Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 13, numéro 69, juin 2002

Madame Carole Lafrance   Écouter la conférence   Voir la conférence
Directrice
Les Relevailles de Montréal
Centre de ressources périnatales

Attention, bébé arrive!

Est-ce qu'on peut parler de changements
à l'arrivée d'un bébé?
Non.
Le mot est trop faible.
Un bébé, ça change tout!
Plus rien n'est pareil, c'est un bouleversement.

Un bébé ça change :
notre sommeil,
notre vie de couple,
notre vie professionnelle,
nos amitiés,
notre espace vital (Dieu que ça prend de la place pour tous les accesoires!),
notre liberté,
notre emploi du temps, le physique de la mère,
notre portefeuille,
et j'en oublie sûrement...

D'abord, prenons la mère.
De tous les temps des femmes ont porté des enfants et accouché.
Mais, c'est pas parce que c'est courant
que c'est facile.
Ça demande énormément d'énergie.
Avant d'être enceinte,
j'imaginais que le plus difficile,
c'était de porter le poids du bébé.
J'avais pas deux mois de fait,
à peu près aucune livre de plus sur la balance,
que déjà, je n'étais plus la même :
j'avais plus de difficulté à monter les escaliers, j'avais besoin de plus de sommeil,
alors, imaginez, huit mois plus tard,
avec le poids du bébé.
Et ensuite avec l'accouchement, les nuits blanches et la fatigue qui s'en mêlent à l'arrivée
d'un bébé. Il faut le dire, c'est quelque chose.

Mais il n'y a pas que la mère qui s'en ressent.
Le père aussi.
Lui aussi se fait déranger dans son sommeil, même s'il n'allaite pas.
Il sent aussi que la mère porte maintenant plus d'attention au bébé qu'à lui,
c'est pas toujours facile.
Mais il y a aussi autre chose dont on parle moins souvent : le bouleversement que le père vit
suite à l'accouchement.
Pensez-y.
Assister, impuissant, à la douleur de sa femme. Pas facile.
L'image qu'il se fait de sa conjointe
n'est plus la même ensuite.

Souvent, de nos jours, les naissances arrivent à un âge plus tardif :
vers la fin de la vingtaine,
plutôt qu'au début de la vingtaine, il n'y a pas si longtemps.
La fin de la vingtaine est souvent une période où les deux conjoints ont entrepris une carrière et
atteint un certain degré de contrôle sur leur vie, sur leur agenda.
Or, le bébé, lui, vient changer tout ça.

J'ai vu une mère arriver en larmes un après-midi aux Relevailles. Son problème était que le
bébé, au lieu de s'éveiller à 6 heures du matin comme à l'habitude, s'était levée à 8 heures. Et
la maman ne savait plus quoi faire : normalement, bébé prenait un biberon à 6 heures, des
céréales à 8 heures et un autre biberon à 10 heures. Mais là elle ne savait plus s'il fallait
donner le biberon, ou les céréales ou les deux à 8 heures! Le pire, c'est que cette mère était
tout à fait consciente que ce qui lui semblait une montagne aurait du être très simple à régler.
Elle vivait donc, en plus, un sentiment d'incompétence, de vulnérabilité.
L'image de soi aussi en prend un bon coup.

Une des choses qui est difficile à l'arrivée d'un bébé, c'est que c'est aussi un événement
heureux..

L'arrivée d'un bébé est,
à la fois,
un des plus heureux événement de notre vie,
mais aussi un des plus difficiles.

De là découle beaucoup d'incompréhension et d'ambivalence.
Cette incompréhension, les parents, et particulièrement la mère, la perçoivent chez les autres,
mais en plus, eux aussi la vivent.

Or, isolés dans ces sentiments contradictoires,
les parents, et particulièrement la mère,
ressentent en plus, des sentiments de culpabilité, des sentiments de dévalorisation.

“ Qu'est-ce que j'ai à pleurer? ” se demande la nouvelle maman.
Elle a un bébé en santé, et théoriquement, tout pour être heureuse.
Alors, pourquoi pleurer?
Probablement parce qu'elle est une mauvaise mère! C'est malheureusement une fausse
conclusion dans laquelle certaines mères vont glisser à l'occasion, quand elles se sentent plus
fatiguées, plus vulnérables.

La vie professionnelle de la mère
en prend un coup.
À moins, d'avoir choisi la carrière de mère à la maison, ce qui arrive encore, pour le plus grand
bonheur de certaines mères.
Mais, assez souvent,
la maternité entraîne des conflits entre les intérêts professionnels et les intérêts de la famille.
Le retrait du monde du travail
pendant le congé de maternité
implique un retrait de la vie active à laquelle la mère était habituée.
Je parle bien sûr des mères qui avaient un emploi qu'elles aimaient avant l'arrivée du bébé.

Au lieu de rencontrer des collègues de travail tous les jours, ceux qu'on aime et ceux qu'on aime moins, on parle dorénavant avec un bébé.

On se retrouve à la fin de la journée, au lieu d'avoir accompli un travail précis, cédulé, qu'on
contrôle bien,
le conjoint arrive du travail et nous demande : « Bonjour, qu'est-ce que t'as fait aujourd'hui? »
« Rien, je me suis occupé du bébé. »

C'est notre bébé, oui, un bébé qu'on adore, oui, mais tout de même quelqu'un qui dépend de
soi, qui demande énormément de don de soi, de patience, d'attention, et il faut le dire, de
travail aussi.

Les couches, ça se change pas tout seul,
les pyjamas, sont tous petits, mais il faut les laver souvent, et ça n'arrête pas!

Rien de mieux qu'une personne qui est restée à la maison avec des enfants pour comprendre
que
le métier le plus ingrat de la terre, c'est d'être à la maison.

Tu te lèves, il faut faire à déjeuner.
Tu viens à peine de finir le déjeuner,
il faut penser au dîner.
Après le dîner,
la sieste de bébé pendant laquelle maman se dépêche de faire du ménage,
on prend une petite marche
et déjà c'est le temps de penser au souper.
Après le souper, il faut débarasser, donner le bain, et la première chose qu'on sait, c'est l'heure d'aller se coucher.
Et le ménage. Ça paraît pas. Le ménage paraît juste quand il est pas fait.
Et on appelle ça un congé de maternité ou un congé parental.

Il y a plusieurs parents ici dans la salle. Levez la main, ceux qui ont eu un bébé pareil comme
le bébé que vous aviez imaginé pendant la grossesse. Je suis sûre qu'il n'y en a pas beaucoup.
Or, ce bébé qu'on n'a pas eu, il nous manque. Il faut faire le deuil de ce bébé beau, fin, gentil,
calme, qui boit aux quatre heures et s'endort après.. Bien sûr, c'est la catastrophe si en plus le
bébé est gravement malade ou handicapé, mais restons dans le domaine des bébés normaux.

La majorité des bébés que j'ai eu la chance de connaître jusqu'ici, n'avaient
pas de mode d'emploi, et ceux qui en avaient un, soit ils ne l'avait pas lu, soit ils avaient décidé
de ne pas le suivre.

Il n'y a pas deux bébés pareils. C'est la richesse de notre société, mais qu'est-ce que c'est
demandant pour un parent!

Je vous ai parlé du sentiment de deuil parce qu'on n'a pas eu le bébé qu'on attendait. Pour la
mère, il y a aussi la perte de son bébé. Je m'explique. Quand elle porte un enfant, le bébé fait partie d'elle-même.
On appelle cela en psychologie : la symbiose. Quand l'enfant naît, il se sépare de la mère.
C'est évident, vous allez me dire. Mais, pour la mère, c'est une perte.

C'est un bonheur immense que de porter un enfant. (Les nausées, les pipis à trois heures
du matin à part.) De plus, quand une femme est enceinte,
les gens autour d'elle trouvent normal de l'aider à porter ses sacs d'épicerie,
lui ouvrir les portes,
lui sourire,
lui demander : « C'est pour quand »

La mère est l'objet d'attention. Elle existe.

Quand le bébé arrive,

non seulement, le bébé n'est plus en elle, mais en plus, la femme devient « personne ».
Qui ici dans la salle n'a pas déjà vu une des deux grand-mères arriver à la maison, s'élancer
vers le bébé, le prendre, lui faire des petits câlins, et s'apercevoir seulement ensuite que vous
êtes là, vous aussi. Vous savez de quoi je parle!

La femme doit se refaire une identité,
et non, quoi qu'elle en pense, elle ne sera plus jamais la même.
La mère aura besoin de temps.
D'un temps plus ou moins long,
pour vivre la perte de ce qu'elle était avant,
de sa liberté,
de son sommeil,
de sa taille de jeune fille,
de sa vie d'avant.

Revenons au père.
Dans l'ancien temps, comme on dit,
son rôle était clair.
Pourvoyeur.
Point.
Aussi dur et aussi simple que cela.
Il n'assistait même pas à l'accouchement, non pas question, et maintenant, il n'a pas plus le
choix : il doit y être.
On attend de lui qu'il « assume son rôle de père ». Mais, c'est pas toujours facile.
En plus de ne pas avoir de modèle, c'est dur de se faire une place entre la mère et l'enfant.
D'accord, parfois, certains hommes sont bien contents de partir au travail, d'avoir l'excuse du
patron qui demande le temps supplémentaire, ...

Mais, je vois aussi des mères qui ont beaucoup de difficulté
à accepter
que le père ne prenne pas soin du bébé de la même manière qu'elles.
« Prends-le pas comme ça, son cou! »
Quand le père donne le bain, oh, catastrophe, le bébé a de l'eau dans les yeux!
C'est épouvantable!
C'est ce que je pensais.

À moi, mon bébé faisait une « crise » quand il avait une goutte d'eau dans les yeux.
J'ai changé d'idée quand il a eu environ trois ans, le jour où j'ai vu son père l'inonder en plein
visage avec la douche pour le rincer bien à fond.
Le petit, il chialait, vous pensez?
Non. Pas du tout. Pas un mot.
Il avait intérêt, sinon, il aurait avalé de l'eau,
mais je peux vous le dire : il n'en est jamais mort. Guy Corneau l'a démontré :
un père c'est pas une mère,
une mère c'est pas un père
et le bébé, a besoin des deux.
Le bébé a besoin de deux parents différents,
et c'est pour cela que la nature lui en a donné deux différents.
Le père a tout un défi devant lui pour arriver à prendre sa place auprès du bébé.
Mais je suis convaincue qu'
il a tout intérêt à le faire,
pour lui,
pour le bonheur d'être père,
mais aussi pour l'enfant.

Fianalement,
on pourrait dire qu'avoir un bébé, c'est difficile. Mais ce n'est pas juste cela.
Il y a aussi tout le bonheur qu'il procure.
C'est pour cela, que des organismes comme Les Relevailles de Montréal existent.

La première des choses, les parents qui viennent chez nous s'aperçoivent qu'ils sont normaux.
Ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas les seuls à avoir déjà cherché et jamais trouvé “ le petit piton pour mettre le bébé à OFF .
C'est normal, il n'y en a pas.
Mais, on apprend et on échange tout plein de truc, de la danse de coliques, en passant par les
meilleurs trucs pour pas devenir fou.

La mission des Relevailles est de « Favoriser l'adaptation à la vie avec un nouveau-né. »

Nos services sont le soutien téléphonique, les cours et les rencontres, et le service Coup de main d'entretien ménager léger et de répit à la maison.

Parce que vous savez, parfois,
« Quand on a besoin des bras, les paroles ne servent de rien.»
C'est pas moi qui l'ai inventé, c'est Ésope, qui l'a dit, il y a bien longtemps. Et je pense
qu'Ésope avait pensé aux mères de famille quand il a dit ceci.

Notre marque de commerce aux Relevailles, c'est les activités où maman et aussi papa,
participent avec leur bébé.
Ces activités ensemble leur emporte beaucoup de plaisir, autant au parent qu'au bébé.
C'est vraiment mignon de voir les bébés se regarder, tenter de se toucher, gazouiller entre eux, sympathiser entre eux : quand un bébé pleure, il y en a toujours un autre qui se met de la
partie : la solidarité entre bébés!
Pourquoi les parents viennent aux Relevailles : parce qu'ils veulent s'impliquer avec leur bébé, développer des liens avec bébé,
apprendre des activités à faire avec leur bébé, refaire le plein d'énergie,
finalement, avoir beaucoup de plaisir.

Il est important de comprendre que l'étape de la périnatalité, de la grossesse jusqu'à un an,
est une étape cruciale.
Si les parents reçoivent du soutien à cette étape, ça peut faire une énorme différence.

L'arrivée d'un bébé, ça change pas le monde, mais....
Une dernière chose,
dans tout ce que je vous ai dit :
vous en prenez, vous en laissez.
Mon objectif était de vous faire réfléchir,
de vous faire réagir,
et j'espère aussi de vous faire rire.
Un bébé, c'est merveilleux,
et avec le sens de l'humour,
ça se prend mieux.

Merci de votre attention.


Les Relevailles de Montréal
Centre de Ressources
Périnatales
750, 16e avenue, bureau 10
Montréal (Québec) H1B 3M7

Vox : (1-514) 640-6741
Fax : (1-514) 640-7621

relev@cam.org

   
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