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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 12, numéro 63, décembre 2000 |
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Madame Yolande Labrie
Présidente
Les Cercles de Fermières du Québec
La pauvreté en milieu rural
La pauvreté en milieu rural, bien présente...
La question de la pauvreté prend de plus en plus de place sur la place publique, et ça autant en ville qu'à la campagne. Depuis des années la pauvreté existe. Pour plusieurs d'entre nous qui avons vécu à la campagne, qui ne se souvient pas d'avoir vu passer les quêteux ? Les milieux ruraux comptent parmi eux des personnes, des familles en situation de pauvreté de même que des municipalités en dévitalisation. Cependant, il semble toujours à travers la lecture des médias que la pauvreté est un phénomène presque exclusivement urbain. On parle peu de ce que les personnes en situation de pauvreté vivent en milieu rural. Est-ce le fait que notre société moderne fortement centrée sur l'urbanité se préoccupe moins de la ruralité ? Les milieux ruraux comme les milieux urbains sont appelés à requestionner l'approche utilisée pour répondre aux besoins de leurs concitoyens.
Afin de vous sensibiliser à la pauvreté vécue à la campagne, je vous parleraient enregard du milieu où je vis depuis ma naissance. La MRC de Bellechasse est composée de 19 municipalités dont la population varie de 400 à 4 000 habitants. Son nombre d'habitants oscille autour de 28 000. La vocation des villages varie énormément d'une municipalité à l'autre. Plusieurs d'entre elles sont agricoles tandis que d'autres sont industrialisées.
La pauvreté en hausse :
Au recensement de 1991, 3 415 personnes ou 12 % de la population dans les ménages privés vivaient sous le seuil de la pauvreté; de ce nombre 910 avaient moins de 17 ans soit 26.6 %, 1845 avaient de 18 à 64 ans, soient 54 %, et 660 avaient plus de 65 ans soit 19.4 %.
Au recensement de 1996, 4 040 personnes ou 14.9 % de la population dans les ménages privés est pauvre, soit une augmentation de 19 %.
Ces pourcentages sont inférieurs à ceux de la région Chaudière-Apalaches qui étaient de 14.1 % en 1991 et 16.6 % en 1996 et inférieurs à ceux du Québec avec 19.2 % en 1991 et 23.4 % en 1996 de personnes vivant dans les ménages privés sous le seuil de la pauvreté.
| Région | 1991 | 1996 |
| Bellechasse | 12 % | 14.9 % |
| Chaudière-Apalaches | 14.1 % | 16.6 % |
| Québec | 19.2 % | 23.4 % |
En regardant ces statistiques, l'on note que depuis 10 ans la pauvreté est une réalité de plus en plus présente chez nous, peu importe que nous vivions en milieu urbain ou rural .
Les signes d'une pauvreté grandissantes sont les suivants :
Dans les villages, les personnes pauvres connaissaient rapidement la honte et la dévalorisation puisque tout le monde se connaît. Elles s'isolent, se cachent pour ne pas subir le regard social si perçant en milieu rural où c'est si facile de se connaître et reconnaître d'être l'objet de préjugés. On peut noter cependant que les mentalités tendent à changer dans les réseaux familiaux; il n'est guère plus possible, même en milieu rural, malgré le caractère caché de la pauvreté de se mettre la tête dans le sable, il y a toujours un parent, un ami dans l'entourage immédiat qui tombe dans la pauvreté ces années-ci.
Il faut noter que la pauvreté n'est pas révélée uniquement par les gens vivant de transferts gouvernementaux ( Sécurité de vieillesse, Régie des rentes, Supplément de revenu, Assurance chômage). On sait pertinemment qu'une autre partie de la population salarié à statut précaire, travailleurs saisonniers, bas salariés vit souvent dans des conditions socio-économiques difficiles. Et d'autant plus difficiles que la présence de revenus de travail les a souvent portés à s'engager sur la voie de l'endettement au même titre que les autres ménages sur le marché du travail.
Selon les résultats d'une enquête effectuée dans la région bellechassoise en 1998, le besoin alimentaire demeure le plus pressant. "Y a juste là-dessus qu'on peut couper". Lors de l'enquête, plusieurs des femmes rencontrées ajoutaient qu'elles mangeaient souvent moins, pourvu que les enfants eux, ne manquent pas de nourriture. On voit dans ce comportement qui la priorité des femmes c'est : les enfants d'abord. Pour plusieurs, le fait de se sentir constamment surveillées lorsqu'elles font leur épicerie, les rend encore plus mal dans leur peau.
Quelles sont les stratégies individuelles auxquelles
les personnes pauvres recourent ?
Par ordre d'importance, citons :
Lors de l'enquête, les besoins vestimentaires ont été exprimés comme la 2e priorité. Afin de pallier à ce besoin essentiel, l'entraide familiale et du voisinage, les comptoirs vestimentaires, la recherche des aubaines, la couture sont autant de moyens auxquels ont peut avoir accès pour répondre aux besoins.
Ce qui différencie plus particulièrement la vie du pauvre à la campagne, c'est le fait que celui-ci doit avoir une automobile pour pouvoir répondre à plusieurs besoins primaires : En effet, en milieu rural, le service de transport en commun est très peu présent. Le fait suivant le démontre bien : 86 % des répondants de l'enquête possèdent une automobile. Tout le monde admet que garder une auto c'est très dispendieux. Plusieurs mentionnent que faire vivre une auto c'est comme une deuxième famille. Ça coûte cher.
La sous-scolarisation est reconnue comme un indicateur de pauvreté et de développement social. En 1996, 44.4 % de la population de Bellechasse n'avait pas complété un certificat d'études secondaires comparativement à 39.8 % pour la région Chaudière-Apalaches dont elle fait partie et à 35.5 % pour la province de Québec.
La progression de la monoparentalité :
Depuis dix ans la monoparentalité gagne du terrain. En effet en 1991, 820 familles monoparentales se retrouvaient sur le territoire de la MRC de Bellechasse, soit 10.4 % du nombre total des familles. En 1996, on en dénotait 940, une augmentation de 11.7 % par rapport à 1991. 78.7 % de ces familles monoparentales sont dirigées par une femme.
Les revenus selon le sexe :
En examinant les données de revenus des ménages l'on note (38 197.$) qu'elles sont légèrement inférieures à celle de Chaudière-Apalaches et davantage inférieures à celles du Québec. Dans Bellechasse, 5 % des hommes se déclarent "sans revenu" contre 16 % des femmes. La situation économique des femmes trouve écho en partie dans le fait que les femmes sont moins nombreuses à être intégrées sur le marché du travail; le travail à la maison n'est pas rémunéré, le travail de collaboratrice en agriculture ou dans les autres formes de commerce ne l'est pas toujours non plus. On note également une importante différence dans les revenus moyens des ménages entre les différentes municipalités de la MRC.
Conclusion :
Lors de l'enquête, 84 % des répondants ont affirmé vouloir se regrouper pour trouver ensemble des solutions collectives pour améliorer la situation.
Toutefois plusieurs obstacles se dressent :
Par contre les facteurs favorisant l'implication :
La pauvreté que se soit à la ville ou à la campagne, amène
des situations difficiles pour ceux qui doivent la vivre.
À nous de les aider à s'en sortir !