Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 12, numéro 65, juin 2001

Normand Bourgeois
Directeur général
Pro-gam inc.
Centre d'intervention et de recherche en violence conjugale et familiale

L'intervention auprès des hommes qui utilisent la violence dans leurs rapports conjugaux et familiaux

On m'a demandé de vous parler de l'intervention auprès des hommes qui utilisent la violence dans leurs rapports conjugaux et familiaux. Cette intervention, telle que nous la pratiquons à Pro-gam s'inscrit sur un continuum de service qui tente, chaque partenaire à sa manière et chacun selon son créneau d'intervention, de Prévenir, dépister et contrer la violence conjugale. 1

Toutefois, avant de vous parler du type d'intervention que nous pratiquons et des bases qui soutiennent notre action, je vais tenter un tableau de la situation telle que nous pouvons l'appréhender au travers les statistiques disponibles et telle que nous la percevons à travers notre propre expérience clinique.

Un portrait de la situation : victimes et agresseurs

Lorsque nous parlons de violence conjugale, il importe de bien situer notre propos. La plupart des intervenants, s'entendent pour dire qu'il y a plusieurs types d'abus et de violence : physique, verbal, psychologique, sexuelle, financière, de même qu'il y a des degrés dans l'intensité et la fréquence des épisodes violents.

Or, très souvent les statistiques que nous citons nous proviennent du Ministère de la Sécurité publique et concernent les cas d'agression physique criminelle qui sont répertoriés selon les catégories suivantes : le meurtre, la tentative de meurtre, l'agression sexuelle, les voies de fait graves, les agressions armées ou causant des lésions corporelles, les voies de fait simples, les enlèvements ou la séquestration, le harcèlement criminel et les menaces. Notons, que dans cette nomenclature, les voies de fait simples représentent plus de 50 % des cas rapportés.

Il existe d'autres formes, plus subtiles de violence conjugale. L'humiliation, que ce soit en public ou en privé, les trahisons émotives, les paroles blessantes, le dénigrement, la privation d'affection, le refus de communiquer en sont quelques-unes. Pour ce type de violence, les statistiques sont plus rares, moins éloquentes et parfois même, selon les études, contradictoires.

Si nous nous en tenons aux formes brutales de la violence conjugale, celles nécessitant l'intervention des forces policières, il y a eu en 1999, 14 243 cas répertoriés au Québec. 12 325 victimes étaient des femmes, soit dans 86,5 % des cas et dans 90 % des cas l'agresseur était un homme. Si nous faisons abstraction des rares cas où l'homme est agressé par sa conjointe et de ceux (5 % des cas) où l'agresseur et la victime sont du même sexe, il est possible d'affirmer que pour 10 cas de violence conjugale nécessitant une intervention policière, dans 8 ou 9 de ces cas une femme est victime d'un conjoint, d'un ami intime ou d'un ex-conjoint.

Et il ne faudrait pas oublier que, dans bien des cas, les victimes sont également des mères et que les enfants sont également au nombre des victimes, soit directement, soit comme simple témoin, car, lorsqu'il s'agit de violence conjugale le témoin est également une victime.

Enfin, pour terminer ce petit portrait statistique nous permettant de situer notre sujet, mentionnons que, en 1999 toujours, au Québec, 75 % des victimes avaient moins de 40 ans et que 86 % des événements de violences conjugales, signalés à la police, se sont produits dans des résidences privées.

L'intervention auprès des conjoints violents, un maillon déterminant, essentiel et complémentaire du continuum de service

En 1995, le 6 décembre, date commémorative du massacre à l'École Polytechnique de l'Université de Montréal, le Québec dévoilait sa Politique d'intervention en matière de violence conjugale. Dans cette politique 2, et je cite, : “ l'intervention psychosociale auprès des conjoints violents constitue un élément déterminant dans une stratégie globale d'action face à la violence conjugale”.

À Pro-gam, bien que nous intervenions aussi à d'autres niveaux, la majeure partie de nos ressources et de nos énergies est justement consacrée à cette intervention psychosociale auprès des conjoints violents. Cette intervention, qui s'inscrit sur un continuum de service, est complémentaire aux services offerts aux femmes et aux enfants. Elle ne doit et ne devrait pas devenir une alternative à la judiciarisation, non plus qu'elle ne saurait se substituer au processus judiciaire. C'est une action curative, essentielle et complémentaire3 ; ce n'est qu'en luttant sur tous les fronts, en profitant de toutes les ressources et de toutes les énergies disponibles que nous parviendrons à réduire l'incidence de ce fléau social.

Comme pour toutes les autres problématiques sociales : alcoolisme, toxicomanie, vol avec violence, sécurité routière, agressions de tous genres, violence chez les jeunes et les gangs de rue, la répression seule, la punition aveugle et sans discernement, la sanction sans intervention réhabilitante, ne sauraient venir à bout du problème.

Toutefois, lorsque la sécurité et l'intégrité physique des victimes est en jeu, le rôle premier du système pénal et judiciaire est d'assurer, avec la collaboration de tous les intervenants, la sécurité des victimes potentielles et de contrôler le comportement des individus violents.

Si la violence conjugale est souvent criminelle, elle est toujours inacceptable. La société doit donner aux hommes un message clair en ce sens et ce message ne peut être le seul fait du système pénal ou judiciaire. Chacun de nous est interpellé, collectivement et individuellement.

La définition de la violence conjugale

Il existe plusieurs définitions de ce qu'est la violence conjugale. Selon que notre perspective est historique, sociologique, politique, légaliste ou interventionniste ; selon que nous sommes humaniste, féministe ou mondialiste ; notre définition de la violence risque d'être différente ; fondamentalement ou de façon nuancée.

D'ailleurs, à cet effet, en 1998, M. Gilles Rondeau4, professeur à l'École de service social de l'Université de Montréal et chercheur associé au CRI-VIFF, dans une enquête maison auprès de 240 personnes, toutes membres de diverses tables de concertation en matière de violence conjugale, réparties sur tout le territoire du Québec, avait présenté deux définitions différentes de la violence conjugale, en demandant aux gens de s'identifier à l'une ou l'autre. Les 240 personnes interrogées se prononcèrent dans une proportion égale pour les versions A et B. Nous sommes loin de l'intégrisme et c'est tant mieux. La diversité des approches est gage de richesse et de dynamisme dans la recherche de solution.

Voici ces deux définitions

“ La violence conjugale est la manifestation de rapports de force historiquement inégaux qui ont abouti à la domination des hommes sur les femmes. L'origine réelle du problème est souvent confondue avec les facteurs qui lui sont associés, par exemple l'alcool, la drogue, les difficultés personnelles et économiques.”

“ La violence conjugale est d'origine multifactorielle. Les facteurs sociaux, notamment ceux liés aux inégalités entre les hommes et les femmes, et aux conditions sociales, sont des causes importantes. Différents autres facteurs individuels et familiaux peuvent aussi être à l'origine des comportements violents.”

À l'ARIHV, l'Association des ressources intervenant auprès des hommes violents, et dont Pro-gam est membre fondateur, nous avons adopté la deuxième version proposée par le chercheur du CRI-VIF. C'est une approche plus clinique, qui correspond mieux à ce que nous observons lorsque nous travaillons avec les hommes qui font appel à nos services.

Définir une réalité relationnelle complexe comme la violence conjugale n'est pas simple. Selon les écoles de pensée, selon la formation reçue, selon la culture ambiante ou les modes politiques chacun y va de son interprétation, qui semble, selon les points de vues valables. Et c'est bien ainsi. Nous vivons dans une société éclatée, qui a atteint la maturité nécessaire pour évoluer dans la tolérance et s'enrichir de la diversité des expériences de chacun.

La mission de Pro-gam et les trois secteurs de la prévention de la violence conjugale

Pro-gam est un organisme de prévention qui a comme mission de contribuer à prévenir la violence conjugale en intervenant auprès des conjoints violents de manière complémentaire et en partenariat avec les autres ressources. Pour remplir sa mission, Pro-gam intervient selon les trois secteurs de la prévention.

Le premier secteur, dit de prévention primaire, vise à enrayer la violence conjugale à la source, avant même l'apparition du phénomène. Diverses activités de sensibilisation et d'information ont lieu auprès des adolescentes, des adolescents et des jeunes adultes qui en sont à leurs premières relations amoureuses.

Le deuxième secteur de prévention, appelé prévention secondaire, vise les populations plus à risque. Ce secteur d'activité comprend un service d'écoute et de “counselling” téléphonique, un grand nombres de conférences et d'activité de sensibilisation et de formation qui sont données chaque année auprès d'institutions, d'industries, de ministère, de bureau, de délégués sociaux, etc., des activités de sensibilisation auprès de populations cibles.

C'est également dans ce créneau d'intervention que nous avons développé, en partenariat avec Option et Service d'aide aux conjoints, un programme de sensibilisation auprès des prévenus en violence conjugale qui sont déférés à la Cour municipale de Montréal. Malheureusement, ce projet qui est entre les mains de la magistrature et des procureurs se heurtent actuellement à une révision interne du rôle de la Cour municipale.

À ce point de ma conférence, vous me permettrez un importante parenthèse, pour spécifier que tout ce volet de prévention primaire et secondaire, qui se traduit par une foule d'activité de sensibilisation, d'information et de formation est financé grâce à l'aide inestimable que nous recevons de Centraide du Grand Montréal.

Finalement, la prévention tertiaire est celle qui concerne la prévention de la récidive. Elle concerne notre volet : “Thérapie de groupe pour conjoint violent”, dont je vais vous parler plus en détail.

La thérapie de groupe pour les conjoints violents

L'homme qui désire entreprendre une démarche à Pro-gam doit se soumettre à un processus élaboré qui comporte plusieurs étapes. Que l'homme soit judiciarisé, ou qu'il vienne suite aux pressions de la conjointe et de l'entourage, ou de son propre chef, il devra se soumettre à un même scénario qui débute lors du premier appel téléphonique.

Chaque homme désireux d'entreprendre une thérapie chez-nous doit lui-même nous contacter par téléphone. Après un bref, mais efficace questionnement sur ses motivations réelles et à condition que l'homme reconnaisse avoir un problème de violence conjugale, un rendez-vous lui est fixé dans un court laps de temps (habituellement quelques jours) pour l'ouverture de son dossier.

L'ouverture de dossier est une brève entrevue (15 minutes) avec l'intervenant en charge qui nous permet :

- de colliger les informations sur le client (dont plusieurs pouvant ultérieurement être utile pour assurer la sécurité du client ou de victimes potentiels) et de les inscrire à son dossier ;

- de lui expliquer notre politique de tarification et de signer l'engagement de paiement ;

- de lui remettre une attestation d'inscription à notre programme

- et de lui fixer son premier rendez-vous d'accueil / évaluation.

Le processus d'accueil / évaluation

Il s'agit d'une série de rencontres individuelles d'une heure chacune qui ont pour but d'accueillir le client, d'établir avec lui... une relation de confiance facilitant l'instauration de ce que nous nommons l'alliance thérapeutique, de présenter nos services, nos modalités de fonctionnement, notre culture organisationnelle et d'évaluer l'état psychologique du client, son niveau de détresse, les risques homicidaires ou suicidaire et son degré de motivation aussi bien que la reconnaissance qu'il a de son problème.

C'est également à la fin des entrevues d'accueil que nous signerons le “contrat thérapeutique”. Il s'agit d'une entente formelle par laquelle le client s'engage à respecter l'intégrité physique de sa conjointe et de tous les membres de sa famille, à ne pas tenter de mettre fin à ses jours, à respecter les autres membres du groupes et la confidentialité des échanges, à respecter le personnel de Pro-gam inc. Ce contrat énumère également certaines exigences concernant la ponctualité, la sobriété et l'assiduité aux groupes.

Ce document informe également le client sur le fait que les services qu'il reçoit à Pro-gam sont confidentiels et des limites qui sont imposées à cette confidentialité.

À ce propos, signalons que la confidentialité des entrevues est levée lorsque :

- un intervenant ou une intervenante juge que la vie ou la sécurité d'une personne est sérieusement menacée ;

- le client ne respecte pas une interdiction légale de contact avec sa conjointe ;

- le client signe de sa main à un tiers une autorisation de divulguer des renseignements contenus à son dossier ;

- lorsque juge relève l'intervenant ou l'intervenante du secret professionnel ;

- lorsque l'intégrité physique d'un enfant est menacée, et ce, conformément aux diverses lois en vigueur, dont celle de la Protection de la Jeunesse.

Les groupes de thérapie

Le programme de base comporte une série de 14 rencontres de 2:30 heures chacune. Chaque groupe est composé de huit hommes, encadrés par deux intervenants psychosociaux formés par Pro-gam.

Le travail des intervenantsts est soumis à des normes rigoureuses réunies dans un cahier des normes et procédures comprenant : le Code de déontologie de Pro-gam (qui s'ajoute au propre code de déontologie respectif des professionnels oeuvrant à Pro-gam), notre Politique de gestion des situations à risque, la Procédure d'accueil téléphonique, la Procédure d'accueil / évaluation et les principes d'intervention dans un contexte de judiciarisation.

Un des principes de base de notre intervention est la responsabilisation du client. En effet, bien que nous reconnaissions l'aspect multifactoriel des causes de la violence et sa transmission intergénérationnelle, en aucun cas ces principes ne peuvent justifier une déresponsabilisation du client face à l'emploi de la violence dans ses relations amoureuses. Peut importe les conditions extrinsèques, je demeure responsable de mes choix et de mes comportements. En aucun cas, l'utilisation de la violence ne peut être vue comme une perte de contrôle, elle est plutôt l'expression de ma volonté de contrôler l'autre.

Un autre important principe réside dans le fait que tout en étant complémentaire, nous sommes distincts du système judiciaire. En ce sens, notre premier mandat est d'aider le client à changer son comportement de violence et non de le contrôler.

Dans sa pratique, l'intervenant ou l'intervenante travaillant à Pro-gam doit prendre en considération toutes les formes de violence et toutes les intentions de contrôle exercées à l'endroit d'autrui et orienter sa démarche vers la cessation de ces pratiques.

Il, elle doit appuyer son intervention sur les prémisses suivantes :

- l'homme est responsable de ses comportements et doit en assumer les conséquences ;

- l'homme bénéficie de la présomption de compétence et nous croyons qu'il possède d'emblée la capacité de changer ;

- les croyances, les valeurs et les attitudes qui sous-tendent un problème de violence conjugale doivent être remises en question ;

- l'intervention doit faire la promotion de rapports égalitaires entre les sexes et le respect des personnes et de leurs différences ;

- La sécurité de la conjointe, des enfants, de l'homme lui-même et toute autre personne est une préoccupation constante, qui est en arrière plan de l'ensemble des interventions.

D'ailleurs, pour ce dernier point, nous possédons une Politique de gestion des situations à risque, qui définit clairement la marche à suivre en cas de doutes sérieux sur la sécurité des personnes.

Une fois le programme de base complété, il est possible de continuer la thérapie et plusieurs décident de le faire. Nous verrons tantôt les statistiques à ce sujet. Il existe aussi un mécanisme de rappel systématique, 3 mois après la fin d'une thérapie où l'homme est invité à venir rencontrer un intervenant afin de faire le point sur sa démarche.

Un portrait statistique de la clientèle et du service de thérapie pour conjoint violent

En terminant, j'aimerais vous dresser un portrait statistique de la clientèle et de son évolution en groupe.

Mentionnons d'abord que les services de Pro-gam sont bilingues et qu'une bonne partie de notre clientèle est issue des divers milieux culturels qui composent la société montréalaise. Pour l'année qui s'est terminée le 31 mars dernier la proportion de clients francophones étaient de 69 %, pour 31 % de clients anglophones. Parmi cette clientèle anglophone, la proportion de clientèle allophone est passée de 25 % en 1998-99 à 56 % en 2000-2001. Ce qui dénote une nette augmentation de la clientèle provenant des différents milieux culturels au cours des dernières années.

Tableau 1

L'année dernière, 1537 groupe/client ont été offert dans 5 groupes de thérapie. Cela représente près de 70 % de notre temps d'intervention. Nous avons aussi offert 599 entrevues d'accueil / évaluation, 53 rencontres individuelles et 40 rencontres de suivi.

Tableau 2

Outre l'augmentation des clientèles allophones, nous observons également une hausse importante de la proportion de clientèle judiciarisée. Ainsi, de 40 % qu'elle était en 1993, cette proportion atteint maintenant près de 70 %. Il est possible que cette augmentation des clients judiciarisés soit le résultat des politiques gouvernementales et des campagnes de sensibilisation menées auprès des femmes et du système judiciaire. Elle peut aussi être le reflet d'une propension accrue du système à utiliser nos services. Il est donc de première importance que les divers intervenants du monde judiciaire comprennent notre rôle, notre mandat et notre philosophie d'intervention.

Tableau 3

Parallèlement, nous assistons à une diminution de l'âge de notre clientèle, qui, bien que moins marquée, n'en n'est pas moins significative. Cette donnée d'ailleurs s'harmonise avec les statistiques du gouvernement québécois car nous y voyons que 72 % de notre clientèle a moins de 40 ans (75 %, selon le Ministère de la Sécurité publique).

Tableau 4

Sur 100 personnes qui sont admises à un premier rendez-vous d'accueil, 53 débute le groupe, 38 termine le programme de base et 27 continue le processus au-delà des 14 semaines du programme de base.

Tableau 6

Il est également intéressant de remarquer que les personnes non-judiciarisées ont une meilleure persévérance en groupe que les personnes judiciarisées. Ainsi, l'année dernière, pour 100 personnes qui débutaient le groupe, 76 personnes non-judiciarisées se rendaient à la fin du programme de base, alors que cette proportion était de 68 pour les personnes judiciarisées. Remarquons également que 59 personnes non-judiciarisées ont poursuivi au-delà du programme de base, comparativement à 45 pour les personnes judiciarisées.

De l'efficacité de l'intervention et de son rôle dans la prévention de la récidive

Nous ne pourrons pas clore cette présentation sans parler de l'efficacité de l'intervention. Il n'existe pas, actuellement d'étude, ni de recherche concluantes sur l'évaluation des résultats des programmes de thérapie pour conjoints violents.

Ce que nous savons toutefois, c'est ce que les hommes nous disent en entrevues de suivi, quelques mois après avoir terminé leur thérapie à Pro-gam. De un, nous constatons l'abandon total de toute forme de violence physique envers la conjointe et ce dans une proportion de 90 %. De deux, nous constatons également une baisse importante dans la fréquence et l'intensité des épisodes de violence psychologique et verbale et de la volonté de contrôle. De trois, plusieurs nous ont avoué que notre intervention avaient sauvé des vies.

Tableau 7

Il est généralement reconnu, et la littérature scientifique le confirme, que la rétention en traitement est un facteur déterminant dans l'évaluation de l'efficacité des services de sociaux. Une étude du CRI-VIFF, publiée en mars 1999 a cherché à cerner les différents déterminants susceptibles d'influer sur la persévérance des hommes dans les programmes de traitement. Il ressort de cette étude, que plusieurs facteurs personnels, familiaux et sociaux sont en cause et que les organismes d'aide aux conjoints violents ont peu ou pas de contrôle sur ceux-ci.

Il est pourtant un facteur qui intervient de façon significative sur la rétention en traitement et sur lequel l'organisme a tout contrôle, il s'agit de l'alliance thérapeutique: “ Dans l'étude (et je cite) cette variable a été identifiée comme étant la plus significative au niveau de l'environnement thérapeutique”6.

Le tableau 7, nous montre comment nous avons réussi à augmenter la rétention en traitement dans notre programme de thérapie pour conjoints violents. Au cours des 7 dernières années nous avons augmenté de 30 % la persévérance tant pour le programme de base, que pour la prolongation au-delà des 14 semaines du programme de base. L'année dernière 72 % des hommes qui ont entrepris une thérapie de groupe à Pro-gam ont terminé le programme de base et 52 % ont persévéré au-delà de 14 semaines.

Certes, la thérapie pour conjoints violents n'est pas une panacée. Il n'existe pas de remède universel s'appliquant à tous les hommes, à toutes les situations. Il ne suffit pas d'être en thérapie pour ne plus être dangereux. D'ailleurs à Pro-gam, pour chaque homme qui entreprend une thérapie chez-nous, nous adressons systématiquement aux conjointes de ces hommes un document explicatif de la démarche et nous les mettons en garde contre un excès de confiance devant la démarche entreprise par leur conjoint.

Nous ne sommes pas une panacée, mais dans l'état actuel des connaissances et de l'avancement des sciences sociales, ce que nous pouvons faire de mieux pour prévenir, dépister et contrer la violence conjugale et familiale, c'est encore de rechercher sans cesse à améliorer la portée de notre intervention et de travailler à parfaire les paramètres sur lesquels nous avons un pouvoir d'influence.

Le secret de la réussite en cette matière ne tient pas tant à des techniques mais bien plutôt à une attitude et en la certitude optimiste que le changement est possible. Il importe ici de dissocier l'être humain de son comportement, chaque homme qui se présente à Pro-gam mérite qu'on l'accueille dans le respect et l'empathie, quelque répréhensible, par ailleurs, a pu être son comportement ou ses actions. Ce n'est qu'à ce compte que nous pourrons établir l'intangible lien que l'on nomme l'alliance thérapeutique et qui est, de l'avis même des chercheurs du CRI-VIFF la variable la plus significative de l'environnement thérapeutique.

1 Selon le titre de la Politique du gouvernement québécois en matière de violence conjugale

2 Politique québécoise d'intervention en matière de violence conjugale, page 54.

3 Idem, page 54

4 Communication privée de M. Gilles Rondeau lors d'une rencontre de la Table de concertation en matière de violence conjugale de la communauté urbaine de Montréal, le 5 novembre 1998

5 RONDEAU, Gilles et All, La persévérance des conjoints violents dans les programmes de traitement qui leur sont proposés, CRI-VIFF, mars 1999, page 142

LA SOUFFRANCE CONJUGALE

Pro-gam inc.
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