![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 13, numéro 69, juin 2002 |
|
Madame Renée Harrison Écouter la conférence
Voir
la conférence
Présidente
Association des éducatrices et des éducateurs en milieu
familial du Québec
AEMFQ
Conciliation travail / famille : réalité ou utopie pour l'éducatrice en milieu familial régie.
Mon propos sera bref, il ne relève pas de la thèse mais bien de l'expérience partagée des éducatrices en milieu familial à travers le Québec qui doivent jongler avec ce concept de travail / famille et l'assumer au coeur de leur quotidien. J'aborderai, sur ce thème, la seule problématique de la gestion du milieu physique, soit la gestion de la résidence de l'éducatrice en milieu familial, comme milieu de vie de la famille et milieu de garde aménagé pour une pluralité d'activités éducatives. Néanmoins, d'autres problématiques sont aussi le lot de l'éducatrice en milieu familial : droit au remplacement, respect du plein ratio, contrôle et surveillance des CPE qui, par surenchère du Règlement, imposent des entraves à toute la famille, respect du choix de la clientèle, obligation de formations qui ne correspondent pas toujours aux besoins : toutes ces problématiques sont de l'ordre du travail et influent sur la qualité de vie de l'éducatrice et sur celle de sa famille
Conciliation travail / famille, voilà un slogan rassembleur et un objectif séduisant proposé par le ministère de la Famille et l'Enfance (MFE). Cet objectif est mis de l'avant par le biais de la politique familiale et, en partie, par la création des places à contribution réduite (places à 5 $) pour tous les parents du Québec et de leurs enfants de 0-5 ans. Les éducatrices en milieu familial du Québec partagent cet objectif avec le MFE et acceptent d'y jouer leurs rôles de partenaires : preuve est qu'elles reçoivent plus de 45 % des enfants de niveau préscolaire dans leurs services éducatifs permettant ainsi aux parents de bénéficier de cette subvention et d'avoir accès à des services de garde de qualité où santé, sécurité, bien-être des enfants et programme éducatif sont des priorités, tout en privilégiant la continuité de la relation enfant et éducatrice et en favorisant la fratrie au sein d'un groupe multi-âges.
Mais qu'en est-il du respect de cette conciliation travail / famille pour les éducatrices en milieu familial régies lorsque l'on aborde la gestion de leur milieu physique, tenant compte que les éducatrices en milieu familial sont des travailleuses autonomes ?
Traçons, succinctement, un portait évolutif du milieu physique d'un service éducatif en milieu familial qui respecte les besoins personnels de l'éducatrice et de sa famille, ses valeurs personnelles et ses exigences professionnelles, le tout à l'intérieur même de sa résidence et tout au cours du déroulement de sa carrière.
Premièrement, que ce soit pour l'éducatrice débutante ou l'éducatrice d'expérience, son milieu résidentiel doit répondre à toutes les normes de santé et de sécurité telles que stipulées dans la Loi et dans le Règlement des centres de la petite enfance. Elle doit aussi mettre à la disposition des enfants qu'elle reçoit tout le matériel éducatif et des jouets en nombre suffisant pour offrir un programme éducatif concordant avec le programme de développement global tel que voulu par la politique familiale.
Pour l'éducatrice qui fait de sa résidence un milieu de garde tout en choisissant d'y élever ses enfants d'âge préscolaire, la conciliation travail / famille semble plus aisée. En effet, toute la maison est alors réquisitionnée pour permettre au service éducatif d'offrir un service de qualité : la cuisine devient lieu de jeux d'eau ou de sable, d'expériences scientifiques, de rassemblement ou de centre d'expression créative ; les chambres, tour à tour lieu de repos et de jeux de rôles ; le salon permet tant les exercices de motricité que les ateliers de développement intellectuel, le tout baigné dans une atmosphère favorisant le développement du langage, de la lecture et de l'écriture. La résidence toute entière répond à un des principes de base du programme éducatif : un environnement physique organisé où les enfants reçus, l'éducatrice et ses propres enfants bénéficient d'un espace leur permettant une participation active à tous les jeux. Et, à cette étape de sa carrière, l'éducatrice en milieu familial bénéficie aussi de l'appui indéfectible de son conjoint qui est souvent un acteur positif de son épanouissement et de celui de ses enfants.
Mais l'âge du préscolaire terminé, vient l'âge du primaire pour les enfants de l'éducatrice et l'heure de la reprise de possession de leurs chambres lorsqu'ils sont de retour à la maison. Ce sont souvent les premières pièces que l'éducatrice doit négocier avec ses enfants. Leurs chambres sont un lieu privilégié où ils peuvent disposer de leurs articles personnels, s'isoler, recevoir leurs copains après la classe et assumer une certaine autonomie de gestion quant au contrôle du rangement ou du désordre. L'éducatrice doit respecter les valeurs d'autonomie et de partage par lesquelles se définit son enfant et dans cette négociation de l'espace privé en espace communautaire, l'éducatrice ne trouve pas toujours le soutien de son conjoint qui ne partage pas nécessairement ses préoccupations d'ordre professionnel, les siennes étant d'ordre parental.
Et voici l'âge de l'adolescence, l'âge rempli de promesses et de perturbations. Pour l'adolescent, l'espace privé et familial est essentiel à l'assise de sa personnalité d'adulte. Il est difficile pour l'adolescent de partager cet espace privé avec de petits enfants qui ne sont pas de sa famille et qui le restreignent dans sa mobilité. En effet, pour l'éducatrice en milieu familial, dont les préoccupations premières sont la sécurité, la santé et le bien-être des enfants qu'elle reçoit, il est très difficile, voire même pénible de contrer la liberté de ses enfants adolescents pour le bien-être des enfants des autres. Comme professionnelle, elle doit trouver des solutions qui lui permettent de travailler paisiblement et comme mère, elle doit respecter cette étape cruciale du passage de l'enfance à l'âge adulte de ses propres enfants. Encore là, elle ne trouve pas toujours écho chez son conjoint qui préférera limiter, en toute équité, ses interventions aux réelles problématiques familiales.
Ses enfants devenus adultes, l'éducatrice aura moins à transiger sur l'appropriation de l'espace maison. En effet, ceux-ci ont souvent un horaire d'études et de travail tel qu'ils sont très peu à la maison durant les heures de garde. De plus, une plus grande maturité leur permet de mieux comprendre les exigences professionnelles auxquelles doit faire face leur mère. C'est, cependant, souvent à cette époque que le conjoint commence à trouver très lourd le choix professionnel de sa conjointe et qui fait que lorsqu'il est de retour à la maison, il aspire à une quiétude bien méritée. Pour l'éducatrice, que ce soit ses enfants ou son conjoint, elle doit toujours tenir compte, et cela quotidiennement, de leurs besoins à l'intérieur de la maison et des exigences d'un service éducatif. Sans cesse, elle doit trouver des solutions qui satisfassent tout le monde.
La solution qu'envisagent la plupart des éducatrices en milieu familial, qui ont à coeur la poursuite de leur carrière, c'est l'aménagement d'un espace consacré uniquement à leurs services éducatifs pour conserver l'espace familial privé. Malheureusement, toutes ne le peuvent pas, non pas par manque d'espace ou de moyens : mais parce que les gestionnaires de leur CPE, qui doivent approuver la conformité des lieux où se déroulent les services éducatifs, leur refusent ce droit sous prétexte (ou comme j'aime bien le dire dans une vision romantique de la garde en milieu familial) que la garde en milieu familial doit se passer dans toute la maison de l'éducatrice et que c'est cette similitude entre le milieu de vie et le milieu de garde de l'enfant qui est une des caractéristiques de ce type de garde.
C'est une vision très réductrice de la garde en milieu familial que cette seule similitude des milieux physiques. Pour L'Association des éducatrices en milieu familial du Québec et les éducatrices qu'elle représente, la garde en milieu familial va bien au-delà de cette vision. La garde en milieu familial est un type de garde, privilégié par les parents qui désirent que leur enfant reçoive des services éducatifs et établisse un lien significatif avec une même éducatrice tout au long de sa petite enfance ; un milieu de garde qui pourra recevoir les autres enfants de la famille s'il y a lieu ; un milieu de garde où la santé, la sécurité et le bien-être sont priorisés. Un milieu de garde où la communication est facilitée par la présence quotidienne de l'éducatrice et où une plus grande souplesse dans la gestion des heures de garde est possible. Un milieu de garde qui se trouve souvent dans le quartier même de l'enfant et qui permet à celui-ci de recevoir des services éducatifs où les valeurs de la famille rejoignent les valeurs du milieu de garde, où l'enfant peut déjà tisser des liens avec d'autres enfants et d'autres adultes de son quartier. Un milieu de garde dans lequel une synergie de quartier peut facilement s'organiser pour bonifier les services éducatifs offerts à leurs enfants et où un sentiment d'appartenance à la communauté peut facilement émerger grâce aux rencontres que font leurs enfants avec les gens du quartier lors des visites aux parcs et de l'utilisation des services publics.
C'est tout cela la garde en milieu familial et bien davantage. Alors pourquoi réduire ce service éducatif au seul lieu physique ? Pourquoi ne pas laisser l'éducatrice en milieu familial gérer son lieu physique dans le respect de la Loi et Règlement et dans le respect de son statut de travailleuse autonome ? Ainsi, elle pourra elle aussi concilier travail / famille. Tout du moins en ce qui concerne la gestion des lieux physiques.
![]() |
Association
des éducatrices et des éducateurs en milieu familial du Québec AEMFQ 1287, rue Saint-Paul Ancienne Lorette (Québec) G2E 1Z2 |
Vox : (1-418) 877- 0984 |