Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 7, octobre 1989

Satellite Famille et communautés culturelles

Atelier I

Monsieur Gregory Baum
Professeur d'éthique sociale
Faculté de sciences religieuses de l'Université Mc Gill

Monsieur Gregory Baum considère que la perte de l'homogénéité sociale à laquelle font face les sociétés industrielles est attribuable aux effets de la modernisation et du capitalisme plutôt qu'aux incidences de l'immigration.

La modernisation et l'éclatement des sociétés

La perte de l'homogénéité sociale est à présent un phénomène en Europe et en Amérique du Nord. Cela en partie, à cause de l'immigration. La perte de l'homogénéité sociale est douloureuse. Lorsque les gens sont malheureux de constater cette perte, ils réagissent souvent d'une façon mauvaise. II me semble qu'il ne faut pas toute de suite les traiter de racistes. Ils ont quand même un droit de rejeter la perte de la société homogène et d'en faire le deuil mais, après avoir fait ce deuil-là, il faut commencer à être réaliste et s'engager dans l'intégration des familles ethniques qui arrivent.

On parle souvent de multiculturalisme, de pluralité des cultures. Cependant, cette formulation me semble inadéquate car il faut une analyse plus précise de la situation au Québec. En faisant une distinction entre culture primaire et culture secondaire. La primaire c'est la culture de la famille, la culture de la nourriture, de la façon de vivre, d'habiter. La culture primaire, c'est donc ce qu'on apprend comme petit enfant. Cette culture primaire est évidemment essentielle pour créer une certaine identité. Mais, à part ça, il y a des cultures secondaires qui sont imposées par les grandes institutions. C'est le marché et le capitalisme, la technologie et la structure politique. Aujourd'hui les forces du marché, la structure politique et la modernisation sont partout. Cela cause une fracture de la culture primaire. Le Québec est en train de se transformer. Non pas par l'arrivée des groupes ethniques mais par la modernisation, le capitalisme et la structure politique qui changent et qui brisent en quelque sorte ce qu'on a appris comme enfant, à savoir la culture de la famille.

Les immigrants qui arrivent ici s'adaptent facilement à cette grande structure. Ils sont très influencés par l'esprit du capitalisme, de la consommation. On cherche le succès. Tout ce style de vie nord-américain et aussi européen est très puissant. Par exemple, même dans les montagnes du Pérou, il y a de l'occidentalisation qui arrive à travers la radio, la télévision et les transistors dévoilant une nouvelle vision et un nouvel imaginaire. Les cultures primaires sont donc menacés un peu partout.

Les immigrants qui arrivent ici d'un peu partout s'adaptent très vite aux grandes structures. Leur culture primaire n'est aucunement menacée par la culture québécoise mais par la structure presque universelle qui prime en occident.

On vit dans un pays, le Québec, qui est un peu comme les autres, un pays avec des cultures fracturées. Les grandes structures ont une influence énorme. II y a Mc Donald, par exemple, qui est ni anglais ni français; c'est une langue universelle. Si on regarde la publicité de la bière à la télé, c'est de quel pays ? De quelle race ? D'ailleurs c'est de la vulgarité que de présenter le bonheur autour d'une bouteille de bière. Alors, la culture primaire est menacée non pas par le pluralisme culturel mais plutôt par d'autres forces. Ceci est une analyse qu'on ne retrouve pas souvent dans nos journaux ni dans nos descriptions.

 

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