Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 12, numéro 63, décembre 2000

Madame Johanne Fortier
Présidente
Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ)

La réforme de l'éducation est exigeante et interpelle directement les enseignantes et enseignants dans leur travail et leur engagement. Prenons, à titre d'exemple, la mise sur pied des conseils d'établissement et la réforme du curriculum.

LE CONSEIL D'ÉTABLISSEMENT

La mise sur pied des conseils d'établissement représente un des éléments majeurs de la réforme en cours. Si la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), a exprimé son accord avec une plus grande reconnaissance de l'autonomie individuelle et collective du personnel, son ouverture à un travail de collaboration avec les parents, son adhésion à une école mieux enracinée dans son milieu, elle a également exprimé d'importantes réserves quant à l'ampleur des responsabilités confiées à cette nouvelle instance, qu'il s'agisse de choisir le temps consacré aux différentes matières ou du budget de l'école.

Malheureusement, le temps qui m'est accordé dans le cadre de cette rencontre ne me permet pas d'aborder de façon spécifique ce sujet. De plus, compte tenu de l'actualité, il me semble plus opportun d'échanger sur la réforme du curriculum.

LA RÉFORME DU CURRICULUM

Quant à la réforme du curriculum, nous considérons que les interventions de notre Fédération auprès du ministère de l'Éducation (MEQ) ont porté fruit et devraient assurer le succès de l'implantation de cette dernière.

Nous avons d'abord mené, au printemps dernier, une enquête portant sur certains aspects relatifs à la préparation du personnel enseignant pour la mise en place de la réforme du curriculum à l'éducation préscolaire et au premier cycle du primaire prévue pour septembre 2000.

De cette enquête, il ressort que, de façon générale, les enseignantes et enseignants ayant commencé à recevoir de la formation la considèrent insuffisante et inadéquate et qu'ils sont très inquiets face à l'application dans quelques mois de cette réforme.

En effet, dans seulement 10 % des commissions scolaires, on estime que la formation est suffisante pour l'ensemble du personnel concerné selon la mise en application prévue pour l'automne. De plus, 50 % des enseignantes et enseignants ne recevront que trois jours de formation et moins avant la rentrée scolaire 2000. Aussi, 68 % des répondants jugent la formation plus ou moins adéquate. Conséquemment, à la question posée aux syndicats à savoir si la mise en application du nouveau curriculum devrait être reportée, 77 % d'entre eux ont répondu par l'affirmative.

À l'analyse, il est apparu évident que le message de nos membres était évident pour le gouvernement. Le personnel enseignant ne se sent pas prêt pour la mise en place formelle de la réforme en septembre. Toutefois, il n'est pas contre cette réforme, même s'il demeure inquiet et critique.

Si des changements au curriculum s'avèrent nécessaires et impliquent des transformations pédagogiques, il faut éviter de faire fi du savoir d'expérience des enseignantes et enseignants, de dévaloriser les pratiques actuelles ou d'en décréter de nouvelles. L'école de demain ne peut se construire qu'à partir de l'expertise de l'école d'aujourd'hui. En théorie du moins, ce sont là les fondements mêmes de la réforme. Il faut donc se donner du temps pour apprivoiser les changements, les vivre sereinement et les intégrer à nos pratiques professionnelles. Sans continuité et dans la précipitation, on risque de mettre en péril la réforme. Les enseignantes et enseignants sont les premiers artisans de sa mise en oeuvre.

C'est sur cette base, que nous avons proposé une mise en place progressive de la réforme. À cet égard, le MEQ s'engage à proposer la mise en application modulée du programme de formation pour le préscolaire et le 1er cycle du primaire.

La formation offerte au personnel enseignant ayant été jugée insuffisante, la FSE a fait valoir l'importance d'accentuer la formation sur les contenus des programmes.

Dans le but de développer une vision commune de la réforme du curriculum et conséquemment de contrer les informations erronées qui circulent tant au niveau des commissions scolaires qu'au niveau des établissements, nous avons demandé au MEQ la production et la diffusion d'un document succinct traitant différents aspects de la réforme.

Le MEQ s'est engagé à produire un numéro spécial du bulletin d'informations Virage Express [1], portant sur les questions suivantes :

- la mise en application modulée du programme de formation; cette dernière doit se voir comme un processus de changement qui s'amorce en septembre 2000 et qui comme tout processus de ce genre, est progressif;

- la reconnaissance de l'autonomie professionnelle des enseignantes et enseignants quant au choix des approches pédagogiques;

- la réforme ne doit pas se concevoir de façon unique ni de façon uniforme, celle-ci ne peut non plus se limiter à une approche ou à une méthode pédagogique. À titre d'exemple, il faut absolument préciser que la réforme ne se résume pas à la pédagogie par projet, ni à l'utilisation du portfolio pour l'évaluation des apprentissages;

- l'organisation par cycle ne justifie pas l'instauration de classes multiprogrammes ou multiâges. Encore là, les commissions scolaires ou les directions d'école ne doivent pas imposer un modèle. C'est à chaque milieu de choisir le modèle qui lui convient.

Le ministère doit également clarifier la question de l'évaluation des apprentissages de même que celle du redoublement et la manière de faire afin de respecter le rythme d'apprentissage des élèves, de permettre à tous d'atteindre les objectifs d'un cycle et de satisfaire aux exigences du primaire.

Même si la Loi sur l'instruction publique ne lui permet pas de décréter un modèle unique de bulletin pour l'ensemble des écoles québécoises, le MEQ doit établir des balises pour ne pas que les parents aient à déchiffrer un document de plusieurs pages (genre catalogue), écrit dans un jargon professionnel et institutionnel, pour savoir si leur enfant progresse ou non en français ou mathématiques ou s'il socialise bien avec les autres élèves. On ne doit pas confondre processus d'évaluation et bulletin. Ce dernier est avant tout un outil de communication; il doit être “ parlant ” pour le parent, il doit être compréhensible et concis, il doit précisément pointer les endroits ou l'enfant a des difficultés.

Enfin, nous estimons que la mise en place, au niveau national, d'un mécanisme de suivi paritaire est nécessaire pour assurer une vigilance à l'égard de l'implantation de la réforme par l'échange d'informations et par la recherche de solutions aux problèmes au fur et à mesure qu'ils se présenteront. Nous croyons souhaitable que les différents groupes concernés par cette réforme puissent être représentés à ce mécanisme et que ce dernier fonctionne selon une approche consensuelle incluant nécessairement les représentantes et représentants de la FSE car ce sont les enseignantes et enseignants qui vivront et appliqueront au quotidien la réforme du curriculum.

Finalement, quoiqu'en pensent les réformateurs sur leur capacité d'influence sur les innovations que doivent vivre les écoles, ce sont les écoles et plus particulièrement les enseignantes et enseignants, qui feront la réforme et qui la moduleront.

Johanne Fortier
Présidente
Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ)
2000-11-03


[1] Disponible sur le site du MEQ : http://www.meq.gouv.qc.ca/virage/index.html

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités