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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 13, numéro 66, novembre 2001 |
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Madame Élisabeth Couture
Étudiante à la maîtrise en anthropologie
Université de Montréal
Les adolescents et adolescentes de l'adoption internationale
Introduction
Depuis quelques années déjà, le Québec est une des sociétés adoptant le plus d'enfants à l'étranger. Au cours de la dernière décennie, près de 8000 enfants ont ainsi été adoptés. On peut ainsi se demander quelle place ces enfants occuperont dans la société québécoise lorsqu'ils grandiront. Devront-ils faire face à des situations particulières ou non? Cette recherche s'intéresse ainsi à la situation des adolescents de l'adoption internationale au Québec. Afin de brosser une tableau d'ensemble plus large, nous nous pencherons également sur leurs parents adoptifs. Pour se faire, dans un premier temps, nous nous intréresserons à la situation de l'adoption internationale au Québec en en faisant l'historique et en dressant un tableau statistique. Nous nous pencherons par la suite sur leurs parents adoptifs avant de nous intéresser aux adolescents en tant que tel selon différents facteurs. Les données de cette partie proviennent essentiellement du mémoire de maîtrise de Morrier (1995). Pour terminer, nous traiterons de la question de la recherche d'antécédents sociobiologiques et des retrouvailles car ce phénomène est appelé à croître puisque plusieurs de ces enfants et adolescents atteindront l'âge adulte au cours des prochaines années.
Méthodologie
Ce rapport est la revue de la littérature que j'ai faite dans le cadre d'un projet Placement Carrière Été 2001 pour le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec. La majorité des informations proviennent d'articles scientifiques, de rapports de recherche, de mémoires de maîtrise ainsi que de données fournies par le Secrétariat à l'Adoption Internationale. Par contre, la plupart des données sur les retrouvailles proviennent d'une entrevue faite avec une professionnelle des retrouvailles à l'international. Au point de départ, je voulais interviewer des adolescents de l'adoption internationale ainsi que leurs parents adoptifs mais cela s'est avéré, après de multiples démarches, presque impossible. J'ai réussi à interviewer la mère d'un adolescent adopté à l'international après le délai prévu pour ma recherche. Tout d'abord, je ne possédais aucun contact personnel dans le milieu de l'adoption internationale. Ensuite, la période de l'année où cette recherche s'est déroulée, soit durant l'été, ainsi que le délai accordé pour faire cette recherche, soit deux mois, ont rendu ardu les possibles rencontres. Beaucoup de gens étaient, en effet, en vacances. Plusieurs organismes agréés ne contactent, en outre, pas leurs membres durant l'été, ou du moins durant la période où s'est déroulée cette recherche, par l'entremise de bulletins d'information, rendant ainsi impossible la diffusion d'une annonce pour rencontrer des familles avant la fin du délai accordé. Un autre facteur ayant compliqué ma tâche fut le fait que la plupart des organismes agréés en adoption internationale sont des organismes sans but lucratif avec peu d'employés permanents et peu de moyens financiers. Je me suis ainsi heurtée à plusieurs répondeurs et appels sans réponse. De plus, tous les organismes gouvernementaux ainsi que les organismes agréés, tenus à la confidentialité, ne pouvaient évidemment pas me donner des noms de répondants potentiels. Ils pouvaient par contre servir d'intermédiaires mais comme nous étions en période de vacances, cela leur était difficile, faute de temps. J'ai également mis une annonce dans le journal Voir, mais, malheureusement, personne ne m'a contactée pour participer à cette recherche.
1. Les concepts de base
Voici quelques concepts qui nous permettrons de mieux comprendre les résultats de recherche présentés ultérieurement.
A. Identité
L'identité est composée de multiples dimensions telles l'identité ethnique, l'identité de genre et ainsi de suite. La définition de l'identité du psychologue social français Tap (1979; dans Apfelbaum & Vasquez 1983 : 86) me semble la plus complète :
Ensemble des caractéristiques physiques, psychologiques, morales, juridiques, sociales et culturelles à partir desquelles la personne peut se définir, se présenter, se connaître et se faire connaître, ou à partir desquelles autrui peut la définir, la situer ou la reconnaître. L'identité, c'est ce par quoi l'individu se sent exister en tant que personne, dans tous ses rôles et toutes ses fonctions, se sent accepté et reconnu comme tel par autrui, par son groupe ou sa culture d'appartenance .
L'identité est en outre dynamique, c'est-à-dire qu'elle peut changer au cours du temps.
B. Stratégie identitaire
Procédures mises en oeuvre (de façon consciente ou inconsciente) par un acteur (individuel ou collectif) pour atteindre une ou des finalités (définies explicitement ou se situant au niveau de l'inconscient), procédures élaborées en fonction des différentes déterminations (socio-historiques, culturelles, psychologiques) de cette situation. (Lipiansky, Taboada-Leonetti et Vasquez 1990 : 23)
En fait, ce concept fait ressortir le pouvoir de décision de l'individu. L'individu peut en effet utiliser certaines dimensions de son identité à certains moments pour obtenir quelque chose et, d'autres dimensions, à un autre moment, pour obtenir quelque chose d'autre.
C. Identité ethnique
Sentiment d'appartenance à un groupe auquel les ancêtres, réels ou symboliques ont appartenu, ainsi qu'au sens qu'a une communauté de son unicité, de son unité, d'une histoire et d'un devenir partagés (adapté à partir de Isajiw 1990 : 35) (Meintel 1993 : 64)
D. Identité de couleur
Morrier (1995) utilise ce concept abondamment dans sa recherche sur les adolescents de l'adoption internationale. Pour elle, l'identité de couleur est :
l'individu se solidari(sant) avec sa communauté d'origine (Morrier 1990 : 107) et comporte une connaissance réelle de leur culture d'origine et des personnes qui la portent ou plutôt sur les symboles la représentant . (Morrier 1995 : 90) Morrier souligne que cette identité se développe en réaction à la discrimination . (Morrier 1995 : 98)
2. L'adoption internationale au Québec
A. L'historique de l'adoption internationale au Québec
Avant 1924, l'adoption était une affaire privée au Québec, relevant des familles, et n'était pas régie légalement. L'adoption était alors perçu comme une geste de générosité ou de charité. En outre, ce n'est que depuis le dix-neuvième siècle, en Occident, que l'enfance est considérée comme un groupe social distinct ayant besoin de protection. Ce qui veut dire que l'adoption est alors pensée comme une mesure de protection de l'enfance dont la responsabilité incombe à l'État.
En 1924, Québec émet la Loi concernant l'Adoption autorisant les nouveaux-nés laissés sans les crèches à être adoptés. Mais l'années suivante, en 1925, suite à des pressions diverses, Québec recule et remanie la loi.
Dans les années 1930, se développe un souci pour le bien-être des enfants et plusieurs sociétés d'aide à l'enfance sont créées.
En 1969, la loi est remaniée de fonds en comble. L'adoption devient alors une affaire d'État et n'est accordée que dans l'intérêt de l'enfant. Le gouvernement met également sur pied des moyens de contrôle.
En 1976 le livre blanc sur l'adoption note qu'en général, l'adoption internationale est gérée par des groupes privés. On se questionne sur la protection des adoptants face à ces intermédiaires privés, sur les critères possédés par les requérants (on craint que n'importe qui puisse adopter à l'étranger, même ceux ayant été refusés au Québec) et sur l'encadrement régissant les adoptions internationales.
En 1977, la loi sur la Protection de la Jeunesse accorde aux enfants des droits égaux à ceux des adultes. L'adoption devient alors officiellement une mesure de protection de jeunesse.
En 1979, la Loi modifiant la loi sur l'adoption vise à mieux encadrer la démarche de l'adoption afin à empêcher le traffic d'enfants et les adoptions illégales. Ce faisant, on cherche à restreindre les adoptions privées.
En 1980, Québec crée le Secrétariat à l'adoption ayant pour mission de gérer toutes les adoptions, aussi bien nationales qu'internationales.
En 1982, le Secrétariat à l'adoption devient le Secrétariat à l'adoption internationale (S.A.I.) alors que les adoptions nationales sont confiées à la Direction de la Protection de Jeunesse (DPJ). Cette même année, la Loi assurant l'application de la réforme du droit de la famille et modifiant le Code de procédure civile oblige tous les requérants québécois à recourir aux services du ministère des Affaires sociales, du directeur de la DPJ ou par une agence reconnue pour réaliser une adoption, nationale ou internationale.
En 1987, une nouvelle réforme législative oblige les requérants à subir une évaluation psychosociale afin de jauger leurs capacités parentales. En outre, un tribunal doit approuver leur projet d'adoption avant que l'adoption ne soit réalisée. Autrement dit, de nombreuses contraintes sont imposées aux requérants ainsi qu'aux intermédiaires. Selon Ouellette (1996), cette réforme fait également en sorte que les adoptions simples soient reconnues telles que les adoptions plénières pour les adoptions internationales.
En 1990, suite aux pressions des adoptants et des organismes tenant lieu d'intermédiaires, Québec modifie la loi. Les requérants en adoption internationale peuvent dorénavant faire faire leur évaluation psychosociale par des professionnels de pratique privée de leur choix, en autant qu'ils appartiennent aux ordres professionnels cités dans la loi. Outre, il n'est plus nécessaire qu'un tribunal québécois autorise le projet d'adoption préalablement. Cette réforme rend ainsi plus flexible le processus de l'adoption. Les requérants peuvent dès lors entreprendre leurs propres démarches en autant qu'ils n'aient pas de contact direct avec les parents biologiques avant que ces derniers n'aient autorisé l'adoption.
En 1993, la Convention de LaHaye prône la protection des enfants ainsi que la coopération en matière d'adoption internationale pour tous les pays la ratifiant.
B. L'adoption internationale au Québec : quelques statistiques
Au Québec, l'adoption internationale a connu une forte croissance depuis les trente dernières années, mais plus particulièrement depuis le début des années 1990. Ainsi, entre 1966 et 1989, il y aurait eu 2800 adoptions internationales. À partir de 1990, le nombre d'adoptions s'est accru en raison d'un assouplissement des lois au sujet de l'adoption internationale. (Beaulne et al 2000 : 5) C'est ainsi qu'entre 1990 et 1999, on compte 790 adoptions en moyenne annuellement à l'international. Notons toutefois qu'en 1998 et 1999, années pour lesquelles nous disposons de statistiques officielles, le nombre annuel moyen d'adoptions avait encore augmenté, soit 898 adoptions annuellement. Actuellement, les adoptions internationales représentent 70% des adoptions faites au Québec.
Au cours des années 1990, les enfants adoptés à l'étranger venaient majoritairement de Chine, d'Haïti, de Roumanie, de Russie, du Viet-Nam et du Mexique. En moyenne, ils étaient âgés de 23,3 mois, soit presque deux ans, lors de l'adoption. Par contre, les enfants âgés de onze mois et moins représentaient 60% des enfants adoptés. De plus, ces enfants étaient majoritairement de sexe féminin. En effet, 72,5% des enfants adoptés au cours des années 1990 étaient de sexe féminin. Beaulne, Lachance et Nguyen (2000) font toutefois remarquer que lorsque l'on exclue les enfants venant de Chine, la proportion d'enfants adoptés de sexe féminin chute à 53,6%.
3. Les adoptants : qui sont-ils?
A. La revue de littérature
Selon Beaulne, Lachance et Nguyen (2000), dans la décennie des années 1990, la plupart des parents adoptifs étaient âgés de 30 à 44 ans. La majorité (91,6%) des adoptants étaient des couples tandis que la majorité des personnes adoptant seules étaient des femmes. Cette proportion pourrait être influencée par les critères de sélection envers les adoptants émis par les pays étrangers favorisant principalement les couples et les femmes lorsque le requérant est célibataire. Près de la moitié des adoptants habitent la grande région de Montréal mais on en trouve aussi dans toutes les régions du Québec. La grande majorité des parents adoptent un enfant à la fois. Les statistiques émises par le Secrétariat à l'adoption internationale ne mentionnent pas les parents adoptant plusieurs enfants au cours des ans.
Les adoptants sont pour la plupart des couples infertiles mais certains ont déjà des enfants biologiques alors que d'autres sont des couples adoptant après une stérilisation volontaire. Des célibataires, surtout des femmes, adoptent aussi des enfants à l'étranger. Les coûts reliés à l'adoption internationale étant élevés, la majorité des adoptants sont plus ou moins aisés. (Ouellette et al 1999 : 2) Il semblerait que la possibilité d'adopter un bébé ou un enfant très jeune et des délais plus courts qu'à l'adoption domestique motivent les requérants à se tourner vers l'adoption internationale. (Ouellette et Séguin 1994 : 62)
Ouellette et Séguin (1994 : 44) notent que certains adoptants optent pour l'adoption internationale car il est plus difficile de retrouver les parents biologiques de l'enfant. Ouellette et al. (1999 : 17) soulignent que l'idée que l'enfant puisse avoir quatre parents insécurise les parents adoptifs et que pour y remédier, ils doivent réaffir(mer) leur statut exclusif de parents. Par contre, plusieurs adoptants veulent informer leur enfant adoptif au sujet de leur pays d'origine au moyen de souvenirs de voyage, de photographies ou de livres. (Ouellette 1996 a, 1996b, 1996c)
Certains parents adoptifs en viennent à se regrouper informellement. Belleau (1996 in Ouellette et al 1999 : 103) note que dans les albums de photographies des familles adoptives qu'elle a rencontrées, beaucoup de photographies représentaient d'autres familles adoptives.
Au niveau de l'identité ethnique de leur enfant adoptif, Ouellette (1997) affirme que :
"les parents adoptifs dans le cadre de ses recherches apparaissent favoriser un usage souple des référents identitaires distincts que sont l'origine particulière de l'enfant et la société québécoise, permettant que l'un et l'autre soient valorisés sans s'exclure. Les positions clairement assimilationnistes préconisant, sur ce plan, un effacement de l'identité d'origine sont nettement minoritaires." (in Ouellette et al 1999 : 113-114)
Une conseillère travaillant dans un CLSC auprès des familles ayant adopté des enfants à l'étranger m'a expliqué que ces enfants devaient apprendre à concilier leur culture d'origine et celle dans laquelle ils vivent quotidiennement. En effet, le passage d'un univers culturel à l'autre présumons pour les enfants adoptés tardivement - les déconcerte ce qui peut entraîner une grande colère puisqu'ils ne savent pas comment gérer la situation. Par contre, ils ont un grand besoin de ressembler à leurs parents adoptifs. Ces derniers jouent un rôle essentiel dans l'adaptation de leurs enfants. Ainsi, l'aisance des parents adoptifs envers cette culture d'origine favorise l'adaptation de leurs enfants. Ces derniers doivent pouvoir librement faire des choix en ce qui concerne leur appartenance envers ces différents univers culturels.
4. Les adolescents de l'adoption internationale au Québec
Les informations colligées dans cette section viennent de deux mémoires de maîtrise. La sociologue Ginette Morrier (1995) a ainsi fait une étude sur les jeunes issus de l'adoption internationale au Québec. Pour ce faire, elle a rencontré 21 jeunes âgés de 14 à 19 ans et ayant tous été adoptés avant l'âge de trois ans. La moitié de ces jeunes étaient issus de Corée et l'autre moitié, presque tous d'Haïti. Morrier a cherché à étudié l'influence de certains facteurs sur l'identité et les stratégies identitaires de ces jeunes. Ces facteurs sont : le genre, la couleur de la peau et la composition ethnique du milieu. Quant à Lussier, sa recherche porte sur le vécu scolaire des adolescents de l'adoption internationale. Elle a interviewé 27 jeunes des deux sexes âgés de 17 à 28 ans, habitant autant des centres urbains que de petites villes, ayant été adoptés à différents âge (0 à 13 ans) et provenant de différents continents (Asie, Caraïbes, Amériques Centrale et du Sud et Bangladesh).
A. Les relations avec la famille adoptive
Au niveau des liens avec la famille adoptive, les jeunes rencontrés par Morrier disent que leurs parents adoptifs ainsi que les familles de ces derniers les traitent comme leurs enfants biologiques. Plusieurs jeunes mentionnent des ressemblances avec leurs familles adoptives au niveau des "traits de caractère, de leurs manières et de leur mentalité". (Morrier 1995 : 72) Ceci suggère que ces jeunes s'identifient à leur famille adoptive. Lussier (1993) abonde dans le même sens, mais elle note que certains jeunes adoptés tardivement ont des difficultés relationnelles avec leur famille biologique. (Lussier 1993 : 139)
B. Les origines
La plupart de ces jeunes sont peu ou pas intéressés par leurs origines. Dans ces cas-là, ils ont mentionné que leurs "parents biologiques étaient de purs étrangers" (Morrier 1995 : 72) ou que les recherches pour les retrouver étaient difficiles ou impossibles. Par contre, certains jeunes envisagent de faire des recherches dans le futur et quelques-uns ont même entamé des recherches. Morrier fait remarquer que pour certains, "ce sont les questions des autres qui les amènent à réfléchir à cela, parce qu'eux se sentent tellement comme les autres qu'il n'y pensent jamais". (Morrier 1995 : 73) Mentionnons que tous les jeunes ne réagissent pas de la même façon aux questions des autres. Certains n'y voient ainsi pas d'inconvénients alors que d'autres en sont contrariés. (Morrier 1995 : 73) Morrier note que les jeunes qu'elle a rencontrés qui faisaient des recherches pour retracer leurs parents biologiques avaient des relations difficiles avec leur famille adoptive et les autres jeunes de leur âge en général, des problèmes scolaires et avaient subi des "expériences de racisme traumatisantes". (Morrier 1995 : 75) Morrier fait aussi remarquer que ces jeunes "espèrent une amélioration de leur situation par la connaissance de leurs origines". (Morrier 1995 : 75) Nous reviendrons sur cette question dans la section sur les retrouvailles.
C. Les pays d'origine
La majorité des jeunes ne s'intéressent pas à leur pays d'origine et connaissent peu de choses à ce sujet bien que leurs parents adoptifs aient pu tenter de les y intéresser (livres, photos, nouvelles à la télé). Morrier note toutefois que presque aucun parent adoptif "n'a tenté de mettre leurs enfants en relation avec des ressortissants canadiens de leur communauté d'origine". (Morrier 1995 :78) Certains jeunes envisagent de visiter ce pays alors que d'autres refusent catégoriquement d'y aller. (Morrier 1995 : 78) Morrier émet l'hypothèse :
"qu'ils n'ont pas d'intérêt pour leur pays d'origine parce qu'aucune identification n'est possible avec celui-ci, hormis leurs traits physiques. En effet, aucun souvenir et aucun lien affectif avec leur pays de naissance ne subsiste, puisque les jeunes de notre échantillon ont été adoptés avant l'âge de trois ans. Ils se sentent aussi étrangers par rapport à ce pays que le sont les autres Québécois. Cette distance par rapport au pays de naissance peut signifier également leur désir de s'intégrer sans ambiguïté au pays dans lequel ils vivent et où se jouera leur avenir. Enfin, [...] le fossé entre leur mode de vie et celui du pays d'origine en rebute quelques-uns que la pauvreté effraie". (Morrier 1995 : 80)
D. L' identité
La majorité des jeunes que Lussier (1993) a rencontrés s'identifient aux Franco-Québécois. Cette auteure note que l'âge d'arrivée au Québec a une grande influence sur l'identité des adolescents de l'adoption internationale. Ainsi, plus l'enfant est arrivé jeune, plus il s'identifiera aux Franco-Québécois alors que les jeunes arrivés tardivement s'identifieront à leur communauté d'origine ou se diront "mêlés", c'est-à-dire appartenant aux deux groupes. (Lussier 1993 : 131) Morrier a répertorié trois stratégies identitaires chez les jeunes de l'adoption internationale : assimilationniste, biculturelle et internationaliste. Notons que chaque jeune peut présenter plus d'une stratégie simultanément et changer de stratégie à travers le temps. Toutefois, l'option assimilationniste est la plus populaire. (Morrier 1995 : 81)
1. Assimilationniste
Ces jeunes se disent Québécois car ils ont la même culture. Plusieurs se voient comme des "Blancs" et mentionnent que les "personnes qui les connaissent oublieraient selon eux leur différence physique". (Morrier 1995 : 83) La plupart des amis de ces jeunes sont d'origine franco-québécoise. Ces jeunes sont, de plus, indifférents ou évitent les membres de leur communauté d'origine. Morrier note que certains répondants ont peur "d'être confondus" avec ceux-ci. (Morrier 1995 : 84)
Parmi les assimilationnistes, on dénombre trois sous-groupes : les confortables, les volontaristes et les inconfortables.
A. Assimilationniste confortable
Ils n'ont jamais rencontré de difficultés à s'intégrer dans la société québécoise et ne considèrent pas leur couleur comme un "obstacle dans leurs relations avec les autres". (Morrier 1995 : 85)
B. Assimilationniste volontariste
Contrairement aux premiers, ils ont rencontré des difficultés dans leur intégration à la société québécoise mais ils pensent les avoir surmontées. À certains moments de leur vie, ils n'acceptaient pas leur couleur mais ils ont fini par le faire. (Morrier 1995 : 86)
C. Assimilationniste inconfortable
Ces jeunes rencontrent des difficultés dans leur intégration auxquelles ils n'ont toujours pas trouvé de solution. Ainsi, certains adolescents n'acceptent pas leur couleur et considèrent que celle-ci constitue un obstacle dans leurs relations avec les autres. (Morrier 1995 : 87) Une des jeunes que Morrier a recontré affirme que :
"Je me considère comme Québécoise mais tu ne peux pas vraiment te considérer comme Québécoise, comme acceptée quand tout le monde ne te considère pas comme Québécoise". (propos d'Isa in Morrier 1995 : 87)
Ces propos soulignent l'importance du regard des autres dans la perception de soi et de son identité.
Dimensions significatives des types de stratégies identitaires des adolescents de l'adoption internationale |
| DIMENSION | TYPES DE STRATÉGIES IDENTITAIRES |
| Assimilationnistes | Biculturels | Internationalistes | |
Identité première |
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| Rapport à l'identité de couleur |
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| Relations sociales |
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| Rapport à la communauté d'origine |
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| Rapport au pays d'origine |
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| Stratégies instrumentales privilégiées |
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Source : (Ginette Morrier 1995 : 82)
2. Biculturelle
Ils se perçoivent Québécois mais ils sont aussi fiers, à divers degré, de leur couleur. Notons que ces jeunes proviennent tous des Antilles. Ils ont des amis parmi les Franco-Québécois et parmi les personnes de la même couleur qu'eux. Ils sont également attirés par la culture afro-américaine où ils s'identifient à certains sportifs, musiciens, comédiens, politiciens et ainsi de suite. Morrier souligne que ces jeunes "sont tous dans une phase exploratoire (Phinney, 1989) de leur identité de couleur [...] et que tout au long de l'exploration de leur identité de couleur, les adoptés se butent à des contradictions entre leurs valeurs et celles des personnes de leur couleur". (Morrier 1995 : 89-90) Certains jeunes ont ainsi une identité de couleur plus symbolique parce qu'ils n'ont pas de contacts avec des personnes de leur communauté d'origine. D'autres jeunes portent un regard critique autant sur les Franco-Québécois que sur leur communauté d'origine. (Morrier 1995 : 90) Morrier note que contrairement aux autres Noirs, "l'adoption par des parents blancs donne (aux jeunes de l'adoption internationale) un lien symbolique positif avec les Blancs". (Morrier 1995 : 93) Ainsi, selon Morrier, les jeunes de l'adoption internationale, à moins de couper tous les ponts avec leurs parents adoptifs, ne s'intégreront jamais totalement à leur communauté d'origine. Morrier souligne également que "certains de nos répondants ont rejeté ou se sont fait rejeter par des personnes de leur couleur, à cause des contradictions entre leurs valeurs produites par une socialisation différente". (Morrier 1995 : 93) Morrier émet l'hypothèse que les jeunes développent une identité de couleur en "réaction à la discrimination". (Morrier 1995 : 98)
3. Internationnaliste
Ces jeunes accordent de l'importance à la personnalité et aux affinités et non à la culture, la couleur ou la nationalité. (Morrier 1995 : 93) Ils privilégient l'ouverture culturelle et le métissage. (Morrier 1995 : 94). Ils s'identifient peu ou pas à la société québécoise et ont peu ou pas d'identité de couleur. Ils ont des amis provenant de tous les groupes ethniques. Morrier note qu'un ou les deux parents de ces adolescents ne sont pas nés au Canada ou ont vécu plusieurs années à l'extérieur du pays. (Morrier 1995 : 94)
E. Les préjugés, discrimination et racisme : stratégies utilisées par les jeunes pour y faire face
Les adolescents de l'adoption internationale sont confrontés aux stéréotypes, à la discrimination et au racisme. Pour la plupart, cela commence lorsqu'ils entrent à l'école. Certains rapportent que leur étude primaire ou secondaire ont été particulièrement difficiles à cause de cela mais il semblerait qu'au cégep, cela cesse. (Morrier 1995 : 101) Tous les jeunes que Morrier a rencontrés et près de la majorité des jeunes rencontrés par Lussier ont été victimes de "moqueries à cause de leur couleur". (Morrier 1995 : 101; Lussier 1993 : 132) Quelques jeunes ont affirmé que leur couleur leur causait des difficultés pour se faire des amis ou des amoureux . Dans quelques cas, des adolescents ont été menacés par des skinheads. (Morrier 1995 : 102)
Les jeunes de l'adoption internationale adoptent différentes stratégies pour faire face à la discrimination et au racisme. Notons que la plupart de ces stratégies ont été inspirées par les parents adoptifs puisque plusieurs d'entre eux en avaient discuté avec leurs enfants pour les préparer à faire face au racisme. (Morrier 1995 : 102)
1. Sociabilité
C'est la stratégie la plus populaire. Comme la personnalité est le principal outil pour se faire des amis ou participer à des activités, être différent des autres facilite ici les choses. (Morrier 1995 : 103) Pour se faire, les jeunes vont "s'impliquer, être gentils, jovial et prendre les devants". (Morrier 1995 : 103) Le réseau social protège en outre les adolescents de l'adoption internationale "contre les agressions extérieures, mettant du baume sur les blessures qu'elles occasionnent". (Morrier 1995 : 109)
2. Exemplarité
Cette stratégie consiste à exceller dans tout ce que l'on entreprend et à avoir un comportement irréprochable (politesse, discrétion). (Morrier 1995 : 103) Morrier considère cette stratégie comme "perdante" car se faisant, les jeunes doivent "ignorer leurs besoins". (Morrier 1995 : 100)
3. Invisibilisation
Les jeunes cherchent à éviter de se faire remarquer en s'effaçant et en ne ripostant pas . (Morrier 1995 : 104) Les jeunes qui se sentent trop souvent le centre d'attention à cause de leur différence physique ont tendance à privilégier cette stratégie. (Morrier 1995 : 104) Tout comme l'exemplarité, Morrier soutient que cette stratégie est perdante pour la même raison.
4. Minimisation de l'impact du racisme
La discrimination existe mais en raison des lois condamnant le racisme au Québec et de l'amélioration des relations interethniques, il est possible d'être optimistes. (Morrier 1995 : 104)
5. Contournement
Comme on ne peut rien faire pour changer la situation présente sur le racisme, on évite de s'en faire [...] [au sujet] quelque chose d'inévitable. (Morrier 1995 : 105)
6. Évitement des racistes
On recherche les contacts avec les personnes qui ne sont pas racistes et on évite celles qui le sont.. (Morrier 1995 : 105)
7. Affrontement
Cette stratégie a été utilisée par quelques répondants. Elle consiste en de la violence verbale et/ou physique [...] et traduirait une impuissance à maîtriser [son] environnement . (Morrier 1995 : 106)
8. Assimilation
Cette stratégie vise à devenir semblable à la majorité de la population en adoptant les normes de celle-ci et en évitant de se différencier de la majorité. Pour se faire, il semblerait que les jeunes intériorisent les stéréotypes positifs et négatifs que la société d'accueil peut véhiculer à l'égard de leur groupe (d'origine) . (Morrier 1995 : 106) Pour éviter les stéréotypes négatifs, certains jeunes vont se distancier de leur communauté d'origine en affirmant n'avoir aucune attirance envers elle. (Morrier 1995 : 107) Par contre, certains adolescents vont condamner ces stéréotypes, positifs ou négatifs, puisqu'ils sont irréels. (Morrier 1995 : 107)
9. Développement d'une identité de couleur
Cette stratégie collective consiste à se solidariser avec sa communauté d'origine . (Morrier 1995 : 107)
10. Retournement sémantique
En transformant le négatif en positif , on parvient à revaloriser son groupe d'origine bien que la société le dévalorise. (Morrier 1995 : 107)
11. Militantisme
Cette stratégie collective politique vise à provoquer une conscientisation par rapport au (racisme) afin d'amener un changement social . (Morrier 1995 : 108)
F. Facteurs influençant l'identité des adolescents de l'adoption internationale
Les perceptions que les adolescents de l'adoption internationale et celles que les gens les entourant entretiennent à leur sujet varient en raison de leur origine ethnique/couleur et de leur genre.
1. Influence de la couleur/origine ethnique
Perceptions
et stratégies contrastées des Asiatiques et Antillais, |
| Dimensions | Groupes |
| Asiatiques | Antillais | |
| Rapport à la couleur |
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| Expérience personnelle du racisme |
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| Perception de l'attitude de la société québécoise par rapport à leur communauté d'origine |
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| Perception personnelle de leur communauté d'origine |
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| Rapports avec la communauté d'origine |
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| Perception personnelle de leur pays d'origine |
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| Quête des origines |
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| Vision de leur avenir dans la société québécoise |
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| Stratégies particulières |
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Source : (Morrier 1995 : 112)
L'intégration des adoptés d'origine asiatique dans la société québécoise se fait ainsi aisément alors qu'ils rencontrent peu de discrimination. L'assimilation à la société québécoise est donc privilégiée pour ces jeunes. (Morrier 1995 : 114) Par contre, les adoptés d'origine antillaise font face à plus de rejets en raison de préjugés, de stéréotypes négatifs et de racisme envers les Noirs, ce qui expliquerait la variété des stratégies qu'utilisent ces jeunes pour y faire face ainsi que le développement d'une identité de couleur. (Morrier 1995 : 128) Morrier souligne en outre que les adoptés d'origine antillaise traversent tous une phase de rejet de leur couleur mais qu'avec le temps, toutefois, ils finissent par en être fiers. Il semblerait que ces jeunes aient tous vécu comme un choc la découverte d'avoir une apparence physique différente de celle du groupe majoritaire. (Morrier 1995 : 130)
2. Influence du genre
Morrier (1995) a noté plusieurs différences entre les adolescents et les adolescentes de l'adoption internationale. Les filles auraient ainsi plus de difficultés que les garçons à accepter leur couleur. En outre, elles chercheraient davantage à plaire et accorderaient plus d'importance à leur apparence physique alors que les garçons seraient davantage préoccupés par leur force physique et chercheraient à se faire respecter. (Morrier 1995 : 131) Morrier explique ainsi ce phénomène :
"les différences constatées entre les sexes nous apparaissent comme le produit d'une socialisation spécifique à chacun et du racisme différencié dans la société québécoise envers les diverses minorités de couleur. L'image de soi des filles est très influencée par l'évaluation que les autres font de leur apparence. Celles qui perçoivent que leur couleur les rend moins compétitives en ce qui concerne les relations amoureuses ont tendance à vivre cette couleur comme un handicap." (Morrier 1995 : 141)
Morrier note également que les filles noires se feraient souvent rejeter par les garçons blancs dans les relations amoureuses, ce qui contribuerait au développement d'une identité de couleur plus importante chez elles que chez les garçons noirs en raison d'une intégration plus difficile que pour tous les autres adoptés à la société québécoise. (Morrier 1995 : 136-137) Les adoptées d'origine asiatique auraient tendance à se distancier ou à rejeter davantage leur communauté d'origine que les adoptés d'origine asiatique. (Morrier 1995 : 138) Les filles opteraient également davantage pour des stratégies moins agressives que les garçons en réaction au racisme. (Morrier 1995 : 131, 142-143)
G. La vie scolaire
Lussier note que l'ethnicité n'influence pas le vécu scolaire (résultats scolaires et relations avec les pairs). Par contre, l'âge à l'adoption semble jouer un rôle bien qu'il n'explique pas tout. (Lussier 1993 : 118) Des parents adoptifs hautement scolarisés semblent ainsi favoriser la vie scolaire des adolescents de l'adoption internationale. (Lussier 1993 : 119) La majorité des répondants de Lussier avaient un retard scolaire causé par différentes raisons : troubles graves d'apprentissage, maladie, échecs, problèmes de langage et/ou de comportements puis, l'âge de l'arrivée des enfants . (Lussier 1993 : 120) Mais, malgré ces retards, plusieurs jeunes ont poursuivi leurs études après le secondaire. Lussier note que les jeunes ayant fréquenté des établissements scolaires privés semblaient mieux réussir. (Lussier 1993 : 121) Les jeunes ayant abandonné leurs études avaient majoritairement été adoptés tardivement et avaient des problèmes relationnels. (Lussier 1993 : 123) Cette auteure note également que la majorité des enfants arrivés après l'âge de cinq ans ont eu besoin de consultations professionnelles . (Lussier 1993 : 124)
5. Recherche d'antécédents sociobiologiques et retrouvailles à l'international
Au Québec, la loi autorise toute personne âgée d'au moins 14 ans à avoir accès à un sommaire de ses antécédents sociobiologiques (excluant tout renseignement nominatif tel que noms, adresses, etc.) . Si le parent biologique ainsi que la personne adoptée sont tous deux d'accord, chaque partie peut obtenir des renseignements nominatifs sur l'autre leur permettant ainsi de se contacter. Le Secrétariat à l'Adoption Internationale peut ainsi agir comme intermédiaire entre les deux parties, informant sans solliciter l'un du désir de l'autre de le rencontrer. Par contre, il semblerait que certaines personnes (adoptées ou adoptives) ayant en leur possession les informations nécessaires pour retracer les parents biologiques effectuent leurs propres démarches. Il semblerait, en outre, que c'est l'enfant adopté qui a le droit à ses origines et non le parent biologique qui a le droit de retracer son enfant bien qu'il puisse le désirer.
Au cours des deux dernières années, une cinquantaine-soixantaine de demandes de service ont été déposées auprès du S.A.I. pour des antécédents sociobiologiques ou des retrouvailles. La majorité de ces demandes avaient été faites par les enfants adoptifs dont la moyenne d'âge se situait autour de 21,4 ans [1]. Dans les autres cas, des membres de la famille adoptive ou les mères biologiques avaient fait la demande. Cette dernière année, plusieurs demandes auront été faites par des jeunes de 13-14 ans avec l'accord de leurs parents adoptifs. Notons également que deux fois plus de filles adoptées que de gaçons adoptés entament une procédure de retrouvailles. En ce qui concerne le temps d'attente, comme il n'y a pas de liste d'attente au S.A.I. en raison du petit nombre de demandes, le délai d'attente se situe entre l'ouverture du dossier et le retraçage du dossier d'adoption, ce qui peut prendre environ deux semaines. Bien qu'il faille rédiger un sommaire d'antécédents sociobiologiques par la suite, celui prend aussi peu de temps. Il semblerait donc que tout puisse se régler en quelques mois. Notons toutefois que la professionnelle que j'ai interviewé à ce sujet m'a souligné qu'elle n'avait pas eu encore de cas où les démarches à l'étranger avaient traîné en longueur, ce qui n'est pas garanti dans tous les cas.
Le processus des retrouvailles comporte différentes étapes. Madame Y, la professionnelle en retrouvailles à l'international que j'ai rencontrée, me souligne que dans bien des cas, même si les requérants sont bien décidés, ceux-ci prennent un temps de réflexion avant de passer à l'étape suivante car ce processus est douleureux et ambivalent. Elle explique ce phénomène en disant que les retrouvailles leur permettent d'obtenir des choses mais qu'il est possible de perdre autres choses. Elle note que les adolescents ont plus de difficultés que les adultes. Madame Y suggère que tous ceux effectuant ces démarches devraient avoir un bon suivi psychosocial avant, durant et après les retrouvailles, en raison du risque énorme de déception puisque souvent ces retrouvailles sont tellement idéalisées que la réalité peut donner un choc. Le S.A.I. n'a pas les ressources pour donner cet accompagnement par contre il peut demander aux Centres jeunesse de le faire. Madame Y mentionne que certaines personnes ont, pendant des années, pensé que le fait qu'ils étaient adoptés était la cause de toutes leurs difficultés. Par le même processus, l'idée que rencontrer sa mère biologique réglera bien des maux transforme celle-ci en une mère idéale. Si la réalité ne correspond pas à cet idéal, il faut être capable d'y faire face.
La première étape consiste à faire une demande, généralement par téléphone. Madame Y remplit ensuite un formulaire y consignant toutes sortes d'informations, telles le lieu de naissance, la date de naissance, etc, qui lui permettra de retracer le dossier d'adoption. S'il s'avère impossible de retracer ce dossier, il sera très difficile de retracer les parents biologiques. Les dossiers d'adoption datés après 1985 sont très faciles à retrouver puisque le S.A.I. les a tous en filière. Par contre, la situation datant avant 1985 est plus compliquée. Ainsi, le S.A.I. possède plusieurs dossiers mais ceux-ci pourraient être moins bien montés, donc contenant moins de renseignements. Depuis quelques années, le S.A.I. a demandé aux organismes agréés en adoption internationale de leur faire parvenir leurs dossiers afin de fusionner les informations. Dans les cas où il serait impossible de retrouver le dossier, les requérants peuvent être placés sur une liste d'attente comme cela se produit pour les retrouvailles au provincial. Par contre, madame Y souligne que jusqu'à présent, elle a retracé la grande majorité des dossiers d'adoption.
La deuxième étape consiste à rédiger le sommaire d'antécédents sociobiologiques ou autrement un résumé du dossier d'adoption excluant toutes les données nominatives.
Dans un troisième temps, le S.A.I contacte les autorités du pays d'origine. Selon les pays, cette démarche peut être aisée ou non. La Corée et la Thaïlande seraient toutes deux très ouvertes à cette question et sont bien structurées et organisées, offrant des services de traduction de documents, d'interprètes et de soutien psychosocial. Ils organisent également des voyages culturels constituant en quelque sorte un pèlerinage ou un retour aux sources. Dans certains cas, des visites à l'orphelinat sont organisées. Madame Y pense que ces voyages culturels peuvent être très intéressants pour ceux dont il est impossible de retracer les parents biologiques lorsque ces derniers refusent de les rencontrer. Madame Y souligne que la quête des origines n'est pas juste celle des parents biologiques, cela peut être également celle de l'univers culturel dans lequel on est né. Par contre, certains pays, notamment ceux de l'Europe de l'Est, sont plus fermés à la question des retrouvailles. Dans d'autres pays, comme Haïti, des personnes d'organismes agréés y oeuvrant depuis plusieurs années peuvent servir d'intermédiaires.
Quatrièmement, le S.A.I. va tenter de localiser les parents biologiques et une fois que cela est fait, les informer du désir de l'enfant biologique de les retrouver et obtenir leur consentement avant de procéder aux retrouvailles proprement dites.
D'après madame Y, la plupart des jeunes de l'adoption internationale entreprenant des retrouvailles désirent le faire afin de mieux comprendre qui ils sont.
Madame Y a beaucoup de réticences lorsque de jeunes personnes (en bas de 18 ans) font des demandes de retrouvailles car elle ne croit pas que l'adolescence soit le meilleur moment pour faire une telle démarche. En effet, leurs demandes sont plus souvent confuses et ils ont plus de difficultés à savoir ce qu'ils veulent exactement et à préciser leurs besoins. Elle note que durant la dernière année, plusieurs jeunes de 13-14 ans ont fait des demandes et dans certains cas, selon l'avis d'un professionnel de la santé. Madame Y se questionne à savoir si la démarche de retrouvailles pour ces jeunes déjà en difficulté est favorable ou non. Elle note que dans ces cas, les parents ayant déjà essayé plein de choses afin d'aider leur enfant se tourne alors vers les retrouvailles. Elle dit que si elle a des demandes qui aboutissent (rencontre du parent biologique), elle va suivre ces jeunes de près afin de pouvoir conseiller plus adéquatement d'autres parents faisant face à la même situation.
Les réticences de madame Y au sujet de l'âge favorable est partagée par la psychologue Louisiane Gauthier (1994) notamment.
Conclusion
Cette recherche nous a permis de constaster que les jeunes de l'adoption internationale traversent l'adolescence différemment. Certains avec aisance et d'autres avec plus de difficultés. Morrier (1995) a montré que le regard des autres sur soi, la confrontation à des préjugés, de la discrimination ou du racisme selon le groupe ethnique d'origine ainsi que le genre modèlent les stratégies identitaires que ces jeunes développeront. Toutefois, la tendance générale se veut à l'intégration à la société dans laquelle on vit : le Québec. Lussier (1991) a toutefois soulevé l'influence de l'âge à l'adoption.
Les adoptants ont tendance à être infertiles, en couples hétérosexuels, et à avoir une scolarité et un revenu plus élevé que la moyenne des parents. La mère que j'ai rencontrée nous a confié le long cheminement qu'a été le processus d'adoption. Elle m'a aussi affirmé que son fils n'avait pas vécu de problème particulier et que la situation des requérants en adoption internationale s'est améliorée depuis la dernière décennie.
La rencontre avec la professionnelle en retrouvailles m'a aussi éclairé sur les démarches nécessaires et les possibilités réelles de les mener à terme. Ce long processus demande préparation et soutien si l'on ne veut pas être trop déstabilisé. Toutefois, il semble préférable d'effectuer cette démarche à partir de l'âge adulte.
Je trouve la recherche que j'ai effectuée trop théorique. J'aurais souhaité idéalement rencontrer une dizaine d'adolescents de l'adoption internationale ainsi que leurs parents. Avoir effectué cette recherche durant un autre moment de l'année ainsi que durant une plus grande période de temps, j'aurais plus de temps pour développer une réseau et peut-être que le bouche à oreille aurait été une vraie mine d'or! En outre, en raison des recherches de Lussier (1991) et Morrier (1995), il aurait été intéressant de rencontrer des jeunes adoptés tardivement des deux sexes pour ainsi évaluer l'influence de l'âge à l'adoption sur l'intégration sociale de ces jeunes et leurs stratégies identitaires.
[1] Données internes partielles du Secrétariat à l'adoption internationale (2000) : Statistiques cumulatives de 1997 à 1999.
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SECRÉTARIAT À L'ADOPTION
INTERNATIONALE
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Historique sur le site internet du
SAI : www.msss.gouv.qc.ca/adoption/_fr
Annexe A : Ressources
Secrétariat à l'adoption
internationale
Téléphone : (1-514) 873-5226 1-800-561-0246
www.msss.gouv.qc.ca/adoption/_fr
Associations québécoises d'adoptants
| Nom | Coordonnées |
| Adoption Estrie | Téléphone : (1-819) 566-6865 |
| Adoption Internationale Démocratique pour Enfants (AIDE) | Téléphone : (1-450) 661-1515 |
| Association des Parents Adoptants de Baie-Comeau | Téléphone
: (1-418) 589-6531 apabc@globetrotter.qc.ca |
| Association des Parents des Enfants du Monde (APEM) | Téléphone
: (1-819) 538-1977 www.quebecadoption.net apem@quebecadoption.net |
| Association des Parents en Adoption Internationale du Saguenay Lac-St-Jean | Téléphone
: (1-418) 668-6945 apaisj@quebecadoption.net |
| Fédération des Parents Adoptants du Québec (FPAQ) | Téléphone
: (1-514) 990-5307 (boîte vocale) www.quebecadoption.net fpaq@quebecadoption.net |
| Association des Familles Québec-Asie | Téléphone : (1-514) 990-2446 (Andrée Drolet) |
| Familles au Coeur Québécois | Téléphone
: (1-819) 684-8480 facq@infonet.ca |
| L'Association des Parents Adoptifs d'Enfants Roumains | Téléphone
: (1-450) 434-4978 (Mme Bissonette) Téléphone : (1-450) 688-0341 (Mme Tommasini) www3.sympatico.ca/tommasini.lepore/AQAIFRENCH.html tommasini.lepore@sympatico.ca |
| Adoptive Families of Quebec | Téléphone : (1-514) 694-7665 |
CLSC offrant des services particuliers de soutien et d'assistance aux parents adoptifs
| Nom | Région | Coordonnées |
| Le Centre de Santé et CLSC Paul Gilbert | Québec | Téléphone : (1-418) 380-8992 poste 2254 johanne_lemieux@ssss.gouv.qc.ca |
| CLSC
Saint-Louis-du-Parc : Prévention et intervention
psychothérapeutique (seul ou groupe) |
Montréal | Téléphone : (1-514) 286-9657 |
Soutien lors de retrouvailles
| Nom | Coordonnées |
| Groupes Familiaux
de Retrouvailles Apprivoisées Personne-ressource : Monique Lecours |
Téléphone :
(1-514) 257-4809 www.qfra.qc.ca adoption@qc.aira.com |
Annexe B
Organismes agréés d'adoption internationale
| Nom | Pays et date d'agrégation | Coordonnées |
| Accueillons Un Enfant | Haïti (1990) | Téléphone :
(1-418) 651-2608 www.accueillons.org accueillons@hotmail.com |
| Agence d'Adoption le Nid Familial au Québec | Russie (1995) Ukraine (1999) |
Téléphone :
(1-514) 735-8998 elena@internauts.ca |
| Agence Québécoise d'Adoption Internationale | Roumanie (1991) | Téléphone :
(1-418) 847-6233 aqai@globetrotter.qc.ca |
| Appel | Colombie (1991) | Téléphone :
(1-819) 564-2843 appelin@globetrotter.net |
| Au Berceau de la Vie | Russie (1997) | Téléphone :
(1-514) 421-9974 roiz@sympatico.ca |
| Enfance Sans Frontières | Bélarus (1998) | Téléphone :
(450) 969-9297 enfance.hypermart.net tv@colba.net |
| Enfants du Monde | Chine (1990) Inde (1997) |
Téléphone :
(1-514) 332-6332 1-800-381-3588 www.enfantsdumonde.org |
| Enfants d'Orient | Corée du Sud
(1990) Thaïlande (1991) Taiwan (1990) |
Téléphone :
(1-514) 881-1514 pages.infinit.net/patrijam lolaw@sympatico.ca |
| Fondation d'Adoption Avenir d'Enfants | Bulgarie (1994) | Téléphone : (1-514) 685-9116 |
| Société d'Adoption Parents Sans Frontières | Chine (1991) | Téléphone :
(450) 652-1992 psf@total.net |
| Société d'Adoption Québécoise Une Grande Famille | Russie (1993) Géorgie (1995) |
Téléphone :
(1-514) 952-8725 viktoriareuter@hotmail.com adoptionca@yahoo.com |
| Société Formons Une Famille | Chine (1991) Philippines (1993) Cambodge (1994) Viêt-Nam (1998) Île Dominique (1998) |
Téléphone :
(1-514) 287-7290 Téléphone : (1-418) 386-3080 pages.infinit.net/sfuf ffamille@videotron.ca |
| Soleil des Nations | Bolivie (1991) Colombie (1991) Haïti (1991) |
Téléphone :
(1-819) 693-3223 www.soleildesnations.org courrier@soleildesnations.org |
| Terre des Hommes | Honduras (1990) Viêt-Nam (1993) Moldavie (1999) Roumanie (1999) |
Téléphone :
(1-514) 937-3325 www.tdh.ca tdhcan@cam.org |