans l'esprit d'appartenance à l'entreprise familiale. La responsabilité envers celle-ci l'emporte souvent sur le désir de voler de ses propres ailes. On s'identifie davantage au groupe, au noyau familial.
On commence en bas âge. Dès que l'on est capable d'offrir de l'aide à l'entreprise familiale, on collabore en nettoyant, en balayant...; enfin, on y participe en apprenti. Toute tâche semble être la bienvenue. L'apprentissage du travail est une activité qu'on considère naturelle. Jeune, on l'accepte comme le prolongement de la vie en famille. Le restaurant, le dépanneur font partie intégrante du foyer. La mère, le père, les enfants, - et souvent les tantes, les oncles et les cousins - prêtent leur main d'oeuvre.
L'initiation au monde du travail se fait avec la famille au restaurant ou au dépanneur. La valeur travail est transmise avant la valeur argent, l'enfant étant trop jeune pour se voir allouer un salaire. L'âge de l'enfant et la capacité financière du père décident du salaire et du moment à partir duquel celui-ci est octroyé.
Les enfants combinent études et travail au restaurant. Avec l'âge, les responsabilités vont s'accroître. Les vacances et les fins de semaine sont privilégiées pour apporter un coup de main à l'entreprise familiale.
On peut envisager une carrière ailleurs ou on peut décider de rester dans le domaine de la restauration. La communauté culturelle à laquelle on appartient y fait pour beaucoup. La restauration est affaire de famille; le père s'attend à ce que le commerce reste dans la famille au moment de sa retraite. Les fils aînés porteront le poids de cette responsabilité. La tendance à céder à cette pression venue des parents perd de son intensité lorsque les études permettent d'envisager d'autres possibilités de carrière et de vie. Rester dans l'entreprise familiale s'avère utile et plus facile quand la formation nécessaire pour faire face au marché du travail fait défaut. Il y a des communautés - portugaises, vietnamiennes - pour lesquelles la réussite dans les affaires - voire dans l'entreprise familiale - est plus importante que d'accumuler des diplômes. D'où le choix de poursuivre avec celle-ci ou d'entreprendre une carrière pour laquelle une quelconque formation académique est requise.
Parfois, on aimerait faire autre chose, se ressourcer ailleurs, tout en restant dans l'entreprise familiale. La nature de l'emploi, le nombre d'heures - 10 à 12h heures par jour - et les responsabilités développées créent des attaches difficiles à délier.
Dans une famille nombreuse, il y a toujours un enfant qui devra reprendre l'entreprise familiale afin de ne pas décevoir le père dans ses attentes. Celles-ci, ainsi que le sentiment éprouvé par l'enfant en ce sens, sont façonnées par la communauté culturelle d'appartenance; le degré d'adaptation à la société d'accueil y joue aussi un rôle. Il faut ici remarquer que ce sont en plus grand nombre les familles immigrantes qui ont comme habitude le travail en famille dans les restaurants et les dépanneurs. Le nombre de familles de souche québécoise travaillant ensemble est beaucoup moins significatif.
Vie sociale et famille
Quand on travaille dans un restaurant, la vie sociale se borne aux moments où les amis - ou ceux de la famille - viennent au restaurant. Les longues heures de travail et les responsabilités qui en découlent rendent difficile d'avoir des activités sociales.
La vie sociale évolue autour du restaurant. À tour de rôle, les membres de la famille vont prendre des congés. Les occasions où toute la famille est réunie sont rares. Celles-ci peuvent être perçues soit comme des moments privilégiés soit comme une obligation, une pratique incontournable pour entretenir les liens familiaux ailleurs que dans l'ambiance du restaurant. Si on ne fait pas l'effort d'entretenir des relations familiales en dehors du restaurant, on court le risque de brouiller les deux niveaux de relation. Pour les jeunes, famille et travail deviendraient alors des unités difficiles à dissocier. La responsabilité envers la famille équivaudrait à la responsabilité envers le travail. Qu'arriverait-il donc à la famille et à son univers de relations privilégiées?
La division entre le travail et les relations familiales est-elle possible?
Est-il possible de faire une coupure entre le travail en famille et les relations strictement familiales une fois le travail terminé?
Souvent, on est porté à amener au foyer les petits accrochages de la journée de travail. On les perpétue et on tarde à s'en débarrasser. Avec de l'effort on parvient à faire la division entre les ennuis du travail au restaurant et les joies et les déboires propres à la vie familiale. Le tempérament de chacun joue pour beaucoup dans cet effort pour démêler ces deux niveaux. Il faut accepter le fait qu'on se sente plus à l'aise de réprimander et de donner des ordres à un membre de ¬ la famille lorsqu'on est en désaccord avec sa façon de faire. Malgré les efforts pour faire la distinction, ce n'est pas la même chose de travailler avec un membre de la famille qu'avec un employé inconnu et salarié.
Quand on parvient à accepter que tout le monde fait des erreurs, la possibilité d'aboutir à des situations malencontreuses diminue. Si les relations entretenues avec la famille sont harmonieuses, les chances d'avoir une relation de travail adéquate sont plus grandes.
On fait plus confiance à un membre de la famille qu'à un employé normal. On ne craint pas de se faire voler ni de voir traiter le commerce d'une façon trop impersonnelle. Le membre de la famille est censé prendre le travail plus à coeur. Quand il n'y a pas de travail, le membre de la famille peut soit partir soit rester tout en ne demandant pas de salaire. L'employé, au contraire, est régi par le travail salarié à l'heure, ce qui peut entraîner des pertes pour le propriétaire lorsqu'il y a pénurie de clients. On semble être, en effet, plus zélé quand on travaille pour l'entreprise familiale.
Le travail en famille nuit-il aux relations familiales?
Les longues heures passées à travailler ensemble peuvent nuire irrémédiablement à la relation de couple. De fréquentes mésententes parviennent à saper la vie conjugale aboutissant souvent à une rupture. Le travail en couple rend difficile l'autonomie et l'espace essentiels au travail; la vie conjugale s'en ressent parfois gravement.
Il ressort que pour un couple, il vaut mieux que chacun travaille de son côté. Il y a des conjoints qui travaillent ensemble, mais ce sont des gens qui ont pu garder leur objectivité face aux heurts survenus pendant les longues heures de travail ensemble. Il faut donc faire des concessions, pouvoir accepter les critiques et les faiblesses de l'autre.
Tout semble possible quand la volonté y est. S'ils veulent continuer de travailler et de rester ensemble, ils doivent s'entraider et laisser de côté l'idée que c'est l'autre qui a toujours tort, trait qui nuit trop souvent à la possibilité de s'entendre.
Travailler ensemble, en famille. Rester dans l'entreprise familiale tout en étant satisfait et conscient de l'impact sur les relations familiales n'est pas tâche facile. La possibilité de mener à bien ce genre de travail - de profiter de ses avantages et de minimiser les désavantages - ne dépend que de la volonté de chacun des membres de la famille.