Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 12, numéro 64, mars 2001

Les familles et les aînés

Monsieur Richard Sarrasin, t.s.
Président
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec

L'aîné a-t-il encore un rôle a jouer ?


Il faudrait d'abord décrire qui est l'aîné.

Une fois que nous aurons tenté de distinguer l'aîné par rapport aux autres, nous nous attendrons à considérer le rôle que cet aîné peut jouer :

  1. dans ou auprès de la famille
  2. dans et ou auprès de la société

Alors qui est l'aîné ?

Populairement, on entend, par l'aîné, des "vieux" comme des personnes d'autrefois aux réflexes plus lents, par exemple. À cet effet, qui ne se souvient pas de cette publicité qui a été, heureusement, vite retirée du "tasse-toé, mon oncle" !

D'autres soutiennent que tu deviens vieux à 65 ans, l'âge dit de la retraite

Dans son livre admirable "La révolte du 3ième âge", publié en 1995, la grande sociologue américaine, Betty Freeman, souligne avec raison que pour la jeunesse, l'adolescence, l'âge adulte et l'âge mûr, la société n'a pas reconnu une année de vie distincte, comme on le fait pour le vieil âge fixé souvent à 65 ans.

Pourquoi à 65 ans ?

Voici ce qu'en pense cette sociologue américaine :

"L'idée que soixante-cinq ans est l'âge idéal pour cesser de travailler est né à la fin du XIXe siècle, lorsqu'en 1884, le chancelier allemand Otto von Bismarck instaura le premier régime de retraite pour l'armée. Celui-ci fut arbitrairement fixé à 65 ans : rappelons qu'à l'époque très peu de gens vivaient jusqu'à cet âge, puisque l'espérance de vie à la naissance était de 37 ans. " (page 148)

Notre propos, tendant à parler de vieillesse active et participative à la vie familiale et sociétale, trouve aussi des appuis chez cette même sociologue lorsqu'elle écrit :

"Le déclin de diverses aptitudes, étudié en comprenant les tendances moyennes de différents groupes d'âges, ne se révèle ni universel, ni prévisible, comme ce serait le cas, s'il était biologiquement programmé." (page 63)

La détérioration progressive des capacités intellectuelles telles qu'elle ressort des premières études d'américains, toutes les classes confondues et pris à des âges différents, disparaît, dès lors que les études longitudinales choisissent pour sujet des hommes âgés de 50, 60, 65, 70 ou 80 ans, en bonne santé, vivant auprès des leurs et non dans des établissements spécialisés.

Betty Freeman poursuit :

"L'aspect les plus effrayant du vieillissement est sans doute la détérioration physique du cerveau que certains spécialistes jugent inévitable, opinion qui ne fait heureusement pas l'unanimité. On a, en effet, la preuve que la perte présumée des cellules cérébrales avec l'âge ne se produit pas dans le vieillissement normal. De nouvelles connexions neuronales peuvent continuer à se développer jusqu'à la fin de la vie, et inverser parfois le processus de détérioration. La plasticité du cerveau rend possible son déclin ou son développement ultérieur, sans que ni l'un ni l'autre ne soient programmés." (page 74)

Elle ajoute :

"Pourquoi, alors, la croyance dans l'inévitable détérioration du cerveau avec l'âge, dans la perte de ses fonctions, perdure-t-elle? Les innombrables expériences et tests dont je prenais peu à peu connaissance semblaient tous corroborer cette affirmation, jusqu'à ce qu'un déclin s'opère en moi : le déclin , avec l'âge, de la mémoire et des fonctions cognitives ne peut s'expliquer parce que les tests sont tous conçus pour les jeunes." (pages 77-78)

On le voit donc. L'aîné n'est qu'une personne plus âgée par rapport à une autre. Que ses forces physiques diminuent, il faut l'admettre, mais la sagesse de l'âge compense pour le manque de vitesse de l'exécution.

L'aîné joue un rôle dans la famille

Concilié dans une phrase, on peut dire, généralement parlant, qu'un aîné dans une famille constitue pour elle un cadeau de la vie.

Sommairement, quels pourraient être les objectifs du rôle des aînés dans une famille et en particulier sur le rôle des grands-parents dans la famille

- Apprendre à l'enfant l'essentiel de la vie ce qui veut dire par exemple - être pour lui les témoins de l'histoire, lui rappeler les avènements de l'auto, des tramways, de la télévision, de l'école d'autrefois, des faits et divers que l'on a vécu avec sa mère, son père.

- Faire apprécier à l'enfant la beauté des choses, des fleurs, des bois, développer son odorat

- Donner à l'enfant, par sa présence, la sensation d'être bien et en sécurité

- Procurer à l'enfant le sentiment d'importance (pour moi tu es unique), l'assurance d'être aimé.

Quelques moyens pour atteindre ces objectifs

- Se rappeler, s'il est possible, de nos propres souvenirs à l'égard de nos grands-parents

- Conserver lorsque l'on reçoit chez soi, un panier d'objets qu'il revoit toujours avec plaisir. "C'est à toi, c'est pour toi, vois comme ils t'attendent pour jouer avec toi."

- Créer un milieu propice à la détente, à la non-implication forcée à faire des choses.

Quelques qualités requises

- Être capable de s'intéresser à l'enfant, de l'accepter tel qu'il est

- Être capable de donner son affection, de ne pas "l'étouffer"

- Donner à l'enfant le sentiment qu'il est important

- Savoir être diplomate, ne pas jouer à l'arbitre vis-à-vis les comportements des parents

En résumé

L'aînée ou la grand-maman, l'aîné ou le grand-papa

- est un ami disponible

- est un ami tolérant

- est un ami acceptant.

L'aîné dans la société

Depuis quelques années les aînés ont joué un rôle de plus en plus important au sein de la société québécoise.

À mon avis, deux pricipaux événements sont responsables de cet état de fait

1. L'Année internationale des personnes âgées décrétée par l'ONU pour l'année 1999

Vous vous souvenez sans doute des nombreuses activités à caractère social qui se sont déroulées mettant en cause les aînés au cours de cette Année.

Le rapport du Bureau québécois de l'Année internationale des personnes âgées témoigne, de façon on ne peut plus éloquente, des milliers de rencontres tenues ici et là au Québec pour et par les aînés. Le Bureau québécois lui-même a organisé ou participé à plus de 204 activités.

Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec a aussi organisé une série mensuelle de rencontres pour les aînés avec son projet Partenariat aînés 1999.

2. Le 4ième Congrès mondial de la Fédération internationale du vieillissement.

Ce second événement est à noter pour tenter d'expliquer la participation massive des aînés dans notre milieu.

En septembre 1999, se tenait, au Palais des congrès de Montréal, le 4ième Congrès mondial de la Fédération internationale du vieillissement.

On y compte plus de 1200 délégués et aînés, accourus d'environ 30 pays.

Ce Congrès a sûrement poussé beaucoup d'aînés du Québec à joindre les rangs de ceux et celles qui, comme les membres de la Fédération de l'âge d'or du Québec, se préoccupaient déjà socialement de leur implication dans leur communauté.

En conclusion

Au cours de la dernière année, nombre du groupe d'aînés se sont présentés en commissions parlementaires, entre autres :

- sur la loi sur les médicaments

- sur la loi sur les services de santé et les services sociaux

- sur les régimes de rentes

- sur les abus physiques faits aux aînés

- sur la loi sur le Conseil des aînés

Enfin, on peut dire : On a plus les aînés qu'on avait !

Ainsi, on retrouve nombre d'aînés dans les nouvelles maisons de grands-parents.

Ce matin, trois de ces maisons sont parmi nous avec leur porte-parole.

Écoutons-les

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