Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 12, numéro 65, juin 2001

Madame Anne Jubinville
Responsable des activités
Action Centre-Ville

Quelle place la famille a-t-elle dans votre famille ?

Quand on décide de fonder une famille, on se rêve déjà dans ce rôle.
On voit tout ce qu'on fera, comment ce sera.
La réalité a tôt fait de nous rattraper.
Je parlerai donc des nombreux aménagements que nous faisons pour accorder du temps à notre famille tout en essayant de ne pas nous sentir coupables, imparfaits ou égoïstes.

Jusqu'à l'âge de 30 ans, il n'était pas question que j'aie des enfants. Puis après 30 ans, une sorte de désir de fonder une famille est monté en moi.

Combien parmi vous ont des enfants ? Si au moment où vous avez pensé mettre un enfant au monde, on vous avait dit : Devenir une famille, ça peut mettre votre couple en danger, votre emploi en danger, votre identité en danger, votre estime de soi en danger, votre sommeil en danger, votre santé mentale et physique en danger, vos relations familiales et sociales en danger, vos économies en danger, auriez-vous eut un enfant ? Moi non, heureusement que l'on ne parle pas trop de ces choses-là quand on prend la décision de fonder une famille.

J'aurais pu continuer sur cette lancée négative pendant de longues minutes. Tout en demeurant réaliste, on doit régulièrement se rappeler son rêve de départ, car, au moment où on a commencé à rêver “ parents ”, c'était magique !

Fonder une famille, c'est réaliser mille et un tours de magie. En effet, de notre chapeau sort tout plein de choses. Fonder une famille, c'est avant tout manifester une confiance en l'avenir de l'humanité, en l'avenir de sa planète, en l'avenir de son pays, etc. C'est croire que tout ne s'effondra pas et c'est croire en l'avancement du monde.

Mettre des enfants au monde, dans ce monde de “ fast-food ”, c'est avoir confiance en la durée et la solidité de son couple, c'est s'engager pour un contrat qui va durer le reste de sa vie !

Fonder une famille, c'est croire en soi. En effet, on se fait confiance car on imagine que le bagage qu'on possède est suffisant pour élever des enfants ; et croire qu'on trouvera les ressources nécessaires pour palier à nos lacunes.

Fonder une famille, c'est créer une nouvelle unité : un papa, une maman, 1,8 enfant. Non, non, je me trompe, c'est 1/2 papa, 1/2 maman et 1,8 enfant. Non, c'est un papa une fin de semaine sur deux et une maman le reste du temps et 1,8 enfant. Quand ce n'est pas deux papas (le réel et l'adopté), deux mamans (la réelle et l'adoptée), 3,6 enfants...

Il y a là quelque chose à redéfinir !

Mettre des enfants au monde, c'est posséder un code moral, des valeurs, des talents, des connaissances, des rêves, des désirs que l'on espère transmettre à son enfant.

Fonder une famille, c'est éduquer des enfants, c'est prendre le temps de leur enseigner la vie, les choses de la vie, l'art et la manière de gérer des conflits, les domaines : spirituel, sexuel, sensuel... C'est transmettre un coffre à outils à ses enfants afin de les préparer à vivre leur vie par eux-mêmes. Je vois là encore quelque chose à redéfinir.

En effet, les enfants passent plus de temps chez la gardienne, à la garderie, en classe et en activités sportives et de loisirs qu'avec leurs parents. Prenez, moi qui travaille 35 heures semaines, je calcule que je passe un maximum de 5 heures par jour avec mes enfants en semaine. Et encore ces 5 heures sont occupées par la préparation des repas. Les 15-20 minutes en solitaire qui me sont nécessaires au retour de ma journée de travail. il n'en reste pas large ! Le reste du temps, mes enfants dorment ou sont confiés aux soins d'une ou d'autres personnes. Allô l'éducation que je transmets à mes enfants !

Voilà pourquoi, il faut créer, recréer et imposer aux autres mais aussi à soi-même du temps pour la famille. Chez nous, on a choisi, par exemple, de se payer une voiture. Ça nous sert la ceinture à la fin du mois, mais on sauve du temps, pour reconduire les filles à deux garderies différentes, pour faire les commissions. Et ça nous donne également une liberté pour sortir de la maison.

Du temps pour la famille, j'en fais quand je laisse Laurence jouer 15 minutes de plus avant de lui faire quitter la garderie. À ce moment-là, je me transforme en spectatrice de ma fille et lui permet de lire dans mes yeux, ma fierté et mon amour pour elle. Elle partage avec moi ses petits copains, son éducatrice, sa vie quotidienne. Elle partage avec des morceaux de cette vie où l'on n'est pas ensemble.

Pour Alice, c'est quand je lui permets au sortir de chez la gardienne de s'asseoir avec moi sur le banc public et de nommer pendant 20 minutes les couleurs de chaque voiture qui passe devant nous. Pour Alice, du temps c'est aussi lorsqu'elle joue dans son trou de cailloux sur le trottoir devant la maison.

Du temps pour la famille, c'est aussi lorsque je me transforme en jouet pour mes filles, étendue sur mon lit. C'est le livre qu'on prend le temps de lire, c'est la chanson que l'on chante, c'est le film préféré qu'on écoute avec le bol de pop corn, ce sont les séances de pâtes à modeler, de peinture, de coloriage, les dessins.

Mais créer du temps pour la famille lorsqu'on est à la maison, ça demande une discipline de tout instant. En effet, il est difficile de résister à l'appel du lavage (durant l'hiver, je fais mon lavage de toute une semaine en 2 heures et demie à la laverie), du ménage, des commissions, de la correspondance, des petits plats à cuisiner, des plantes à arroser, des chats à nourrir, etc. Mon temps actuel : une journée de la fin de semaine est consacrée aux tâches et l'autre, on sort en famille.

Malheureusement, mes filles ne jouissent pas de la présence d'un père complice. Tout en demeurant avec nous, leur père partage peu de leurs moments. Son handicap auditif ne contribue peut-être pas à le rendre complice de nos sorties. Malgré tout, il se joint parfois à nous pour aller à la piscine, au Centre de la nature à Laval, au Jardin botanique, etc.

Dernièrement, mes filles et moi avons découvert les vacances en famille ! À Pâques, nous avons passé le week-end dans une base plein air. On a décroché ! Imaginez tout ce que j'ai eu à faire pendant 2 jours et demi, c'est être (par opposition à faire) avec les enfants. Les filles rayonnaient ! Pour la fête de la Reine, on a renouvelé l'expérience avec un gîte à la ferme.

Rassurez-vous, nous ne sommes pas toujours aussi extravagantes dans nos sorties. On va au parc joué dans le carré de sable, glisser, se balancer, on prend des marches, on utilise les piscines publiques, etc.

Et ce qui me semble essentiel, on va aussi visiter la parenté. La famille a tendance à être ultra rétrécie de nos jours. On n'a plus de réunions de famille, on habite à des centaines de kilomètres l'un de l'autre, on vit très différemment (surtout quand on est seul à avoir des enfants). Mais, la famille, c'est l'histoire, ce sont les racines de nos enfants. C'est le lien entre l'hier et l'aujourd'hui. Alors périodiquement, on rend visite à grand-maman Laurette, on voit à l'occasion Mamie Pauline, on rencontre occasionnellement les oncles, les tantes dont Sylvie et Jacques, producteurs agricoles qui offrent un grand terrain de jeux, des milliers de découvertes, des activités différentes et beaucoup d'amour à nos deux petites citadines. Et l'on élargit la famille en fréquentant assidûment les couples d'amis avec ou sans enfants et les amis célibataires... qui eux viennent avec nous pour se confirmer dans leur désir de ne pas avoir d'enfant.

Être, demeurer et se sentir une famille demande des aménagements mais que c'est extraordinaire et riche une famille ! Comme on apprend à chaque instant dans une famille ! Que d'amour, de rires, de complicités, de découvertes, on a à partager ! Les quelques larmes, les quelques insatisfactions vécues, le manque de temps sont si vite oubliés quand notre petite dernière de deux ans qui commence à peine à parler nous dit : “ maman, je t'aime ” en nous serrant dans ses bras. Quand notre grande nous dit que ce n'est pas grave si on ne dessine pas bien les chevaux, on est parfaite. Alors, oui, la famille redevient magique !

Quand vous retrouverez vos enfants, ce soir ou ce week-end, embrassez-les différemment. Embrassez-les comme des magiciens avec qui vous faites de nombreux tours de magie !

Action Centre-Ville
110, rue Sainte-Catherine, Est
Montréal (Québec) H2X 1K7

Vox : (1-514) 878-0847
Fax  : (1-514) 878-0452

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