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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier I
Monsieur Abdelkader Benabdallah
Chercheur
Institut québécois de la recherche sur la culture
Tout en essayant de démystifier et de relativiser les problèmes de l'immigration, monsieur Abdelkader Benabdallah dresse un tableau de nouveaux enjeux de ce phénomène.
L'immigration dans son contexte historique
Dans l'immigration il y a une nouvelle qui se manifeste depuis une décennie, à savoir qu'elle est de plus en plus originaire du tiers-monde, alors que précédemment c'était essentiellement une immigration originaire d'Europe. II y a donc une nouvelle attitude dans la société québécoise par rapport aux immigrants qui est nettement différente de l'attitude qui existait auparavant à l'égard des immigrants originaires d'Europe.
Maintenant, il faut se méfier du concept qui revient souvent dans l'esprit de certaines personnes qui veulent à tout prix justifier un certain désir de maintenir une homogénéité sociale. II faut s'en méfier car certaines personnes et groupes l'utilisent pour masquer les concepts qu'on a déjà connus dans le passé, à savoir l'homogénéité ethnique et, en fin, la pureté de la race . Ainsi, on essaie de justifier une certaine réserve à l'égard des immigrants en invoquant ce genre de concepts qui cachent plutôt une ségrégation au niveau de populations venant de régions, de civilisations et de races différentes de celles de l'Occident.
Actuellement, il se trouve que la situation mondiale étant ce qu'elle est, l'Occident économiquement a besoin d'immigrants originaires du tiers-monde. La dénatalité dans notre région est un fait qui va en s'accentuant et, d'autre part, le tiers-monde est en plein éclatement économique. Le système dominant actuel dans le monde a pratiquement fait éclater toutes les sociétés et les économies du tiers-monde, ce qui a incité - et incitera de plus en plus - les gens à quitter le tiers-monde, ne serait ce que pour survivre. Ce phénomène, on l'a connu ici il y a un siècle, lorsque, par exemple, les immigrants irlandais sont venus au Québec parce qu'il y avait la famine en Irlande, et parce que l'industrialisation de la Grande-Bretagne a crée cette situation dans leur pays. Les Irlandais ne pouvant plus vivre sur place ont été contraints de venir en Amérique du Nord pour trouver une solution à leur survie.
Actuellement le tiers-monde connaît à peu près la même situation. Les sociétés ont éclatées. Les économies sont extraverties et réduites à néant par le système dominant qui est occidental, et les populations dans leur quête de survie n'ont plus qu'une chose à faire : suivre la voie des Irlandais et des autres immigrants qui comme certains Québécois sont venus ici parce qu'ils avaient de difficultés à survivre chez eux. C'est le même phénomène : simplement il se trouve que maintenant il n'y a pas de nouveau continent à découvrir. Tout est pris et les gens qui sont maintenant sur place, à savoir les québécois de souche, essaient de ne pas ouvrir la porte de façon très accueillante pour différentes raisons. On se trouve devant un dilemme, devant une situation mondiale qui fait que l'humanité a besoin de survivre. II y a des endroits prospères où il existe une population très faible. Et si on parle du postulat que la terre est faite pou tout le monde, les immigrants originaires du tiers-monde on leur place ici comme les Québécois de souche avaient la leur auparavant, bien que dans des conditions différentes.
Alors c'est pour mettre à point des concepts qui rendent les relations entre immigrants et Québécois de souche souvent difficiles. Des incompréhensions en découlent. Souvent les gens ne comprennent pas très bien pourquoi les immigrants originaires du tiers-monde ne sont pas de type occidental, n'ont pas les mêmes habitudes... Donc, il s'agit de corriger petit à petit ces perceptions par des campagnes d'information afin d'expliquer que ce phénomène est tout à fait naturel. Les Québécois sont les premiers à devoir le comprendre; eux mêmes furent des immigrants ici. Ce ne sont pas des autochtones - les autochtones sont les amérindiens - et ils ont connu le même itinéraire et devraient être en position de mieux comprendre la situation des immigrants. Ils devraient comprendre que leur société a contribué indirectement à l'éclatement du tiers-monde, et c'est ce qui incite les gens provenants de ces régions à quitter leur pays. Ils les quittent parce que, comme les Irlandais comme les autres peuples, ils ont besoin de survivre. C'est donc un phénomène de survie. C'est une donnée qu'il ne faut pas négliger.
Par ailleurs, il y a un préjugé que j'aimerais mettre au clair à savoir : on perçoit les civilisations et les cultures des immigrants provenant du tiers-monde comme étant celles de sauvages, de barbares, etc. Il faudrait aussi qu'ici, on reconnaisse l'apport du tiers-monde au niveau civilisationnel et au niveau économique pour le Québec et pour l'Occident en général. Par exemple, simplement au niveau civilisationnel et culturel, la religion chrétienne est une religion qui vient du tiers-monde, qui vient de cette région afro-asiatique qu'on appelle le monde arabe et qui est la synthèse des cultures et des croyances de trois vieux continents, et donc des religions monothéistes et universelles. La civilisation occidentale a pu sortir en quelque sorte de sa barbarie grâce à un certain apport civilisationnel, à savoir la religion. Par ailleurs, au niveau des sciences, actuellement les chiffres qu'on utilise en Occident sont des chiffres arabes qui sont la résultante des apports asiatiques et africains. Les astronautes n'ont pas été sur la lune en utilisant les chiffres romaines; ils ont utilisé les chiffres arabes. Même au niveau scientifique l'apport du tiers-monde est énorme. Maintenant, au niveau économique, la prospérité de l'Occident a été construite su la misère du tiers-monde jusqu'aujourd'hui. Même le Québec a été construit en quelque sorte sur les cadavres des Amérindiens. Ce sont des gens qui sont de civilisation autre qu'occidentale et qui font donc partie du tiers-monde. Toutes ces données-là devraient permettre aux Québécois d'avoir une attitude moins hautaine, moins méprisante à l'égard de ces populations qui sont de race et de civilisation différentes.
Au niveau de la famille, cela permettrait un meilleur dialogue entre Québécois de souche et immigrants originaires du tiers-monde, ce qui constituerait un élément très important dans la compréhension et l'intégration des familles immigrantes à la société québécoise.