Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 11, numéro 61, août 2000

Madame Danielle Saint-Laurent
Mère monoparentale
La Petite Maison de la Miséricorde

Comment une famille monoparentale gère son temps

Lors de la Semaine québécoise des familles dont le thème était "Du temps pour la famille, c'est sacré", j'ai été invitée, par le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec, à faire un témoignage de ma situation durant leur déjeuner - croissants. Je vous fais ici un simple résumé de mon allocution du 17 mai dernier.

Bonjour à tous. Je me présente, Danielle Saint-Laurent, mère monoparentale. Ma fille Charlotte (3 mois et demi) m' accompagne. Vous l'entendrez peut-être car quelqu'un s'en occupe dans une pièce attenante à cette salle. On m'a demandé de parler du temps sacré pour la famille, comment une famille monoparentale peut vivre cela. Mais tout d'abord, je dois vous dire comment je perçois ma famille : ma fille Charlotte en est le centre et toutes les personnes qui se préoccupent d'elle sont ma famille proche et ma famille élargie. Il y a ma famille proche, ma parenté, grands-parents, oncles, tantes, neveux et nièces qui résident tous à l'extérieur de Montréal. Et il y a ma famille élargie qui est composée des personnes faisant partie de mon réseau d'entraide dont celles de La Petite Maison de la Miséricorde que je représente ici ce matin et celles du Dispensaire de diététique de Montréal. Je fréquente ces deux organismes depuis le début de ma grossesse soit depuis l'été dernier.

Le fait d'être monoparental, soit de vivre la pauvreté et la solitude, est fondamental, pour déterminer ce qui est sacré pour ma petite famille. Étant travailleuse à temps partiel, la grossesse et la maternité, avec les changements de vie que cela comporte, me placent de façon encore plus concrète qu'avant en situation de pauvreté et de solitude ou d'isolement. Dans ce cadre-là, les personnes de la Petite Maison de la Miséricorde prennent une grande place dans ma vie.

La Petite Maison de la Miséricorde a été fondée vers 1977 par les soeurs de la Miséricorde et offre divers services aux femmes monoparentales; une halte-amitié, une halte-garderie (La Rosés), l'organisation de loisirs pour les mères, un service d'écoute téléphonique, une cuisine collective ainsi que différentes formations (YAPP, coutures, arts plastiques, premiers soins, autodéfense, etc.). Concrètement, pour moi, la halte-arnitié a été d'une grande importance dès que j'ai commencé à fréquenter la Petite Maison. Je pouvais sortir de mon isolement et j'y retrouve encore aujourd'hui un lieu d'expression, d'écoute et de partage avec d'autres femmes et leur famille qui vivent une situation semblable à la mienne. Y faire au moins une visite par semaine fait partie du temps qui est sacré pour ma famille.

La pauvreté est aussi un déterminant dans ce qui est sacré pour ma famille. Au quotidien, ne pouvant offrir que peu de choses matérielles à ma fille et voulant le meilleur pour elle (comme toutes les mères monoparentales ou non, pauvres ou non),

J'ai choisi l'allaitement et ce temps devient donc un temps sacré à passer ensemble ma fille et moi. Du temps sacré pour ma famille, durant la semaine, c'est de prendre une marche avec Charlotte au parc Lafontaine ou sur la montagne. C'est d'aller faire un tour à la Petite Maison pour prendre des nouvelles, pour rencontrer d'autres mamans et leur enfant. Une fois par mois, j'essaie d'aller faire un tour chez la famille de mon frère qui n'habite pas trop loin de Montréal. Et si mon budget le permet, j'essaie d'aller chez mes parents, dans la région de Drummondville, quelques fois dans l'année.

Je dois dire également qu'il a été très important pour moi de me "blinder" contre tous jugement de valeurs insinuant qu'une femme seule ne peut rendre un enfant heureux et autonome, et que forcément l'enfant deviendra décrocheur ou délinquant puisqu'il est élevé seulement par sa mère. Je trouve aussi déplorable le manque de responsabilité de notre société envers ses enfants. Bien sûr, j'ai une grande responsabilité personnel1e dans l'éducation de mon enfant, mais, la société, toute entière, n'y trouve-elle pas elle aussi un acquit d'importance? Le soutien aux familles en général n'est pas évident que ce soit au plan économique ou politique. Socialement parlant, les enfants ne Semblent pas être bienvenue partout. On dérange dans le transport en commun. On dérange quand les enfants pleurent dans sa poussette, sur la rue ou dans les commerces. D'ailleurs vous seriez surpris de voir combien peu de commerces ayant pignon sur rue ne sont pas accessibles de plain-pied avec une poussette. Prendre en compte ce genre de jugement envers les femmes monoparentales pourrait facilement me voiler tous les petits bonheurs que je partage avec ma fille. Ma petite fille, avec tous les autres petits garçons et petites filles représentent l'avenir de notre société autant que tous les grands projets économiques ou politiques de celle-ci.

Pour les mères monoparentales, avoir le temps de tout faire, faire l'ordinaire de la maison, passer du temps avec mon enfant, avoir un engagement social, rechercher du travail et une garderie, il faut avoir beaucoup de discipline et de détermination. Par bonheur, je peux compter sur un réseau d'entraide. Et par bonheur, je peux compter avec la Petite Maison de la Miséricorde.

Enfin, je remercie le Regroupement de m'avoir offert ce lieu d'expression et d'écoute Merci à toutes et à tous.

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités