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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 13, numéro 69, juin 2002 |
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conférence
Famille d'accueil
Madame Martine Dubois est famille d'accueil.
Elle nous livrera son témoignage d'une famille d'accueil au fil des jours et des ans.
Bonjour, je suis famille d'accueil depuis 13 ans et je suis présidente par intérim à l'Association des familles d'accueil. Ce matin pour venir ici, il fallait que j'aie la permission de mes petits-enfants, donc, je leur ai dit que je venais parler pour eux. Si je fais des choses pour eux, je réponds à leurs besoins, j'ai le droit de ne pas être là. En fin de semaine, je suis allée à l'école des Mamans d'amour, comme ça c'est correct, parce que je réponds toujours à leurs besoins même quand je ne suis pas là. C'est important qu'ils sachent que même si on est absent, on est là pour eux, parce qu'ils ne sont pas habitués à la permanence.
J'ai choisi d'être famille d'accueil parce je voulais rester à la maison avec mes enfants, et être capable d'aider d'autres enfants. J'ai toujours vécu avec des enfants, j'ai beaucoup gardé des enfants et je retire beaucoup de plaisir à être avec eux. Quand je suis devenu famille d'accueil, je me suis rendu compte que ce n'est pas seulement une question de coeur, une question d'amour et une question de plaisir. Il y avait tout un autre volet qui arrivait avec ça, parce que quand on accueille des jeunes qui sont en difficultés dans nos maisons, ce qui est normal pour nous, n'est pas normal pour eux. Et ce qui est normal pour eux ne l'est pas pour nous. La vision de la normalité change beaucoup.
Je me suis rendu compte que le système des Centres jeunesse est continuellement en évolution, continuellement en changement. Les enfants qu'on nous envoie sont des enfants pris en charge de plus en plus à la dernière minute, à la dernière limite. On a une belle loi à la Protection de la jeunesse, mais on n'a pas beaucoup de moyens, ce qui fait que nos enfants nous arrivent de plus en plus amochés. J'ai compris que pour un meilleur soutien pour moi, la meilleure aide, c'était de me former. Avec l'Association des familles d'accueil du Québec, la Fédération, les Centres jeunesse et les Collèges, on offre un soutien de formation aux familles d'accueil. J'ai appris à apprendre beaucoup pour être capable d'aider ces enfants-là. Tout le monde sait comment un enfant se développe avec des bons soins. Aussi, c'est important de se rapprocher de la normale des soins .
Je me vois comme un milieu neutre pour un enfant. J'accueille des enfants en urgence, ce qui veut dire que les enfants, il fallait les déplacer . Dans 90 % des cas, ils arrivent dans ma maison, ce n'était pas prévu. On est en situation de crise.
J'accueille des enfants de 2 à 5 ans. J'ai déjà accueilli des 0 à 2 ans, maintenant c'est des 2 à 5 ans. C'est ce qui fait que ce sont des enfants souvent désorganisés, désemparés, qui ne comprennent pas du tout ce qui leur arrive, on a à ramasser ça . J'ai même vu, ça m'est déjà arrivé dans le temps, au Centre jeunesse on était moins organisé, aller chercher l'enfant en urgence dans sa famille. Maintenant ça ne se fait plus, on fait des petits pas avec la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et avec les Centres jeunesse. On commence à se rendre compte qu'on a des limites, et quels moyens on va mettre en place avec les limites qu'on a dans notre système pour aider ces enfants-là.
On les rencontre, on les voit : des enfants abandonnés. Vous savez, il y a des enfants qui sont dans leur maison et qui nous arrivent : les parents leur ont toujours donné les soins, mais ne les ont jamais vus, ne les ont jamais regardés. Ces enfants-là ne savent même pas qu'ils sont vivants. Autrement dit, on sait comment on va allumer les flammes de ses enfants-là pour les remettre à la vie. Il y en a d'autres qui ont été tellement abusés que c'est incroyable; eux, il faut leur montrer comment on va vivre avec ça, comment on va composer avec ça. Mais on peut aller à la guerre et perdre une jambe, mais ça ne veut pas dire qu'on perd la guerre. Maintenant, on va faire avec l'autre jambe qui reste, on peut continuer d'avancer. Le mandat des familles d'accueil, c'est un mandat qui est vraiment énorme et qui est plus que d'offrir une famille normale, une vie de famille normale à des enfants. C'est vraiment un mandat d'accompagnement, puis d'intervention, pour le temps que cet enfant-là sera chez nous.
Moi, en urgence, ça fait 13 ans maintenant, avec beaucoup de formation que je suis aller chercher, j'ai appris à développer beaucoup de qualités d'observation. Oui, il y a beaucoup de placements en urgence dans des familles d'accueil, c'est vrai. Mais par contre, je pense qu'un enfant a besoin aussi, à un moment donné, quand on le déplace, d'avoir un temps d'arrêt, pour qu'il puisse comprendre ce qui se passe pour lui. Après ça, à un moment donné, on l'orientera où il y a un besoin. Est-ce qu'on peut travailler avec le parent ? Est-ce qu'on travaille sur autre chose ? Est-ce qu'on l'envoie dans une banque mixte ? Est-ce qu'on l'envoie en famille régulière ? Moi, j'aime ça. Après ça, on peut travailler avec cet enfant-là, avec le parent naturel. J'ai eu le cas d'un parent naturel qui a voulu kidnapper ses enfants dans ma maison. C'est pour vous dire que c'est un petit peu plus stressant, c'est moins évident, mais règle générale, je travaille bien avec les parents. Je pense qu'on a une bonne collaboration.
Entre outre, je ne me sens pas menaçante pour les parents parce qu'ils savent que chez moi, je fais toujours du court terme, que je n'ai pas d'enfants en garde à long terme. Ça fait qu'ils ont toujours espoir qu'ils vont pouvoir revoir leur enfant puis le ré accueillir . Je leur demande toujours qu'est-ce qu'eux trouvent le plus difficile. Ce qu'eux trouvent le plus difficile, souvent avec les tout petits, c'est le coucher le soir, ou la nourriture, les faire manger. Mais je vais toujours travailler le point qu'ils trouvent difficile, et le point que moi aussi, je vais trouver difficile. Je le travaille avec eux. Les coucher, c'est une affaire qui est très facile pour moi. Ça devient facile pour eux, ça fait que c'est plus facile, ensuite, d'avoir la collaboration du parent. Parce que souvent on arrive en situation crise, puis d'urgence, le parent a même perdu l'espoir dans son enfant. Il a perdu l'espoir qu'un jour il va pouvoir faire quelque chose avec lui-même, le parent, parce que ce n'est pas facile, il est désorganisé et l'enfant est désorganisé. Le parent, quand il voit que, dans si peu de temps, on réussit à coucher son enfant, puis que lui aussi il y a réussi, ça établit une collaboration, puis un espoir. C'est important que tout le monde, qui travaille auprès de ses enfants-là, ait l'espoir de pouvoir faire quelque chose. Parce que, sans ça, ça ne vaut pas la peine. Il ne faut pas penser qu'on va faire des miracles. Mais petit à petit l'oiseau fait son nid. Si avec les moyens qu'on a, on est capable, tous, d'avoir un sourire en partant, je pense que c'est déjà un bon accueil pour tout le monde.
C'est vrai que c'est important de travailler en équipe, qu'il faut travailler en partenaire avec les familles d'accueil. Comme les enfants sont bien dans nos maisons, c'est vrai qu'ils sont oubliés, c'est vrai que les enfants, on ne vient pas souvent les voir. Parfois, il faut que la famille d'accueil appelle et dise : Regarde, ça fait six mois que ton jeune est chez nous, y-a-t-il moyen que tu viennes lui parler? . Il n'y a pas que les intervenants dans ce système-là. On parle de juges et d'avocats. Combien d'avocats, qui représentent ces enfants-là, ne les ont jamais vus, même pas en photo. Ils sont là pour parler de ce client-là. Je trouve ça très déplorable. Il y a des responsabilités à beaucoup d'échelles dans ce système-là. Quand on est proches d'eux autres, on les voit. Quand on est plus vieux, on est capable de voir vraiment les ponts, les liens dont ils ont besoin. L'importance du jumelage pour moi, c'est le meilleur soutien que tu peux donner à une famille d'accueil. C'est de bien cibler ce qu'une famille d'accueil peut offrir à un enfant avec les besoins des enfants. Ce n'est pas toujours évident, moi, ça fait partie de mes dada . Parce qu'on est toujours en urgence. Même dans un contexte d'urgence, si on voit qu'un enfant ne va pas bien dans l'endroit où il est, est-ce qu'il y a une possibilité de regarder où il peut être mieux, et comment on peut faire ça ? Peut-être qu'on a juste une intervention d'appui à faire en quelque part, puis on va redonner un mode d'aller pour tout ce monde-là.
On sait que pour la petite enfance, les zéro à cinq ans, il n'y a plus de centre d'accueil, il n'y a plus de ressources intermédiaires, pratiquement. Ça veut dire que les petits enfants qui viennent du monde de la drogue, et qui pleurent vingt-trois heures et demie sur vingt-quatre, c'est à une famille qu'il est confié. S'il y en a qui ont essayé d'entendre un enfant pleurer plus que quinze minutes, c'est pas facile. C'est pas facile non plus quand ça fait vingt-trois heures et demie. Ce sont des choses comme ça, parfois, qui fait qu'on va déplacer des enfants et qu'ils vont faire le tour des familles d'accueil. Je pense qu'en tant que système, présentement, on est vraiment en train de s'organiser. Qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce qu'on va faire ? Quel est le soutien, quelles sont les mesures qu'on va établir ? Je pense qu'il y a vraiment une réponse, et un questionnement qui se fait. On le sent. On est de plus en plus invitées, nous, les familles d'accueil à aller dire les choses, à aller les nommer. Parce que si on ne peut pas les dire, on va être obligé de les accepter, et si on les accepte, les enfants vont les subir. Donc, je pense que c'est important d'aller dire les choses, d'aller les nommer pour savoir comment on va faire pour répondre aux besoins de ces enfants-là pour le temps qu'ils vont être dans nos maisons.
S'attacher à tout prix, je ne sais pas, mais faites le test. Prenez une personne, ici, dans la salle, faites-la sortir dehors, puis le premier homme, première femme qu'elle voit dans rue, il faut qu'elle tombe en amour avec ! On ne demandera ça à personne, et on ne demandera pas ça non plus à un conjoint après qu'il se soit séparé. On ne lui dira pas Va-t-en tout de suite, t'en trouver une autre . On va lui demander de prendre une pause. Je pense qu'à un enfant et à une famille, c'est important de prendre conscience qu'on ne peut pas aimer à tout prix. On ne peut pas aimer n'importe qui. Par contre, on peut trouver bien du plaisir avec quelqu'un. On peut faire de beaux cheminements de vie.
Je pense qu'il faut être conscient de tout ça, parce qu'on pense toujours que c'est impossible de pas aimer un enfant. Mais quand un enfant n'a pas été aimé par son parent, c'est incroyable parfois, il devient pas aimable. C'est ce qu'il véhicule. Comment tu fais, toi pour qui c'est normal d'aimer ? Tu veux l'aimer et, en même temps, tu lui donnes un geste d'affection, et c'est comme si tu venais de le brûler au fer vif, parce qu'il ne sait pas quoi faire avec ça. Ça te met en conflit entre ton besoin à toi, qui est un besoin normal d'aimer, et le besoin de cet enfant-là qui ne sait pas quoi faire avec. Il est mal pris avec ça. Comment on va lui montrer que, oui, ça fait mal des fois d'aimer, mais combien ça vaut la peine ! On va chercher des choses qui sont extraordinaires à être ami. Ça peut nous permettre de nous faire avancer dans la vie, de découvrir plein de choses positives, entre autres d'apprendre à marcher juste avec une jambe... C'est toutes des choses comme ça.
Il y a beaucoup d'anxiété vécue par ces enfants-là, beaucoup d'anxiété vécue par les familles d'accueil, parce qu'on ne sait pas ce qui arrive à ces enfants-là. L'intervenant nous l'a confié et il y a d'autres cas qui méritent son attention. Je me dis quand tu essaies d'en sauver un, tu essaies d'essayer de le sauver jusqu'au bout. Qu'est-ce que tu veux, ça ce peut qu'il y en ait qui se noient. Mais si tu le sauves à moitié, ils vont tous être sauvés à moitié. Vont-ils tous se noyer ? Qu'est-ce qui va arriver avec ces enfants-là ? On n'a pas de plan pour ces enfants-là, on ne sait pas. Est-ce qu'on travaille à une réintégration avec maman ? C'est toujours supposé être ça.
Mais dans la réalité et dans les faits, il y a une désorganisation qui se produit et qui n'est pas toujours évidente. Il y a toujours les processus de loi qui sont des choses compliquées. Les enfants restent souvent dans des vides et ce n'est pas facile pour eux. Mais par contre, je l'ai appris avec le temps, quand je leur dis où est-ce que je suis et qu'est-ce que je fais, ils savent que je le fais pour eux, ça les rassure. Au moins, ils savent qu'on s'occupe d'eux. On ne sait pas trop où on s'en va, on ne sait pas trop ce qu'on fait, mais ils savent qu'on s'occupe d'eux. Ça, c'est important qu'ils sachent qu'il y a des gens qui sont là pour les aider, pour les supporter. Ils savent qu'ils ont un intervenant, puis qu'à un moment donné, il y a des choses qui ne dépendent pas de nous et qui ne dépendent pas de l'intervenant. Ça peut dépendre du parent qui a son bout de chemin à faire. Ils savent par contre qu'il y des choses qui dépendent d'eux autres. À un moment donné, ils apprennent que, minimalement, il y a des choses que si eux le font bien, qu'ils peuvent apprendre. Ça va être plus facile pour eux et ça peut être pareil pour leurs parents.
Pour tout le monde qui travaille avec eux autres, c'est important d'avoir une vision d'équipe, puis la leur transmettre cette vision d'équipe. Je pense que tranquillement les équipes prennent de plus en plus conscience que ce sont les enfants de la société. On ne peut pas être tout seul, nulle part, pour s'occuper d'eux. Il faut que les gens autour se mobilisent, c'est la responsabilité de tout le monde. C'est toute la société qui a choisi d'avoir cette loi-là, donc elle nous appartient. Ces enfants-là, ils nous appartiennent tous un peu. Je pense que plus on va se conscientiser à ce fait-là, qu'on n'est pas un seul autour d'un enfant, qu'on est une famille, et une famille élargie autour d'un enfant. Je pense qu'on va pouvoir aider ses enfants-là, puis aider la famille d'accueil. Parce que la famille d'accueil, a été très, très, très en souffrance, très délaissée à un moment donné avec des enfants qui étaient de plus en plus carencés. La famille d'accueil était prête à offrir mer et monde. Mais mer et monde avec le bon coeur et l'amour, ça ne suffit pas, ça prend plus que ça.
Présentement, on est en train de regarder c'est quoi du soutien. Comment on aide ces jeunes-là, et comment on aide cette famille-là ? Une des meilleures choses, je pense, c'est qu'il faut que chacun se fasse plaisir. C'est important de procurer des plaisirs à ces enfants-là qui sont dans nos maisons. Mais c'est important, en tant qu'aidant de ces enfants-là, de trouver du plaisir, nous autres aussi. Ça fait partie d'une forme de soutien qu'on s'accorde soi-même pour être capable. Il faut aller faire reconnaître par le Centre Jeunesse qu'une famille d'accueil, on dort sur la job , on dort à notre travail, notre travail dort chez nous. On peut comprendre, qu'avec des enfants qui sont désorganisés, qu'une famille peut se désorganiser. Comment on va faire pour qu'on mette en place ce qu'il faut ?
Je pense qu'on est dans une grande période de questionnements pour faire avancer les choses, pour aider ces enfants-là. C'est incroyable, les capacités qu'ils ont. Ils ont appris à s'adapter à travers la vie quotidienne de non soins , de soins abusifs. On dit qu'ils sont pas adaptés, mais, ils ont été adaptés à d'autres choses ! Comment on peut changer les modalités d'adaptation pour les transformer en positif ? Comment on fait pour comprendre ça ? C'est tout ça, je pense, qu'il faut développer.
Être famille d'accueil, c'est vraiment intervenir et accompagner un enfant dans toutes ces choses-là. Pour faire ça, il faut comprendre, et ce n'est pas seulement avec le coeur. Il faut s'arrêter, il faut en parler, il faut les voir , il faut aller chercher de l'information. Il y a beaucoup à faire dans cette intervention auprès de l'enfant, mais on en retire un plaisir extrême. Je me souviens d'une petite fille qui avait été à l'hôpital Sainte-Justine, parce qu'elle ne mangeait pas et n'engraissait pas. Elle avait presque un an, et elle ne pesait qu'une dizaine de livres. On me l'a amené, la bouteille était déjà prête ! (Rires). Quand l'intervenant est parti, elle l'avait déjà bue. Ça ne s'était pas vu ça encore... Elle a senti, cette enfant-là, que je lui offrais quelque chose et qu'elle était prête à l'accepter. Ça aide, quand on part tous les deux gagnant - gagnant . Elle avait des forces qu'on est allé chercher. Cette enfant-là, aujourd'hui, elle s'affirme très bien et elle est capable de bien fonctionner. Il y en a d'autres, par contre, qui sont tellement désorganisés, on les a tellement pas vus . On leur a donné des soins quand même, mais on ne les a tellement pas vus. Il fallait tellement qu'ils soient corrects . On a été en même temps très exigent avec eux. C'est tellement pas facile de leur faire comprendre qu'on va être régulier, qu'on va être constant dans nos soins, parce que c'est une base pour répondre aux besoins d'un enfant.
Comment on leur fait assimiler que trois fois par jour, tu vas manger et que tu vas avoir toujours la même conséquence au même geste que tu fais, les mêmes punitions vont arriver ? Il y a même un protocole des punitions avec ces enfants-là. En passant, c'est bien plus facile de punir une bebelle qu'un enfant, tu obtiens de bien meilleurs résultats. On dit que nos grands-mères apprenaient à élever leurs enfants sur le tas . Je vais vous dire qu'aujourd'hui on a la non-expérience de beaucoup de gens avec les enfants, parce qu'on vient de petite famille, on n'a pas côtoyé beaucoup d'autres enfants. On s'est occupé de nous, enfant, et le focus était beaucoup sur nous. On vieillit et beaucoup n'ont jamais gardé d'autres enfants. Et lorsqu'on a des enfants, on est en difficultés. On est pris pour intervenir avec ces enfants-là, avec le bon coeur, mais pas trop d'expérience, avec un petit peu de connaissances dans les livres. Mais la pratique n'est pas dans les livres. C'est tout un mandat devenir famille d'accueil, je l'ai appris. J'en retire un plaisir. Mais j'ai eu l'intention de fermer mes portes parce que je trouvais que ce qui se vivait, ce qui était donné comme soin, comme soutien, était incomplet. Combien d'enfants auraient besoin de suivi psychologique, de pédopsychiatrie. Combien d'enfants ont besoin d'être minimalement vus et regardés par les grands de la société, pour voir où ils en sont rendus, et quelles sont leurs possibilités. On pense beaucoup à l'autisme, aux déficiences, alors que les enfants n'ont même pas été stimulés. C'est surprenant de voir que lorsqu'on leur apprend à dire un mot, ils sont capables de le dire.
Je rêve de la journée où on va faire une équipe autour de ces enfants-là. Qu'on va lui donner vraiment tout ce qu'il faut pour, si on peut pas tous les sauver, que ceux qu'on tente de sauver, qu'on les amène jusqu'au bout, de où on veut les sauver. Pas juste de les laisser d'une survie à une autre. Parce qu'ils en ont de la richesse, puis ils sont capables d'en faire des choses. Ils sont tous intelligents, c'est juste qu'à un moment donné, la sagesse n'a pas été développée. Comment on va les aider à acquérir toute cette sagesse-là, que dans le fond, tout le monde a ? C'est juste un cheminement de vie qu'on a à faire avec eux. Je prône beaucoup ça avec mes familles d'accueil : de se former, de vraiment prendre le temps de regarder comme il le faut, de toujours aller chercher leur motivation, pourquoi ils ont voulu devenir famille d'accueil. Je pense que lorsqu'on va chercher notre motivation première, et c'est encore la même aujourd'hui, comment on peut repartir avec une belle énergie, et comprendre que, oui, petit à petit l'oiseau fait son nid. Puis, petit à petit les causes s'établissent et on trouve les moyens qu'il faut pour les aider.
C'est le mot que je lance, moi, à tout le monde. Les enfants en famille d'accueil, ce sont les enfants de tout le monde. Allions-nous ensemble pour les aider et pour mieux les comprendre.
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