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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 13, numéro 67, décembre 2001 |
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Madame Gertrude Thibodeau, sbc.
Intervenante bénévole
École secondaire Père-Marquette, CSDM
Engagement bénévole en milieu scolaire
Introduction
Permettez-moi de partager avec vous mon expérience de bénévolat à la CSDM (Commission scolaire de Montréal).
En 1985, après une carrière de 47 ans d'enseignement dans les écoles du Québec, soit 23 ans en institution privée et 24 ans au secteur public, j'ai cherché un bénévolat qui réponde à mes aptitudes, à ma formation et à mes goûts personnels. Désirant continuer une action auprès des jeunes dans les écoles, j'ai présenté un projet au directeur de l'école où j'enseignais au moment de prendre ma retraite. Mon objectif était de venir en aide aux jeunes de 14-18 ans en les écoutant parler, non seulement de leurs problèmes mais de tout ce qui les intéresse : leur avenir, leurs amours, leurs joies, leurs ambitions. Par bonheur, grâce au directeur qui était très ouvert aux innovations, ce projet a débuté dès la première année de ma retraite, depuis 15 ans déjà !
Je me suis cependant interrogée sur mon intention d'aider les jeunes. Qu'est-ce qui me motivait ? Était-ce le fait d'appartenir à une communauté dont la mission est le service social ou bien parce que j'ai toujours enseigné?
J'ai la conviction que je voulais continuer la vocation que j'ai choisie à l'âge de 20 ans, soit de réaliser un travail d'éducation sociale dans les écoles.
I . En quoi consiste mon travail ?
A. Description
Le but de l'écoute active est d'aider les jeunes à s'aider eux-mêmes en prenant conscience de leur situation, en découvrant leurs capacités, leurs intérêts et leurs forces. L'essentiel est d'aider les jeunes à donner un sens à leur vie.
Au début, mon rôle était plutôt celui d'une intervenante sociale, mais avec l'arrivée des services professionnels du CLSC La Petite Patrie, j'ai détecté chez les jeunes des besoins auxquels je pouvais répondre et je me suis demandé comment dans une école secondaire, aider les jeunes des Sec.III, IV et V qui subissent des échecs aux bulletins académiques trimestriels.
À partir du relevé des échecs, j'ai proposé de rencontrer individuellement les élèves, de chercher avec eux les causes de leurs échecs, les problèmes sous-jacents et aussi les moyens à prendre pour améliorer leur rendement scolaire. Il est parfois nécessaire d'en référer quelques-uns aux intervenants du milieu : travailleur social, infirmière, psychologue selon la nature de leurs problèmes.
B. Dans la pratique
- Au cours de la dernière année, j'ai fait 141 entrevues dont 81 en Écoute active avec rapport écrit (fiche familiale, académique).
- 41 cas d'échecs au bulletin ont été suivis et aidés.
Quels sont les résultats de ces interventions ? Y'a-t-il eu amélioration d'un bulletin à l'autre ?
Je vous raconte un fait : Michel avait trois échecs au premier bulletin, soit trois notes en bas de 50 %. Au deuxième bulletin, je le rencontre, mais cette fois, c'est pour le féliciter, il a remonté ses notes de passage.
En comparant les deux premiers bulletins, j'ai constaté que 10 élèves sur 25 rencontrés avaient augmenté leurs notes.
C. Autres implications
À ces interventions directes auprès des élèves, s'ajoute ma participation aux rencontres des différents niveaux, aux réunions mensuelles des intervenants, au Comité préparatoire à la Semaine du goût de vivre (prévention au suicide).
J'apporte également ma contribution aux organismes comme l'Hommage aux finissants (trophées, diplômes, fleurs etc) le prix Marie-Gérin-Lajoie, Centraide, la Croix-Rouge, sans oublier la Table de concertation jeunesse la Petite-Patrie.
Je crois important de faire partie de la vie de l'école en participant aux activités sociales de tous genres.
Je totalise environ 375 heures de travail pour 150 jours de présence (1/2 journées de 3 heures) plus les services occasionnels et les réunions.
II . Conditions
Pour assurer un bénévolat efficace :
1. Connaître le milieu
- J'ai la chance de faire du bénévolat dans l'école où j'enseignais au moment de prendre ma retraite.
- Le fait d'assister à la Table de concertation me permet de connaître les ressources du milieu.
2. Avoir la formation nécessaire
On ne peut s'improviser dans un bénévolat. Même si j'ai une formation pédagogique et sociale acquise de longue date, je me suis mise à jour par un cours de formation en Écoute active.
3. Assurer une présence régulière
Être à l'heure tout comme les professeurs (8h30) ; les élèves savent que je suis à mon bureau aux heures qui sont affichées. Au carrefour de l'école, je suis visible dans le trafic.
4. Assurer la confidentialité
Comme dans tout travail psychologique, la discrétion est de rigueur, avec les parents comme avec les professeurs. Par prudence, une fiche personnelle est rédigée après les entrevues.
5. Prendre la place qui nous revient
Étant dans un milieu syndiqué et n'étant pas rémunérée, je dois respecter les conditions de travail des intervenants salariés.
6. Aimer son travail
J'aime les jeunes, je les admire, je les trouve beaux, intelligents et généreux. Je vois en eux une grande richesse de possibilités d'avenir pour notre société. Je m'étonne toujours de leur raisonnement plein de bon sens, je m'émerveille de leur notion de justice, de solidarité et de partage surtout avec les immigrants nombreux dans nos écoles.
Je les respecte dans leur style et leurs formes de loisirs, leur musique, même leur langage. Nous ne sommes pas de leur génération !!
On m'accuse parfois de les excuser et de prendre leur part, mais j'ai confiance en eux. Ils ont la vie pour se réaliser...
Conclusion
Je suis la première bénéficiaire de mon engagement. J'ai la santé et comme le dit le directeur actuel : "Tant que vous serez à l'école, vous aurez la santé".
J'ai aussi la liberté d'exercer cette forme d'apostolat, d'organiser mon temps et mes déplacements en auto.
Mon travail est apprécié du milieu, les collègues sont reconnaissants du service apporté à leurs élèves, respectueux de mon âge.
La direction me gratifie par des billets de concerts, et par une fête des bénévoles.
Je pourrais ajouter un deuxième volet, soit ma participation à des C.A. et autres comités comme cercle d'étude, conférences, cinéma, concerts, sports, ce que j'appelle bénéfices marginaux de ma retraite.
Je me dois à des services à ma communauté : conseil local, comité social, vie d'équipe, fraternité (repas).
En terminant, j'aimerais dire en regard des jeunes et de l'éducation, comme dit René Rémond :
« Je ne me résous pas au pessimisme, je garde un fond d'optimisme naturel, car il me semble que l'humanité a toujours su trouver en elle la réponse à ses problèmes ».
Le 19 septembre 2001