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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 11, numéro 61, août 2000 |
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Monsieur Roger Alarie
Coprésident
Mouvement Couple et Famille
La famille traditionnelle
À l'aube du 3ième millénaire, il est manifeste que le couple et la famille ont subi plusieurs transformations. Ils ont revêtu de nouveaux visages qui reflètent les réalités contemporaines. L'interdépendance entre la famille et la société fait qu'aucune cellule familiale ne peut prétendre évoluer sans l'influence des valeurs dominantes que véhiculent généralement les médias.
Au Québec, la famille dite traditionnelle est formée d'un père, d'une mère et d'enfants. Jusqu'en 1960, l'union ou le mariage était religieux et pour la vie. Cela ne veut pas dire que les rôles de chacun n'évoluaient pas.
Du temps de la colonie, la société de la Nouvelle-France s'articulait autour de la famille, l'agriculture et structure hiérarchisée. La famille, non l'individu, était le centre de l'activité socio-économique. La production du cultivateur servait d'abord à la subsistance de sa famille. Le travail du couple qui cherche à s'établir requiert la collaboration de tous les membres de la famille en mesure de travailler; la tenue de la maison, la défense de son bien, le défrichement, les semailles, les récoltés ... La famille est fondée sur une certaine égalité entre toutes les personnes qui travaillent au bien commun.
Au début de la colonie, la famille élargie n'existe presque pas. On rencontre rarement des foyers où cohabitent parents, enfants, grands-parents, oncles, tantes. L'accroissement de la population et la solidarité familiale feront cependant en sorte que la famille nucléaire deviendra élargie à cause des familles nombreuses d'une génération à l'autre.
En Nouvelle-France, nous retrouvons une famille forte qui se suffit à elle-même et sa sociabilité était restreinte par l'absence des communautés de travail, de relation de voisinage et de parenté. En ces temps-là, les parents jouent un rôle actif dans le mariage de leurs enfants. Le mariage d'amour semble exceptionnel. L'union de deux jeunes était tributaire de leur classe et de leurs conditions financières. Chez les classes populaires, le mariage précoce d'une fille était ardemment souhaité. Par contre le célibat des fils n'était pas mal vu parce qu'ils aidaient aux travaux de la ferme tant qu'ils restaient à la maison.
En général, au temps de la Nouvelle-France, la famille amène la stabilité dans ce nouveau monde hostile. La division du travail et le partage des responsabilités s'organisaient d'abord autour de la famille qui est le milieu de socialisation, par exce11ence.
Après la conquête, jusqu'à l'industrialisation, la vie familiale n'a pas beaucoup changé. Avec l'industrialisation, les centres urbains ont évolué et les familles vivant dans les villes ont vu que la structure familiale ne s'est pas transformée Mais les rôles ont été modifiés.
L'industrialisation change l'organisation familiale du travail agricole. L'économie de l'autosubsistance disparaît progressivement puisque les producteurs agricoles doivent produire pour le marché urbain. Par conséquent la symbiose familiale s'effrite en raison de la division qui se fait entre le travail rémunérateur de l'homme et les tâches domestiques de l'épouse, c'est-à-dire que le travail du mari prend plus d'importance que le travail de la femme dans la maison.
Les familles perdent leur autosuffisance et la vieille interdépendance de tous les membres s'érode, lis continuent à contribuer au travail de la ferme, mais leur rôle et leur importance dans la famille se trouvent affectés. Quoique les parents des classes aisées interviennent parfois dans le mariage de leurs enfants, les jeunes des familles rurales et ouvrières sont moins respectueux de l'autorité paternelle.
Vers la moitié du 20e siècle, les bases de l'économie traditionnelle évoluent : la révolution industrielle fait son apparition. La famille entre dans une ère de bouleversement : passage d'une société agricole à une société industrielle, montée de la bourgeoisie et de la classe ouvrière. La famille industrielle est confrontée à de nouvelles réalités. Les solidarités traditionnelles du monde rural ont été ébranlées et même rompues. Il existe plutôt une unité familiale de production qui nécessite l'aide et le travail de tous les membres. Le père et les enfants travaillent dans les usines et les femmes, en plus de s'occuper de leur maison, s'engagent pour travailler dans les maisons des familles les plus riches. En général, la famille industrielle québécoise à moins d'enfants que les familles rurales,
Le début du 20ième siècle ne constitue pas une coupure en ce qui a trait aux réalités familiales. Les façons de faire à la campagne et à la ville se perpétuent en subissant graduellement les transformations tributaires du développement de l'économie de consommation et les fluctuations économiques et politiques.
Cette période en est une de contradiction, elle est traversée par l'âge d'or du capitalisme, l'écroulement du rêve bourgeois avec la crise de 1929 et les deux guerres mondiales. Les générations vivent une époque d'instabilité qui entraînera à la suite du deuxième conflit mondial un désir de normalité, de stabilité et de conformisme.
À la campagne, les hommes recherchent une femme apte à remplir les tâches ménagères et les femmes veulent un homme honnête et travaillant. À la ville, les jeunes rêvent d'un mariage d'amour. Cette nouvelle orientation est influencée par la culture de masse, par l'arrivée de la radio puis de la télévision, par l'apparition de l'automobile qui facilite les déplacements, par l'immigration en plus grand nombre qui apporte une culture différente. Toutes ces nouveautés mettent les gens en contact avec de nouvelles idées et de nouvelles réalités inconnues jusqu'à ce temps. Les familles rurales continuent d'avoir des enfants pour aider aux travaux des champs tandis que la famille urbaine commence à limiter les naissances pour des raisons souvent économiques.
L'impression de soumission absolue des catholiques à l'autorité cléricale semble apparente dans les villes. Pendant cette période c'est le début des organisations féminines et familiales pour demander des changements aux lois civiles afin qu'elles reflètent mieux la réalité.
Après les troubles de la crise et des guerres, le monde en vient à voir le mariage et la famille comme le lieu le plus sûr pour se protéger de tous les problèmes. Elle représente le retour à la vie normale, quelque chose que les gens qui ont vécu dans l'instabilité constante souhaitent plus que tout. Ce désir pressant de stabilité explique le climat social plutôt conservateur de l'après-guerre.
Dans les banlieues, on retrouve une famille aux valeurs traditionnelles. La mère de famille heureuse de s'épanouir au milieu de ses enfants alors que son mari travaille en ville pour ne rentrer qu'à l'heure du souper semble être la norme. Les banlieues incarnent géographiquement la version normative de la société : les sphères séparées entre les pères pourvoyeurs et les mères ménagères à la maison. Cet idéal familial cache cependant une autre réalité : l'isolement et parfois l'ennui des mères à la maison. Cette famille nucléaire (père-mère-enfants) se trouve couper du réseau parental.
Avant la révolution--tranquille, nous retrouvons une famille nucléaire qui reproduit les rôles traditionnels. Cette impression de traditionalisme cache cependant l'évolution politique, intellectuelle, culturelle et sociale.
Avec la révolution tranquille, de profonds changements s'effectuent dans tous les domaines de la société. La famille se transforme en une unité de consommation reposant sur le travail des deux parents. La famille connaît alors plusieurs changements. Un bon nombre de ces changements sont directement reliés à la transformation du statut des femmes dans la société.
Désormais, elles ont accès à l'éducation, aux institutions économiques, au droit de vote, au travail rémunéré, aux regroupements associatifs et politiques. Parallèlement, les fonctions traditionnelles des ménagères entrent dans le système des biens et services. De façon définitive, la famille devient une unité de consommation, cellule primordiale dans notre économie de marché. Nous constatons l'éclatement de la vision unique de la famille. Celle-ci ne nécessite plus le mariage ni même la présence des deux parents pour exister légalement. Avant la révolution tranquille, la famille venait après le mariage. La société civile n'avait pas de lois qui régissaient ce mode de vie. C'était la loi de l'Église. L'Église a imposé à toute la société sa façon de vivre : Mariage, famille, éducation, hôpital, ... À cette époque, on se mariait pour avoir des enfants, l'amour venait après peut-être. On se mariait pour la vie et la famille était la cellule importante de la société.
Si aujourd'hui, les couples se brisent plus facilement, dans le passé, le couple devait vivre ensemble quoiqu'il arrive. Souvent c'est la femme qui en subissait les conséquences parce qu'elle restait à la maison et veillait à la vie familiale.
Même aujourd'hui, il n'est pas exagéré de dire que la famille est la base de toute société. C'est dans l'union (libre, mariage civil ou religieux) que se jouent les rapports fondamentaux entre les individus. C'est là que se vit le mystère de la dualité des personnes et de leur complémentarité ainsi que le mystère de la fidélité et de l'évolution. Traditionnellement, l'organisation du mariage a été prise en charge par la famille élargie puis les lois religieuses l'ont réglementé et, depuis 1960, les lois civiles se sont ajoutées. Nous vivons dans une société où tout ce qui vise à assurer la permanence et la complémentarité est perçu comme aliénant pour les individus. Malgré cela le mariage persiste sans doute parce qu'il répond à un besoin naturel qu'il est difficile d'anéantir.
Le 2 avril 2000