Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 13, numéro 68, mars 2002

Rencontre avec Monsieur Jean Rochon
Ministre d'État au Travail et à la Solidarité sociale
Ministre du Travail
Ministre de la Solidarité sociale

À partir du document

"Ne laisser personne de côté!"

Montréal, le10 janvier 2002

Considérations présentées au ministre Jean Rochon, par les représentants du Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec : messieurs Richard Sarrasin, président de l'organisme et Yves Lajoie, directeur général.

Monsieur Richard Sarrasin :

Monsieur le Ministre, nous avons bien lu le document présenté comme préambule à notre rencontre sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Nous adhérons aux principes qui sous-tendent l'exposé et nous décelons dans ce document de réels efforts d'enrayer la pauvreté. Une première remarque cependant s'impose : l'absence de considération pour le groupe des aînés. Il aurait été approprié sûrement qu'en page 20 du document, lors de l'énumération des groupes davantage touchés par la pauvreté, apparaisse celui des aînés.

En effet, chez les aînés, en particulier chez la femme aînée, la pauvreté sévit. Des centaines de milliers de familles aînées ayant droit au Supplément de revenu ne le touchent pas, faute de connaître cette possibilité. Ce qui démontre à la fois le grand nombre de personnes pauvres dans cette catégorie de la population et l'absence de moyen pour s'en sortir. Et dire en plus, que notre population est de plus en plus vieillissante. On se pose même l'hypothèse qu'en 2004, il y aura pénurie de main d'oeuvre québécoise vu qu'on remercie les travailleurs aînés de plus en plus tôt.

On sait pourtant que le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale a pris récemment des engagements à l'égard de la population aînée. Ainsi, sur la liste des actions sectorielles, Engagements et perspectives 2001-2004 que ce ministère a présenté dans le document ministériel "Le Québec et ses aînés : engagé dans l'action", on retrouve en page cinq (5), entre autres, deux mesures particulières.

La première :

- examinera ... le tutorat comme mode d'acquisition d'expérience (pour les jeunes travailleurs).

La deuxième :

- apportera une attention particulière aux travailleurs vieillissants ... et mettra en oeuvre d'une quarantaine de projets de maintien ou de retour au travail de travailleurs âgés.

À la page 12 de ce même document relatif aux engagements des ministères, concernant le ministère du Travail, il est noté :

"Le gouvernement portera une attention particulière aux besoins des travailleurs qui prennent charge d'aînés. À cette fin, le ministère du travail examinera la possibilité de présenter au Conseil des ministres un projet de modification de la Loi sur les normes du travail afin de faciliter la conciliation des responsabilités familiales avec le travail tout en assurant la protection de l'emploi des personnes salariées qui doivent s'absenter pour s'occuper d'un proche parent."

Nous aurions désiré qu'apparaissent ces mesures de lutte contre la pauvreté dans le document "Ne laissez personne de côté". Il nous paraît en effet, tout à fait normal que, dans notre société, les aînés puissent apporter leur quote-part de participation à la vie sociale d'une part (travail prolongé pour qui le désire), et que, d'autre part, des mesures d'aide aux aînés soient aussi inscrites dans ce dernier document.

Enfin, de façon générale, ce que notre directeur général commentera, soulignons que dans la lutte contre la pauvreté, le moyen possiblement majeur à promulguer, c'est l'aide aux organismes familiaux que les familles se sont donnés, elles-mêmes, pour les représenter.

En terminant, rappelons que les aînés sont désireux de participer à la vie active de la société et qu'ils le manifestent éloquemment, entre autres par leur travail social au sein des maisons de grands-parents en plein développement actuellement au Québec.

Monsieur Yves Lajoie :

Monsieur le Ministre, pour reprendre les deux derniers points soulevés par le président Sarrasin, l'aide aux organismes familiaux et le développement des maisons de grands-parents, nous voulons les situer dans un ensemble que nous nommons la politique familiale, car pour nous et pour toute société qui se respecte, l'élimination de la pauvreté et de l'exclusion, doit commencer par l'instauration et le développement d'une politique familiale.

Une politique familiale comporte quatre (4) caractéristiques et six (6) éléments constitutifs.

Les caractéristiques d'une politique familiale sont : autonomie, horizontalité, verticalité, subsidiarité.

Autonome, la politique familiale ne relève d'aucune autre instance ou ministère et considère la famille comme la base de la société et le premier souci de l'État. La politique familiale n'est le volet d'aucune autre politique, sociale ou économique, mais a de multiples volets, sociaux, économiques ou autres.

Horizontale, la politique familiale se préoccupe de tous les aspects de la vie de la famille et de tous les aspects de la vie de l'État. La politique familiale considère tous les secteurs de la vie de la famille et confie à un ministère un droit et un devoir de regard et de coordination sur toutes les politiques de l'État touchant la vie des familles.

Verticale, la politique familiale se préoccupe de tous les âges de la vie de la famille. La politique familiale intègre dans une unité administrative tous les dossiers relatifs aux âges de la famille tel les politiques de l'enfance, de la jeunesse, des couples, des aînés.

Subsidiaire, la politique familiale ne doit pas se substituer à la famille. La politique familiale est subsidiaire au rôle et aux responsabilités des parents et des familles et leur fournit tout le support pour qu'ils assument eux-mêmes leurs responsabilités.

Les éléments constitutifs d'une politique familiale sont : la nutrition, le vêtement, le logement, la santé, le travail, l'éducation.

Quant à la nutrition, une politique familiale assure aux femmes enceintes, aux nourrissons, aux enfants, aux familles, aux aînés des conditions de nutrition satisfaisantes.

Quant au vêtement, une politique familiale sensibilise les éducateurs des centres de la petite enfance, des garderies et des écoles, et les travailleurs communautaires au confort vestimentaire.

Quant au logement, une politique familiale investit dans le logement social pour les familles, développe une politique de lutte contre l'itinérance des jeunes, favorise, pour ceux qui le veulent, le partage du logement familial par les aînés et construit une société sécuritaire où les familles ont accès à un environnement sain.

Quant à la santé, une politique familiale responsabilise la famille face à la santé de ses membres, voit à établir tout programme de vaccination pour enfants (vaccins usuels), jeunes et adultes (hépatites), aînés (grippes), développe des programmes familiaux de soins à domicile et organise un débat de société sur " quelle santé et à quel coût pour les familles québécoises ".

Quant à l'éducation, une politique familiale encourage et aide les parents et les familles qui prennent en charge l'éducation de leurs enfants, rend accessible à tous les parents qui le désirent des services éducatifs de garde à contribution réduite et un service de garde éducatif en milieu scolaire, assure l'alphabétisation de tout citoyen, construit un système d'éducation gratuit, où, à toutes les étapes, les parents, les familles, les citoyens, sont décideurs.

Quant au travail, une politique familiale assure à chaque famille des revenus de travail, de solidarité ou de citoyenneté, pour lui permettre de se nourrir, de se vêtir, de se loger, d'être en santé, de s'éduquer, et développe des ressources permettant aux familles de concilier famille - travail, (et non travail - famille).

La politique familiale n'a pas de prix, elle est à ce prix là.

De même, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion n'a pas de prix, elle est à ce prix là.

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