![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 11, numéro 60, mars 2000 |
|
Monsieur Michel Thibodeau ing.
Délégué
Association des parents catholiques du Québec
Les familles et l'Internet
Michel Thibodeau est le délégué au Regroupement de l'Association des parents catholiques du Québec. Association de service non subventionnée, elle se préoccupe d'abord de la qualité de l'environnement éducatif / religieux confessionnel de l'école tant publique que privée. Elle se soucie du lien famille - école - paroisse depuis plus d'un quart de siècle.
M. Thibodeau nous entretient de l'ordinateur de bureau avec lequel il travaille depuis plus de quinze ans, dont dix en rédaction technique avec la division Transport de Bombardier à Saint-Bruno.
Cette machine a révolutionné le volume de travail de l'individu. Le lien instantané entre les utilisateurs / machines l'a rendu incontournable.
La vie des familles en est déjà changée ... et l'éducation aussi. Quelques avantages, illusions, inconvénients ... La famille s'en trouvera-t-elle grandie ou écrasée ?
Mon petit écran à moi
La belle époque
Pendant que quelque part on inventait l'Internet à mi-chemin de la décennie 70, la politique québécoise se débattait toujours avec le sens précis de la Révolution Tranquille. Personnellement j'étais aux prises avec la coordination d'un commerce automobile familial qui, en moins de trois ans, après quinze ans de stabilité, était passé de quelque quinze employés à plus de quarante dans une région reconnue pour son chômage, ses difficultés économiques et un nombre révoltant d'assistés sociaux. La CSN de Marcel Pepin nous avait à l'oeil!
Depuis quelques années déjà, nous étions équipés d'une machine comptable, activée par une commis fiable, autant que peu payée, qui enregistrait sur double ruban papier toutes les transactions et décisions financières journalières de l'entreprise. Une copie de ce ruban, (disons le "lisible par oeil électronique") était posté quotidiennement vers une firme de Toronto pour les quelques sous exigés par Sa Majesté. A la fermeture du mois dûment signalée sur le ruban par un collant "month end", le lecteur optique de Toronto activait un super-ordinateur, valant des millions, pour produire les rapports financiers et les états de compte. Ceux-ci, bien protégés dans une boîte de carton, nous parvenaient quelques trois jours plus tard moyennant quelques dollars de frais de poste. La commis postait les états de compte et il suffisait à notre jeune comptable d'alors de transcrire les montants appropriés dans les rectangles bien définis du bilan mensuel de quatre pages bien serrées exigé par le manufacturier de voitures. Je m'assurais que le compte en banque correspondait à ce que les papiers de Toronto nous confirmaient. Le comptable-actionnaire qui faisait manuellement toute la comptabilité depuis quinze ans en avait pleuré d'émotion lorsque nous avions (sans lui, il va sans dire!) péniblement produit un premier bilan en mars '70 avec les rapports obtenus. En co-propriétaire consciencieux, il avait vécu un mois d'enfer à tenter de saisir comment toutes ces entrées sur rubans de papier allaient pouvoir résulter en un bilan intelligent. Il se rendit à l'évidence que sa révolution était commencée lorsqu'il a constaté la rigueur du résultat! Personnellement, je venais de vivre un tournant de carrière qui allait motiver la plupart de mes décisions "d'entreprenant" jusqu'à ce jour: Je suis devenu fasciné par le besoin de produire rapidement et régulièrement des documents vrais qui permettent de continuer, d'arrêter, de virer de bord et/ou de changer quand le moment propice est là.
Le progrès
En été 1978, pendant que la CSN nous servait ses plus intéressantes rafales, nous nous sommes portés acquéreurs d'un micro-ordinateur absolument fantastique (sic!) fabriqué en Californie. C'était un monstre gros comme un réfrigérateur relié à trois écrans cathodiques que nous avions baptisé "Georges" si je me rappelle bien! Pour quelque 100,000$ de capitalisation, et environ $20,000 de frais annuels pour le service et le maintien de la programmation, nous sommes alors devenu l'un de 80 concessionnaires en Amérique du Nord qui pouvaient "in house" consulter une documentation comptable très précise. Entre autres, on pouvait sur écran ou après impression (le soir), utiliser les impensables choses suivantes: Des listes parfaites de clients et de fournisseurs avec facilité de mise à jour instantanée, un contrôle total et journalier des inventaires, un bilan journalier sommaire pouvant donner la situation de caisse à tous les instants, les données des jours précédents, l'historique (des douze derniers mois) du roulement de chacune des pièces maintenues en inventaire, etc...Évidemment en fin de mois, les recevables et payables étaient des jeux d'enfants!!! Le bilan mensuel s'imprimait sous nos yeux sur touche de quelques clefs. L'inventaire annuel se compilait en un clin d'oeil de deux jours avec moult rapports disponibles. J'en passe! Paye des employés, budgets, rapports départementaux, commande automatique de renouvellement des stocks, etc...
Quand la machine s'arrêtait occasionnellement, c'était la panique générale! Il fallait "reloader avec le back-up!" Nous maintenions dans une armoire métallique la copie de sauvegarde des sept derniers jours ouvrables et le jeune comptable (un peu plus vieux, plus bilingue et plus sage après quelques expériences!) apportait chez lui dans sa serviette la sauvegarde de la veille. Il fallait à Georges, quelque 90 minutes pour accumuler ou rappeler ses données sur un énorme rouleau de ruban magnétique qui ressemblait à un film 16mm du genre projeté encore dans certains petits cinémas! En bout de ligne, nous savions que deux personnes de moins étaient requises pour faire un travail dont la précision et l'utilité était décuplées.
Ah oui....pour remettre le programme à date, il suffisait d'ouvrir la ligne téléphonique spéciale (un "data line" de Bell!) qui pénétrait l'ordinateur et, sur une autre ligne, de dire à de mystérieux américains (des "programmers") dans la région de Portland en Oregon ce qui se passait avec le monstre. Magiquement, après quelques heures ou le lendemain matin, Georges se remettait à bien fonctionner et plus souvent qu'autrement avec de nouvelles possibilités. C'est là que j'ai appris les mots, que je tiens à traduire pour vous, "débugger" et "version updatée". J'ai eu beaucoup de difficulté à pardonner jusqu'à ce que j'aie finalement compris que ces mots étaient une façon pour les informaticiens d'avouer qu'ils avaient péché par omission!
Inclus dans le prix mentionné, après quelques "updates", on pouvait maintenant faire parvenir instantanément le bilan financier mensuel au manufacturier à une centrale dans la région de Chicago. On sauvait ainsi au moins 40 cents de timbres. Les férus de l'informatique, comprendront que cette machine qui avait deux disques durs d'à peine 10 Megs chacun, performait grâce à une grande rigueur administrative des entrées et sorties mensuelles. Seule cette rigueur rendaient possibles des résultats de qualité. En fin de mois, les disques débordaient!...Je vous ferai gr,ce de ma décennie suivante...il ne s'est rien passé à part la visite du Pape et le couronnement de Céline! Je soupçonnais tout le temps que les gars de la Californie travaillaient à quelque chose!
Dernière décennie
Ma recherche de pain et de beurre et mes intérêts pour la mécanique et la production de documents vrais et crédibles m'ont conduit à un travail en rédaction technique. Les premières années, en tant que rédacteur, je me suis efforcé de bien rédiger des textes descriptifs et des instructions pour l'entretien des voitures de train. Comme vous négligez le livre d'instructions de votre voiture, peu de personnes lisent ces textes tant que le véhicule ne fonctionne pas. Ces livres peuvent parfois faire économiser ceux qui se donnent la peine de les lire.
En cinq ans j'ai travaillé à l'aide d'un dizaine de mini-ordinateurs de type Mac. Je me suis familiarisé à ces machines conviviales qui utilisaient à chaque nouvelle machine des logiciels "updatés" un peu plus performants. Je n'ai jamais réussi à utiliser toutes les fonctions mais je faisais des pages fort raisonnables basées sur des informations de plus en plus nombreuses et accessibles. Ce qui se passait pendant que je faisais mon travail, c'était que le monde entier était en train de se branché à MA machine. Ceci s'est fait complètement à mon insu pendant que j'essayais encore de comprendre ce qui s'était passé avec la Révolution Tranquille.
Souvent, des gars arrivaient à mon bureau, plantait une machine là et repartait avec la vieille. Un bon jour on m'a dit, "On t'a connecté sur l'Intranet!!!"...Quoi??? Je ne compris rien et je fus soulagé de retrouver mon logiciel de texte et je me remis à taper pour remplir de belles pages. Mes pages étaient de plus en plus vraies, de plus en plus "in"..."header", footer", la bonne "font", tout le temps comme quand j'écrivais mes dissertations au collège lorsque mon amie ou ma soeur tapait mes textes!
Au début, mes ordinateurs avaient bien quelques menus en français boiteux, et le vocabulaire que je comprenais le mieux pour parler avec eux était "californien". Je me suis mis à "formatter", à faire des "templates", des "page setups" et des "prints"...quelques "macros"...Je me suis essayé avec quelques "spreadsheets" timides pour contrôler mon travail, et, comme les quelques autres qui travaillaient autour de moi, j'arrivais à peine à saisir les possibilités des outils tellement j'avais de travail à faire. Comprenant un peu mieux l'Intranet et les serveurs accessibles de la compagnie, mes compagnons de travail et moi consultions des "screens", et on pouvait faire plein "d'inserts", de "copy, paste"...et on avait enfin réussi à s'installer un beau "wallpaper" personnalisé. Je maîtrisais maintenant tout ce qui est nécessaire pour le texte et les tableaux...en noir et blanc, pas mal plus clair que la TV enneigée de '53.
Soudainement, il y a quelques trois ans, on nous affubla de PCs multi-megahertzs... Explosion! d'un seul coup j'accédai à des couleurs, du mouvement, des dessins, des photos, des sons...au bout de mes doigts..."As-tu reçu mon E-mail!" Ton quoi?...et vous savez le reste, même le RIOPFQ a son site WEB!...son quoi? As-tu ouvert "l'attaché"? ...la quoi? Aie, elle est là la photo! Je ne la vois qu'à moitié! Ben... "déroule" la donc!...Sers-toi de "la lunette"...Va dans "outils"! Consulte "aide"...c'est tout expliqué en français sans faute! Pour quelques jours, j'arrivai étourdi à la maison!
Nos machines sont maintenant branchées pour la conversation continue sur écran et les échanges sans fin avec ceux qui se sont "branchés" à moi, à ce moi qui voulait un travail tranquille. Le moi a-t-il gagné? ...la belle tranquillité de l'isolement n'est plus totalement possible. Le moi doit interagir, répondre, autoriser, accéder et questionner...et encore produire de belles pages vraies! Au bureau, je n'avais pas le temps de tout voir ça, alors je me suis acheté un ordinateur-maison quand on parlé de l'Internet. Pour quelque 3000$ et 30$ par mois. Moi, le sexagénaire, ...tout seul..., je "surf"...WOW!!!...Le travail de recherche commence,... A moi la bibliothèque mondiale! Vous pouvez! Vous devrez...c'est incontournable! Une nouvelle dimension!
Incontournable Réseau
Ce qui précède est un contexte qui vous enthousiasme peut-être plus ou moins tellement vous voyez des écrans partout. Un écran n'a rien de nouveau pour vous. Dans notre environnement immédiat d'hier, chaque magasin, chaque foyer, chaque bureau en étaient munis depuis déjà quelques années. La plupart des écrans que vous avez vus jusqu'ici cependant, sont justement des écrans où d'autres vous forcent à voir ce qu'ils veulent bien vous montrer. S'il y a un clavier de rattaché, les autres qui le pianotent on l'air d'enfouir vos données personnelles dans un base de données de la police ou de quelque organisation maléfique...C'est un peu intimidant! C'est vrai que c'est un peu moins exact à la maison avec la multiplicité grandissante des canaux disponibles pour la télévision, on a un peu l'impression de choisir quelque chose. Le réseau Internet est différent en ceci que c'est vous qui décidez ce que vous regardez et utilisez. Pour être suffisamment informés dans un monde ainsi branché, vous devez vous-mêmes activer un ensemble clavier/écran. Je dirais, comme vous avez besoin d'une montre. Si vous voulez savoir l'heure, il faut chaque jour voir une horloge à l'heure!
Il ne suffira pas de regarder comme à la télévision, il faudra dans l'avenir obtenir une information qui soit à l'heure juste et vous en servir. La télévision est inutile si vous ne tirez pas de conclusions sur ce que vous regardez, l'Internet aussi. Mais si vous allez plus loin que le premier groupe d'images qui s'agitent devant vous sur le réseau, vous devez continuellement décider de franchir de nouvelles étapes. Vous devez toucher le clavier pour faire vos choix, en attendant que les systèmes vocaux puissent vous le permettent aussi. Ce système est tellement pratique que celui qui a quelque chose à transmettre et celui qui veut apprendre n'ont qu'à utiliser quelques mots-clefs pour échanger tout ce qu'ils veulent. La télévision n'explique pas les mots qu'on ne comprend pas et continue, tandis que sur réseau Internet, on peut reculer, aller voir, fermer, revenir et prendre un autre chemin. On peut même se procurer des traductions sommaires...et plusieurs sites commencent à publier en plusieurs langues.
Vos habitudes de recherches sont suivies et mémorisées par votre machine et les ordinateurs/communicateurs peuvent vous faire parvenir des informations/publicités qui vous intéresseront à coup sûr. C'est du jamais vu en marketing, il faudra des années aux spécialistes de la statistique pour vraiment saisir les effets sociaux de l'effet cumulatif des décisions des internautes. Contrairement aux craintes exprimées par les plus prudents d'entre nous, je suis très optimistes sur la libération que le branchement universel met en branle. Il sera impossible d'ignorer que certaines choses existent et de nombreuses heures à travailler dans une direction sans issue seront évitées selon moi. Contrairement à l'uniformisation des tendances, il y aura explosion de solutions si nos dirigeants renforcissent les possibilités de branchements comme certains ont su construire des voies maritimes, des rails et des voies carrossables.
Sachez qu"il y a deux ans, le mot "family" utilisé seul dans la fenêtre de recherche du moteur Alta Vista me dénichait déjà 327,000 instances d'intérêt. Plus sage maintenant, j'utilise plusieurs mots entre guillemets pour cerner les pages les plus intéressantes. Dans le cadre de ce déjeuner-causerie, j'ai fait l'exercice de la recherche suivante sur le même moteur; "association de parent"...(on ne peut plus français!)...plus de 6000 instances d'intérêt en un clin d'oeil. J'ai pris des notes durant deux heures ensuite au hasard des quarante premières. Une des adresses était en Belgique...entre autres nombreuses d'Europe! Tout en "surfant", j'ai communiqué quelques-uns des sites-adresses à mes amis pour alimenter nos prochaines discussions par courriel ou sur les fenêtres de CHAT en direct d'ICQ, avant d'assister aux réunions officielles. Vous connaissez le système??? ...
Votre famille, votre association
Si vous faites partie d'un regroupement spécialisé, recherchez votre cause sur l'Internet. Faites-le faire devant vous par quelqu'un qui s'amuse de temps en temps là-dessus. Laissez-le parler un peu et glissez-lui les étapes que vous aimeriez parcourir pour "surfer" un peu plus loin. Bientôt votre conjoint fera la même chose quelque part et reviendra avec une machine à la maison si vous ne le faites pas vous-mêmes. Vous avez des enfants-étudiants?...ils vous montreront quoi faire pour trouver ce que vous cherchez depuis des lunes. Ils ne vous diront pas nécessairement tout ce qu'ils y trouvent eux-mêmes pour ne pas vous effrayer, ni de qui ils reçoivent du courrier électronique. Ca vaudrait la peine de jaser un peu avec eux et de les inciter à se discipliner quant aux heures qu'ils y consacrent. Si j'étais vous, j'irais à la prochaine réunion de parents pour rencontrer leurs professeurs et la direction d'école, question de savoir si l'école a une salle d'accès à l'Internet pour les élèves où un site WEB. De quelle façon y exerce t-on un contrôle d'usage...etc...et comment vous pourriez le faire chez-vous. Nouvelle liberté, nouvelle méthode de suivi! Famille agrandie!
Audace et Optimisme
Notre société et chaque famille ou regroupement qu'elle contient sont invités à cette nouvelle liberté de l'Internet (ou, dans l'avenir, d'un quelconque réseau semblable au bout du doigt!) qu'ils devront répandre aux autres régions du monde qui n'en sont pas encore gratifiée. Ils devront le faire même en aidant financièrement car ne pas le faire serait élargir le fossé entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas! Si vous considérez le rythme de l'évolution des prix et du nombre d'utilisateurs, comme la description de mon contexte le laisse entendre sur une pénible période de quelque 25 ans, vous conviendrez que c'est plein d'optimisme que nous devons envisager l'avenir. Entre autres mises en garde que les connaissances accrues ont toujours exigées, je pense que l'enseignement du vocabulaire et du sens des mots y prend à nouveau une importance capitale. Les parents et éducateurs devront surveiller/éduquer avec encore plus de rigueur. Comme les sages d'autrefois ont montré aux citoyens comment devenir libres par l'écriture et la Parole, nos dirigeants sont mieux de faire en sorte que leurs citoyens sachent utiliser correctement leur propre langue d'abord et quelques autres ensuite. Et vivement, un monde plus libre!