Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 13, numéro 67, décembre 2001

Monsieur Pierre Riley
Directeur général
Fédération des centres d'action bénévoles du Québec FCABQ


L'action bénévole, un outil capital du développement social

Chers invités, chers bénévoles

Au nom de la Fédération des centres d'action bénévole du Québec, j'ai l'honneur d'être parmi vous ce matin et de participer à cette activité qui inaugure votre série de conférences 2001 – 2002.

Partout au Québec, cette année, on salue le dévouement et l'engagement social des bénévoles. Cette Année internationale des bénévoles est un moment opportun pour la population québécoise de remercier celles et ceux qui prennent part au développement social de la collectivité. Et, en cette Année internationale des bénévoles, nous sommes aussi conviés une fois de plus à mettre en lumière leur contribution inestimable au renforcement de notre société.

L'engagement des personnes bénévoles démontre de quelle manière l'action collective, une des clefs de voûte de l'action bénévole, contribue à la vie démocratique de nos communautés.

Le slogan “ Parce que j'aime ça ! ” témoigne du plaisir éprouvé par les personnes à s'engager bénévolement. En effet, l'acte bénévole tire sa force du fait qu'il s'effectue hors de toute contrainte.

La chaîne humaine du logo illustre la synergie créée par l'action collective. Lorsqu'il est multiplié, le logo dégage une sensation de force tranquille génératrice d'action et de changement. La diversité des couleurs parle de la pluralité des bénévoles et des activités dans lesquelles ils s'investissent.

C'est de cette manière que la Fédération des centres d'action bénévole du Québec, de concert avec le Comité de l'Année internationale des bénévoles au Québec et le Gouvernement du Québec, a tenu à rendre hommage aux personnes et aux organismes qui mobilisent leurs énergies au service des autres.

Longtemps, le bénévolat était réservé à une certaine catégorie de personnes, comme les dames patronnesses. Aujourd'hui, toute la population du Québec peut faire des gestes d'action bénévole.

Et le bénévolat, est-il, comme on le pense souvent, en crise ? Je ne crois pas et permettez-moi de vous en convaincre au cours des prochaines minutes. Laissez-moi vous parler de quelques organismes qui font partie de l'historique du bénévolat au Québec.

Dès 1639, les infirmières du premier Hôtel-Dieu de Québec rendaient des services essentiels en s'occupant des nouveaux immigrants, des soldats blessés et des victimes de la peste. Elles espéraient pouvoir prendre soin également des pauvres de la ville, mais à cause de la vague de l'immigration des années 1660, cela leur a été impossible.

En 1668, le Conseil souverain a créé un comité chargé de s'occuper des indigents de la ville. Ce comité, dont le nom officiel était Le Bureau des Pauvres, a entrepris un programme complet de bienfaisance. Le personnel du Bureau des Pauvres a placé des boîtes pour dons dans les églises et fait du porte à porte tous les mois pour obtenir de l'argent, de la nourriture et des vêtements. Le Bureau des Pauvres a été le premier système de bienfaisance de tout type au Canada et il a joué un rôle important dans notre histoire sociale.

Lorsqu'une collectivité est frappée par une catastrophe, les bénévoles se présentent sur les lieux, prêts à fournir une aide essentielle. En voici un exemple concret. À cause d'un printemps hâtif, en 1870, dans la région de Saguenay, il régnait une sécheresse exceptionnelle. En quelques heures seulement, un violent feu de broussailles s'est propagé à pas de géant, détruisant tout sur son passage sur une distance de 150 kilomètres. Cet incendie s'est répandu si rapidement que les habitants ont à peine eu le temps de s'enfuir vers les abris souterrains ou les étangs.

Lorsque ce brasier s'est finalement éteint faute de combustible, le tiers de la population avait tout perdu – maisons, granges, animaux, moulins et ponts. Des dons considérables sont arrivés de toutes les régions de la province et un comité de secours d'urgence a commencé immédiatement à distribuer des vivres, des semences, des vêtements et du bois d'oeuvre. Grâce à ces dons généreux, les fermiers ont pu ensemencer leurs terres et recouvrer leurs moyens de subsistance.

Aujourd'hui, il y a plusieurs organismes qui aident à coordonner et à mettre en place des bénévoles lorsqu'il se produit une catastrophe.

La Société canadienne de la Croix-Rouge, l'Ambulance Saint-Jean, l'Armée du Salut comptent parmi les organismes de secours d'urgence les plus anciens et les mieux connus au Québec.

Dès la fondation du YMCA de Montréal, les jeunes ont été au coeur de cet organisme. Le YMCA a toujours été un lieu où les jeunes peuvent éprouver un sentiment d'appartenance, trouver un sens à leur vie et avoir un impact positif sur eux-mêmes et sur d'autres membres de leur collectivité. Partout à travers le Canada, des jeunes travaillent sous l'égide du YMCA pour répondre aux besoins existants.

Le YMCA, dont les fondateurs avaient la conviction que toute personne est capable de leadership, est tout aussi déterminé qu'il y a 150 ans à fournir aux jeunes des occasions de participation civique, de leadership bénévole et de service communautaire.

La Jeune Ligue a fondé le Bureau des bénévoles de Montréal, mieux connu sous le nom de Volunteer Bureau of Montreal en 1937. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, ce centre a noué des liens étroits avec les Services volontaires féminins et il n'a pas tardé à adopter le nom de son pendant, sous lequel il a été constitué en société en 1947. Dix ans plus tard, il a adopté l'appellation Service bénévole de Montréal, signe que le bénévolat n'était pas uniquement une affaire de femmes. En 1966, le Service bénévole de Montréal a participé à l'établissement de la première Popote roulante de Montréal.

Aujourd'hui, il y a plus de 110 centres d'action bénévoles partout à travers le Québec. Chacun a sa propre combinaison de programmes et de services adaptés aux besoins de la collectivité qu'il sert.

Les bénévoles ont toujours contribué à déterminer les besoins humains et à y répondre. Bon nombre de programmes et de services sociaux et de santé étaient considérés tellement essentiels au bien-être de la population que le gouvernement en est graduellement devenu le principal responsable.

Au cours des années 1960, l'ère de prospérité économique se poursuivant, les gouvernements ont pris des mesures substantielles dans le domaine du bénévolat. À cette époque, le bénévolat axé sur le changement a façonné notre environnement socio-culturel.

Durant les années 1980, on a assisté à un rétrécissement du rôle joué par le gouvernement dans la prestation des services sociaux, alors que la demande de services sociaux augmentait. Les bénévoles se sont attaqués à cette demande sur de nombreux fronts. À mesure que des besoins se manifestaient au sein d'une collectivité, de nouvelles formes d'organismes bénévoles voyaient le jour, tels que les banques d'alimentation, soupes populaires, services de repas à domiciles, services d'écoute téléphonique et centres d'aide aux victimes d'agression sexuelle.

De nos jours, les organismes bénévoles continuent de refléter leur époque. Bien que les gouvernements appuient maintenant divers programmes pour garantir le maintien du filet de sécurité que constitue le bien-être social, les organismes bénévoles demeurent un élément essentiel et très visible de la collectivité.

Maintenant parlons un peu des bénévoles. Parlons donc de statistiques. L'enquête sur le bénévolat de 1997 de Statistique Canada a confirmé que 31.4 % de la population au Canada ont déclaré s'être adonnés au bénévolat afin d'aider des organismes sans but lucratif contre 26.8 % de la population en 1987.

Ceci représente une augmentation de plus de 40 % du nombre total de bénévoles depuis 1987. Au cours de la même période, la population du Canada âgée de 15 ans et plus a augmenté de 20 %.

Bon nombre de personnes préfèrent aider directement les gens plutôt que de passer par l'entremise d'un organisme. L'enquête a révélé que 71 % de la population âgée de 15 ans et plus, ont fourni une aide directe à des personnes de l'extérieur de leur ménage. En d'autres termes, plus de 7 personnes sur 10 se livrent à des activités d'aide et de soutien de leur propre initiative sans passer par un organisme.

Cette proportion est de quatre points plus élevée que celle enregistrée en 1987. Quarante et un pour cent (41 %) de la population ont déclaré avoir donné de l'argent directement à des personnes plutôt qu'à des organismes.

Le taux de bénévolat au Canada chez les personnes âgées de 15 à 24 ans a presque doublé, passant de 18 % en 1987 à 33 % en 1997. Le groupe des 15 à 24 ans représente 18 % de l'ensemble des bénévoles. Les jeunes de 14 à 24 ans donnent en moyenne 125 heures par an de bénévolat. C'est donc faux de croire que les jeunes ne s'impliquent pas dans leur communauté.

Les jeunes font du bénévolat pour plusieurs raisons. En voici quelques-unes unes :

Je vais maintenant vous présenter quelques exemples des différents types d'activités bénévoles faites par ces milliers d'hommes et de femmes autres que dans le domaine Santé et services sociaux.

Le Musée d'art contemporain de Montréal a plusieurs organismes internes qui ont des bénévoles. Un de ces groupes, la Fondation des amis, a 50 bénévoles actifs qui travaillent à l'organisation d'événements et à la levée de fonds afin d'afficher la collection permanente.  Au centre de recherche du musée, la Médiathèque a un groupe de 15 bénévoles qui travaillent 8 mois par an à la conservation de la documentation éphémère des artistes dont le calendrier, cartes d'invitation, affiches, diapositives et bien d'autres oeuvres.

Touchant des milliers de familles biparentales, monoparentales ou recomposées, c'est par une approche collective que les bénévoles et les organisations du secteur famille s'activent. Selon la Fédération des unions de familles, il y aurait approximativement 4 000 personnes qui oeuvreraient bénévolement auprès de 200 organismes communautaires famille. Tandis que sur le plan de l'action en milieu scolaire, on compte des milliers de parents impliqués bénévolement dans les différentes structures de l'éducation tels que les conseils d'établissement et les comités de parents.

Le sport est l'un des secteurs d'activités qui compte un grand nombre de bénévoles. Selon l'organisme Sports-Québec, 460 000 personnes y sont engagées.

À titre d'entraîneurs ou d'officiels, il y a respectivement 60 000 et 400 000 bénévoles impliqués dans l'organisation du sport comme administrateurs que ce soit dans les clubs locaux, les associations régionales ou l'organisation d'événements sportifs.

Depuis quelques années, on entend beaucoup parler d'environnement. Lors des 15 dernières années, les organismes de ce secteur se sont remarquablement multipliés. L'implication des Québécoises et des Québécois qui militent dans le domaine de la protection de l'environnement et la promotion du développement durable se traduit par une vaste diversité de tâches et de moyens d'action, tout aussi valables et nécessaires les uns que les autres. En effet, ils peuvent travailler aux corvées de nettoyage, à des plantations d'arbres ou à l'administration d'organismes environnementaux.

Ce sont là quelques exemples qui nous permettent d'apprécier l'ampleur de l'implication des bénévoles au Québec.

Du 14 au 18 janvier dernier, se tenait la 16ième conférence mondiale sur le bénévolat à Amsterdam. Six représentants de la Fédération des centres d'action bénévole du Québec étaient présents et nous avons eu le privilège de recevoir la Déclaration Universelle du Bénévolat. Elle a été adoptée par le conseil d'administration international de IAVE (The International Association for Volunteer Effort). J'aimerai vous lire quelques extrais de cette déclaration importante qui situe assez bien mondialement la situation.

La Déclaration Universelle du Bénévolat

Le bénévolat est un pilier fondamental de la société civile. Il donne vie aux aspirations les plus nobles de l'être humain – la recherche de la paix, de la liberté, de l'égalité des chances, de la sécurité et de la justice pour tous.

À l'aire de la mondialisation et du changement constant, le monde devient plus petit, plus interdépendant et plus complexe. Le bénévolat, qu'il s'agisse d'une action individuelle ou collective, est une voie par laquelle :

À l'aube du nouveau millénaire, le bénévolat est un élément essentiel dans toutes les sociétés. Il met en pratique, efficacement de surcroît, la déclaration des Nations Unies qui stipule que “ Nous, les peuples ”, avons le pouvoir de changer le monde.

La présente déclaration soutient le droit à toute femme, homme ou enfant, de s'associer librement et de faire du bénévolat, quels que soient leurs origines culturelles et ethniques, leur religion, leur race, leur sexe, et leur condition physique, sociale ou matérielle.

Toute personne au monde devrait avoir le droit d'offrir gratuitement de son temps, de son talent et de son énergie aux autres et à sa communauté, par le biais d'une action individuelle ou collective et ce, de manière désintéressée.

Nous souhaitons que le bénévolat se développe de sorte à :

Toute la population québécoise bénéficie de l'implication des bénévoles en environnement. Par leurs actions, ces bénévoles visent à assurer la défense des droits de chaque citoyen à un environnement de qualité. En faisant la promotion de l'environnement et du développement durable, ils veulent que notre développement tienne compte de la capacité de support des écosystèmes ainsi que des besoins sociaux, culturels et économiques des générations actuelles et futures. Les motivations et les comportements qui accompagnent les gestes bénévoles ont des effets bénéfiques sur l'estime de soi, et ce, quel que soit le niveau socio économique de celui ou de celle qui le fait.

J'aimerai vous lire un court texte qui a paru dernièrement dans la revue le Lundi.

Les bénévoles

Beaucoup seront surpris d'apprendre qu'au jour du jugement dernier les bénévoles trouveront au paradis, réservée à leur intention, une place garnie de fauteuils confortables, de coussins satinés et de tabourets.

Il n'y aura ni présidents de comité, ni chef de groupe, ni équipes en mal d'entraîneurs, non plus de covoiturage et de bazars, fini aussi les pâtisseries à vendre, les choses à agrafer, à plier ou à poster, et les listes téléphoniques.

Et ô miracle ! sur un simple claquement de doigts, boissons gazeuses et mets fins apparaîtront devant les bénévoles. Mais demanderez-vous : Qui leur assurera ce service princier ? Qui leur rendra justice ?

Voyons donc ? Ce seront ceux qui, sur terre, auront profité des autres sans jamais rien faire.

Avant de vous laisser, j'aimerai vous informer que le prochain numéro des revues thématiques de l'Année internationale des bénévoles au Québec portera sur le bénévolat et les familles. J'invite les personnes intéressées à soumettre leurs projets d'articles et leurs suggestions.

Bonne Année internationale des bénévoles et merci de votre attention.

Pierre Riley
Directeur général - FCABQ

Fédération des centres d'action bénévoles
275, rue Saint-Jacques Oues, bureau 720
Montréal (Québec) H2Y 1M9

Vox : (1-514) 843-6312
Fax : (1-514) 843-6485
facbq@cam.org
www.cam.org/facbq/

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités