Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 12, numéro 63, décembre 2000

Madame Manon Ricard
Parent
Mère de quatre enfants

La nouvelle réforme

La nouvelle réforme résulte des États généraux.
Le défi de cette réforme est la réussite du plus grand nombre possible d'élèves.

Ma vision du réseau scolaire suite à mon implication, c'est que l'école ressemble à une grosse usine. L'école enseigne à lire, à écrire et à compter. Pour ce faire, l'école devait enseigner aussi la ponctualité, l'obéissance et la routine de l'enseignement.

Les programmes étaient découpés par degré et les élèves étaient forcés de maîtriser les apprentissages dans les temps voulus et aux conditions voulues. Peut-être le redoublement est-il les conséquences de ces manières de faire.

La réforme n'est rien de moins qu'une meilleure connaissance scientifique du processus de l'apprentissage, résultat de la psychologie congnitale.

En juin dernier, ma fille a terminé sa maternelle. En septembre, elle a débuté sa première année. Non ! je devrais plutôt dire son premier cycle du primaire. Les changements ont été difficiles autant pour l'enfant que pour la mère. Ma fille devait faire son deuil de la maternelle. Elle devait maintenant être assise, la période de jeu était finie pour elle. Pour moi comme mère, je devais faire le deuil du connu et entrer dans un monde inconnu de la réforme. J'avais des questions, mais la documentation du ministère de l'Éducation n'est pas trop volumineuse. J'ai dû chercher l'information seule. Cet été, nous avons reçu un dépliant tentant de nous expliquer la réforme, mais beaucoup ses questions restent sans réponse.

Nous savons que l'école conserve sa mission de socialiser, qualifier et instruire. Mais peut-on parler de réforme sans parler du nouveau régime pédagogique ou des conseils d'établissement ? Tout ne va pas sans l'autre !

Le principe de base du nouveau curriculum est celui de l'apprentissage plutôt que celui de l'enseignement. Ce qui signifie que les apprentissages devront être transmis de façon à ce que l'enfant le comprenne et le maîtrise et qu'il puisse l'exporter d'une manière à l'autre. Ces voeux du nouveau curriculum sont bien accueillis, mais comment l'enseignant "enseignera ?" Nous, les parents, savons que chaque enfant a son propre rythme de colliger, de s'organiser et d'apprendre.

Pour nous rassurer, la réforme étendra son programme sur deux ans. Pas de risque de doublement pour l'enfant de première année, mais qu'adviendra-t-il des enfants qui n'auront pas complété leur apprentissage à la fin du premier cycle ? Refera-t-il le premier cycle en entier ou seulement la partie non compris du programme ? Des classes qui ressemblent à celle de maturation verront-elles le jour à nouveau ?

Qu'arrivent-ils aux enfants qui devront déménager pendant le premier cycle ?

Est-ce que la nouvelle école qui accueillera l'enfant sera rendue à la même étape que lui en sachant que le conseil d'établissement a une certaine juridiction sur l'horaire non prescrit au régime pédagogique ? Combien d'écoles proposeront du français ou des maths ou des arts pour enrichir la grille horaire ? Est-ce qu'un enfant qui déménagera sera pénalisé ? Un cycle d'enseignement représente deux années scolaires. Comment se fera l'organisation des groupes ? L'enfant aura-t-il pendant les deux ans le même enseignant ? Un professeur peut-il se retrouver avec les plus forts et ainsi augmenter son ratio maître-élèves ? Cette hypothèse serait alléchante pour les parents qui ont des enfants en difficulté ou qui performent ? Car cette méthode permettrait aux enfants d'apprendre à leur rythme sans se faire déranger par les élèves en retard ou ceux qui aimeraient aller plus vite. Les bulletins actuels servent aux parents d'indicateurs pour suivre les progrès ou les échecs de leur enfant et même de comparatif avec les autres enfants du groupe. Comment sera le nouveau bulletin ? Sera-t-il descriptif avec les mentions succès, maîtrisé et/ou échec ou utilisera-t-on d'autres façons d'évaluer la performance de nos enfants ? Personne ne peut nous dire à ce jour, comment les résultats de notre enfant seront consignés !

En fait, je crois que la plus grande crainte des parents, ce sont les enseignants.

Sont-ils prêts à donner un coup de barre de plus de 180 degrés ? Vous savez, le nouveau programme a été disponible qu'en août dernier ! Aucun manuel scolaire conforme à la réforme n'a encore été approuvé par le ministère et en si peu de temps, aucun enseignant n'a pu produire suffisamment de matériel. Ees-ce que les enseignants sont prêts à inclure dans leurs cours une méthode d'enseignement par coopération, par atelier ou bien par projet car plus de la moitié enseignent depuis plusieurs années de façon magistrale. Sont-ils prêts à dire adieu au rang d'oignon dans leur classe et à faire place à une nouvelle disposition ? Le MEQ injecterait-il suffisamment d'argent pour le perfectionnement de nos enseignants ? En fait, nous pouvons compter sur le professionnalisme et l'expérience de nos enseignants. Ils sauront conjuguer tous ces nouveaux éléments au présent pour le futur de nos enfants.

Est-ce que l'on peut dire que cette réforme est nouvelle ?

Les parents que j'ai rencontrés et qui envoient leurs enfants dans les écoles alternatives, vous diront non et qu'il y a des milliers de raisons pour se réjouir de ce nouveau programme. La réforme met l'accent sur le rôle actif de l'élève qui devient le premier responsable de ses apprentissages. Les nouvelles connaissances s'acquièrent graduellement par la mise en relation avec les connaissances antérieures ou si vous préférez, l'enfant apprendra de nouvelles choses à travers ce qu'il connaît déjà. Il est à noter que la compréhension d'une réalité s'élabore à partir d'expériences personnelles. En plus de construire ses connaissances, l'élève apprend en interagissant avec son environnement. C'est ce que nous appelons les compétences transversales.

L'approche socio-constructive préconise le travail d'équipe ou le travail par coopération. Ce sont des moyens et des stratégies essentielles pour aider les enfants à apprendre.

Pour terminer, je vous dirais que nous devons vivre cette nouvelle réforme en restant aux aguets, en souhaitant beaucoup de bonne volonté de chacun et avec beaucoup d'espoir car nous avons tous le même objectif : la réussite du plus grand nombre pour ne pas dire de tous nos enfants.

Les nouvelles réformes ont toujours vu le jour aux années finissant par un 9, en 79, 89 et 99. La prochaine réforme est-elle en l'an 2009 ?

Un petit rappel : cette réforme était prévue pour 1999 mais le ministère l'a retardé d'une année. Imaginez-vous le chaos que ça aurait produit sinon !!

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