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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier III
Monsieur Pascal Delgado
Coordinateur
YMCA Montréal
Monsieur Pascal Delgado est travailleur social qui oeuvre auprès des organismes communautaires. II est aussi président de "Accès" un organisme qui s'occupe des immigrants et des réfugiés. II tire sa réflexion de son expérience auprès de communautés culturelles et de groupes de réfugiés. Dans son intervention il expose certains problèmes et troubles psychologiques consécutifs à limmigration et il distingue les problèmes des immigrants de ceux que rencontrent les réfugiés dont le projet migratoire est très différent d'un groupe à lautre. II parle des devoirs et des responsabilités du pays d'accueil face aux immigrants.
Les facteurs de stress chez limmigrant : son nouvel état d'immigrant et les maux de la société d'accueil
II existe une très grande différence entre
limmigrant indépendant et le réfugié et entre la
perception qu'ils ont deux-mêmes et de leurs familles et
de la manière dont ils s'adaptent à la société d'accueil.
L'immigrant choisit de venir s'installer dans un pays. II a fait
toutes les démarches préalables pour immigrer. Son choix est la
conséquence d'une décision volontaire. Il laisse tout derrière
lui pour devenir canadien. L'immigrant, contrairement au
réfugié qui n'a pas le choix, a une perception psychologique de
son rôle, tandis que le réfugié doit sauver sa peau. Son
expérience est différente en terme de santé mentale.
Par contre les problèmes de santé que vivent les immigrants
sont sensiblement les mêmes que les nord-américains. Ils vivent
les mêmes problèmes de violences familiales, déclatement
de la cellule familiale, de séparation et de rupture auquel
s'ajoute un autre phénomène traumatisant, celui de
limmigration. En effet, limmigration est par
définition traumatisante et on retrouve des problèmes liés au
sentiment daliénation et d'anomie de limmigrant par
rapport à la société d'accueil parfois exacerbé par le
mépris et la d discrimination raciale que rencontre
limmigrant dans le pays d'accueil.
Tous les immigrants subissent cette expérience traumatisante de
ladaptation à de nouvelles conditions d'existence. On cite
dans le rapport de la commission Besner sur la santé mentale des
immigrants et des réfugiés, le cas de ce médecin d'origine
britannique qui témoignait qu'il avait vécu lui-même une
période très dure dadaptation et de dépression, de
névrose même, relié à la difficulté de sintégrer. Si
lexpérience est traumatisante pour un immigrant de race
blanche, elle est beaucoup plus difficile encore pour un membre
d'une minorité visible ou d'un immigrant du tiers-monde.
Deux façons de réagir au problèmes de l'adaptation
Celui qui immigre peut adopter deux attitudes pour répondre au trauma de ladaptation. La première est de senfermer sur lui-même, en vivant en ghetto, en rejetant l'environnement direct, pour se confiner dans un monde clos. Cette attitude provoque chez limmigrant des conflits émotionnels graves qui peuvent conduire à lhospitalisation. L'autre réaction, à lopposé, est que limmigrant devient plus dur, plus ferme. II veut se battre pour être le meilleur et réussir mieux que les nord-américains. La conséquence de cette attitude est la naissance des problèmes de stress issue de cette compétitivité combine au stress de ladaptation et on retrouve les mêmes effets sur sa santé que pour les nord-américains, c'est-à-dire lémergence de nouveaux problèmes dus à la drogue, au tabac, à lalcool, et qui ont des répercussions directes sur la vie familiale de ces individus.
Des réactions différentes qui ont des conséquences sur les modèles familiaux
L'immigrant apprend vite les vices et les travers
de la société et on assiste dans certains cas à la
décomposition de la cellule familiale, à des ruptures et des
conflits conjugaux, conflits qui sont souvent exacerbés par le
stress de limmigration. Dans toutes ses observations, il
faut tenir compte du fait que dans Montréal on dénombre pas
moins de quatre-vingt-dix ethnies différentes et que chacune
d'entre elle a des problèmes particuliers et que lon ne
peut faire de généralités en avançant des chiffres. On
observe dans chaque communauté des comportements différents au
sein de la famille. On retrouve un plus haut taux de divorce dans
certains groupes ethniques tandis que dans d'autres les liens
familiaux ont tendance à se resserrer. Par exemple chez les
familles musulmanes, bouddhistes, et même protestantes, on
assiste à un renforcement dun style de vie relié à des
formes ancestrales, conservatrices valorisant la vie familiale.
Par contre, dans d'autre communautés émergent des problèmes
graves qui sont vécus au niveau des familles en terme de
violence faite aux femmes et aux enfants, d'usage abusif
d'alcool, de drogue et de phénomènes antisociaux reliés au
nouveau style de vie urbaine de limmigrant qui n'a pas une
situation économique stable, ni un logement adéquat à ses
besoins. Encore une fois, les données varient d'un groupe à
lautre d'un pays à lautre.
Limmigrant devant la nécessité de s'identifier à une culture: le problème du Québec
Souvent les conflits familiaux sont vécus en terme dintégration culturelle des individus et de recevoir des signaux contradictoires occasionne des perturbations. Limmigration au Canada pour larrivant pose un certains nombres de problèmes. II est confronté à un certain nombre d'informations parfois contradictoires qui créent chez lui une certaine confusion. En effet, lorsqu'il arrive au Québec il est confronté à deux modèles et il ne sait à quelle culture sintégrer et se posent pour lui un certain nombres de questions. Comment devient-on Canadien? Quest-ce qu'un Canadien? Quelle est la différence entre un Canadien et un Québécois? Les demandes faites par la société d'accueil au nouvel arrivant sont contradictoires et entraînent dans lesprit de celui-ci une sorte dinsécurité face à son éventuelle intégration à un groupe de référence.
La réaction des parents et celle des enfants: un fossé culturel.
On constate que s'installe un fossé culturel
entre parents et enfants, car les enfants ont tendance à
s'assimiler plus vite. Ils s'adaptent plus facilement aux moeurs
et coutumes du pays tandis que les parents, par réaction, ont
tendance à vivre de façon plus traditionnelle que dans leurs
pays d'origine. Ils se sentent investis du pouvoir de défense
des valeurs traditionnelles de leur société d'origine. On
assiste au phénomène où les parents tentent de reproduire des
modes de vie dans le pays d'accueil qui n'ont plus court. Les
gens ont tendance à évoluer plus vite et à rejeter les valeurs
traditionnelles. Ces parents néo-québécois veulent que leurs
enfants vivent une vie religieuse orthodoxe, se marient dans leur
communauté, alors que les enfants sont quotidiennement
confronté à une société pluraliste, oecuménique. Cela
engendre des conflits au sein de la famille .
Un autre phénomène où on voit lenfant devenir le tuteur
de ses parents. Souvent lenfant apprend plus vite la langue
du pays. Lenfant sert dinterprète pour ses parents
auprès des divers services sociaux et autres. De nouvelles
tensions apparaissent alors entre parents et enfants car le
parent voit son rôle dévalorisé. II est en conflit
dintérêt avec son enfant
Dans le pays dorigine lenfant dépend du parent et
dans le pays d'accueil, à linverse, il est responsable.
Dans le pays d'origine, le chef de famille est le patriarche. II
détient les rênes du pouvoir tandis que dans le pays d'accueil
lenfant développe plus vite des outils culturels et il
devient le contestataire du rôle du père.
Chez certaines familles musulmanes surtout celles qui sont
touchées par les réformes et la revitalisation de lIslam,
on assiste à un retour aux valeurs traditionnelles. Dans
d'autres cultures la culture occidentale était vue comme un
grand modèle, on assiste à un retour aux racines des cultures
du tiers-monde. On constate une revalorisation des valeurs
familiales et un retour au conservatisme et aux sources. Une des
conséquences de cet état est la concentration en quartier
solidaire et fermé de ces groupes. Par contre lorsque les
communautés renforcent leur liens et conservent leur valeur, il
devient difficile pour les intervenants des services sociaux de
pénétrer ces communautés lorsque se manifestent des problèmes
de violence familiale. Ceci est pour illustrer l'impact négatif
du renforcement des valeurs traditionnelles dans une société
qui nintègre pas ses immigrants et où on assiste à un
climat de méfiance envers certaines membres de communautés
alimenté par des préjugés. Par exemple, le rôle des Haïtiens
dans la propagation du SIDA et le danger des relations
inter-culturelles. D'où il devient impérieux d'avoir des
programmes dintégration inter-culturelle pour éviter que
la ville ne soient composée que de communautés vivant dans
lisolement et la méfiance.
Les problèmes que rencontrent les réfugiés
Le réfugié vit une situation plus dramatique
qui est imputable aux délais qu'imposent les lois de
limmigration, entre le moment où il est accepté comme
réfugié et celui où sa famille est réunie. Cette situation
crée de graves problèmes pour celui qui vit cette situation et
à la fois pour celui qui réside dans le pays d'accueil.
Celui-ci sinquiète pour les autres membres de sa famille
qui restent au pays et qui sont victimes souvent de répression.
Par exemple, un réfugié éthiopien qui vient au Canada risque
de voir sa famille victime de représailles dans son pays
d'origine. II manque au Canada de politiques fermes et
cohérentes en matière de réunification des familles. Ces
délais ont comme conséquence que lorsque la famille se
retrouve, il peut sêtre passé plusieurs années et ce
n'est plus la même famille. Ils ont vécu lisolement, la
dépression et dautre expériences pénibles.
Pour finir, on doit ajouter que les premières années sont
primordiales pour les immigrants et elles sont déterminantes
pour son intégration. II est indispensable pour la société
d'accueil de mettre laccent sur des programmes d'accueil
pour que le nouvel arrivant ait une perspective franche et nette
de sa nouvelle culture. Les premiers mois sont critiques pour les
immigrants et pour la perception qu'ils auront de leur nouvelle
vie.