Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 13, numéro 67, décembre 2001

Madame Berthe Marcotte
Petite soeur de l'Assomption

Présence et travail en milieux populaires

Essai d'un partage de mon expérience de bénévolat, de ses richesses, des défis et des questionnements qui en découlent et qui parfois me laissent perplexe car, il faut bien le dire, la ligne de démarcation est mince entre un travail non rémunéré par un organisme et du bénévolat.

Expérience de bénévolat et questionnements

Lorsque l'on m'a demandé de partager mon expérience de bénévolat ma première réaction a été celle-ci : pour moi, je ne considère pas que j'ai fait beaucoup de bénévolat dans ma vie ! Je réalise que j'ai été pendant plusieurs années une travailleuse dans des organismes communautaires, non rémunérée par ceux-ci. J'ai finalement accepté d'y réfléchir et de partager avec vous mon expérience en tant que bénévole et travailleuse non rémunérée.

Arrivée aux habitations Jeanne-Mance en 1967 comme résidante, je portais un rêve et ce rêve a soutenu mon agir durant ces années, c'est-à-dire; la prise en charge par la collectivité.

À la demande de plusieurs résidantes, une association de locataires voit le jour après plusieurs années de présence, d'efforts, d'implication multiples.

J'ai donc été amenée à me situer dans cette dynamique communautaire en m'engageant dans un travail qui ne pouvait pas être rémunéré par l'organisme qui venait de naître, en avril 1974. Ce n'est qu'en 1987 que l'Association a pu me verser un salaire à demi-temps.

En 1991, à mes 65 ans, j'ai décidé de céder ce revenu et permettre à une autre personne d'en bénéficier puisque je recevais la Sécurité de vieillesse. Ici, une question se pose : le fait de ne pas avoir de salaire et de continuer le même travail avec le même horaire peut-il être qualifié de bénévolat ?

Cela dit, voici en quoi consiste mon implication :

- Membre du Conseil d'administration

- Participation à des comités : environnement, recyclage, événements spéciaux

- Active dans l'équipe de distribution qui couvre les 788 logements en déposant à chaque porte le journal de l'organisme et autres informations concernant les activités des comités.

J'ai aussi travaillé à la publication du livre : « Contre vents et marées. Fenêtre ouverte sur 25 ans d'histoire ». Par l'Association des locataires des Habitations Jeanne-Mance.

Mise sur pied du Comité Emploi

En juin 1996, suite à la construction d'un complexe cinématographique, en face des habitations Jeanne Mance, et après avoir participé aux audiences publiques, des résidantes et des intervenantes communautaire ont mis sur pied le Comité Emploi. L'objectif : interpeller les institutions, les commerçants qui s'installent au Centre-ville, de façon à favoriser le maximum d'emploi pour les jeunes et les moins jeunes vivant dans le quartier. Je suis active dans ce comité depuis les débuts.

Prendre le temps de vivre et d'ensemencer la terre

Pendant quelques années, j'ai fait partie du Conseil d'administration du Jardin communautaire des Habitations Jeanne-Mance, qui contient 54 lopins de terre. Les jardinières sont de culture diverse : bangladeshie, italienne, vietnamienne, chinoise, québécoise... Ce qui est riche en légumes variés et en contacts naturels.

Interaction famille d'Hochelaga Maisonneuve : un milieu de vie et d'appartenance.

Je suis impliquée dans cette maison de la famille depuis le début de son existence en 1988. Actuellement, j'ai la responsabilité d'un déjeuner causerie à tous les lundis et je demeure disponible pour des présences à domicile pour des familles avec de jeunes enfants pour permettre aux parents d'avoir un petit répit.

Je fais aussi du classement de dossiers, des téléphones, etc. Je participe aux rencontres d'équipe.

Les femmes se mobilisent

En 1995, après l'événement de la "Marche des femmes, du pain et des roses", ayant été une heureuse marcheuse, j'ai désiré devenir une bénévole de la Fédération des femmes du Québec. Il s'agit d'envois postaux 4 à 5 fois par année aux groupes et personnes membres de l'organisme.

Deux constatations à partir de mon expérience 

Au sein de l'organisme :

Ce que je constate dans mon expérience c'est l'importance d'un processus de gestion autant au niveau bénévolat qu'à celui de travailleuse non rémunérée. Ce processus gagnerait à être davantage cerné par l'organisme de façon à établir certains paramètres et voir la manière de les appliquer.

En action dans le bénévolat

J'ai souvent été mise en situation où je portais plusieurs "chapeaux", compte tenu de mon implication dans des organismes communautaires sans beaucoup de ressources humaines et financières.

Ex. : le bénévole s'il fait partie du Conseil d'administration devient le "patron" du personnel en place et a la responsabilité de la gestion de l'organisme.

Ceci peut expliquer la complexité avec laquelle il faut composer en tant que bénévole.

En terminant, j'aimerais profiter de cette occasion pour redire qu'il y a tout un déblayage à faire concernant ce que l'on nomme bénévolat.

Des amorces sont commencées

"Pour des travailleuses et travailleurs non-rémunérés", le Pavillon d'Éducation communautaire (PEC) se dote d'une politique de reconnaissance. (réf. : Journal de l'Est, nov. 97)

"235 milliards de dollars de travail non rémunérés" (réf. : Femmes d'Ici)

Entrevue avec Huguette Labrecque, revue RND juin 01 (vol. 99).

Ce que, faire du bénévolat, m'a apporté

Dans une continuité, bien enracinée et conséquente avec mes options, j'ai pu :

Cela m'a permis de déjouer, de faire échec aux normes habituelles en place qui décident qu'à 65 ans, on devient une "retraitée" non efficace sur le marché du travail et peu utile à la société. Avec ce survol, dans la trajectoire de mes engagements ultérieurs :

Et je suis reconnaissante aux groupes communautaires qui me permettent de croire à tout cela.

Merci !

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