Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 7, octobre 1989

Satellite Famille et communautés culturelles

Atelier III

Madame Viviane Ducheine
Coordonnatrice
Bureau interculturel de la Ville de Montréal

Madame Viviane Ducheine nous présente dans son exposé les programmes mis en oeuvre par la Ville de Montréal pour permettre une meilleure intégration de ses diverses communautés ethniques qui sont des composantes importantes de la Ville de Montréal. Ces programmes comme elle l'explique ont été mis sur pied pour rejoindre les diverses familles des groupes ethniques, suite à l'identification de certains problèmes et pour palier à ceux ci: éviter l'extension du phénomène des ghettos spontanés qui se créent dans certains quartiers et qui sont des lieux où se retrouvent en majorité concentres les immigrants et où on observe la montée de problèmes sociaux liés à la pauvreté, à la violence et à l'usage et au trafic des stupéfiants.

Une réflexion sur la problématique familiale

Le Bureau interculturel de la Ville de Montréal agit dans le cadre municipal pour favoriser l'accessibilité des services municipaux aux diverses communautés culturelles existantes sur l'île de Montréal. Le Bureau a été créé il y deux ans pour répondre aux besoins de plus en plus pressants d'une population ethnique de plus en plus croissante . Lorsqu'on a demandé à madame Viviane Ducheine de participer à ce Colloque, elle s'est mise à réfléchir sur la problématique de la question et s'est aperçue que ces programmes tentaient de rejoindre des individus, mais qu'en pensant à ces objectifs on s'aperçoit qu'ils concernent au départ les familles.

Pour la réalisation de ces objectifs à la communauté urbaine de Montréal, on a pris en considération que plus de 35% de la population de Montréal était issue de diverses communautés culturelles et que l'on retrouve une forte concentration de ces groupes dans les centres villes. Si les paliers de l'immigration sont définis par des lois fédérales et provinciales, c'est au municipal qu'incombe tant le fardeau des immigrants. Cette absence de politique en ce qui concerne l'implantation et l'intégration des immigrants dans les villes a un impact négatif sur la population immigrante et son adaptation dans ses quartiers. Le manque de politiques cohérentes a créé dans le passé des problèmes et pour palier à ces problèmes qu'elle a identifies la Ville de Montréal a mis sur pied le Bureau interculturel afin de s'assurer que les nouveaux arrivants aient accès aux services offerts par la Ville.

Le palier municipal qui doit absorber la grande masse des immigrants est rarement consulté, même si c'est celui qui est le plus proche des citoyens. Les gens s'identifient ou font référence tout d'abord à leur ville d'origine et après à leur pays. C'est pourquoi, il faut s'assurer que les représentants de ces communautés aient accès aux services offerts par les villes, car c'est leur premier point d'appartenance, et de voir comment on peut leur donner accès à ces services.

Deux questions se sont alors posées:

La première était : l'information arrive-t-elle jusqu'à cette population ? La réponse était non et ce, pour plusieurs raisons. La plus manifestes étant la barrière linguistique. C'est pourquoi les services offerts par la Ville le sont en plusieurs langues, six exactement. En plus du français et de l'anglais, en créole, en grec, en portugais, en espagnol, en vietnamien et en italien. Mais pourquoi six langues ? C'est que l'on a observé que les immigrants parlaient déjà au moins une des deux langues et qu'à Montréal on dénombrait pas moins de 80 langues différentes; le choix c'est fait selon les critères d'importance et d'ancienneté des communautés présentes. Une fois la barrière linguistique passée on pouvait rejoindre plus facilement les groupes ethniques.

La deuxième était: la barrière culturelle qui est moins identifiable, fait référence au vécu et qui rejoint plus les familles. Car les personnes qui émigrent, par définition changent d'environnement. Qu'ils s'enrichissent ou qu'ils s'appauvrissent, le fait de changer de pays a un impact profond sur la vie familiale; la vie de quartier change, le logement est différent même la structure familiale est modifiée. On passe d'une famille élargie à une famille bi-parentale ou monoparentale, les réseaux d'entraide ne sont plus les mêmes ainsi que les valeurs .

L'immigrant qui arrive au pays est au départ et par définition isolé. II ne connaît personne, parfois il a du mal à cause de la langue à communiquer avec ses congénères, les personnes ressources, les endroits où s'informer pour connaître les ressources du milieu ou les personnes qui lui permettraient de vivre sans trop de traumatisme la transition vers l'intégration.

Le cas du quartier Côte-des-Neiges : un exemple à éviter

Au niveau municipal, on a pu constater que malgré les efforts du Bureau interculturel on a encore des ghettos qui se créent qui sont le résultat du manque de politiques concertées entre les divers paliers de gouvernements et qui bloquent l'intégration des immigrants .

Si on prend comme exemple le quartier de Côte-des-Neiges on constate par les statistiques que plus de 56% de la population est composé de personnes d'origine ethnique. Ces gens arrivent et s'installent dans des logements peu adéquats à cause du peu de biens dont elles disposent et du manque de ressource en logements sociaux dans ce quartier. D'après la politique en matière d'attribution des logements de l'Office municipal d'habitation, il faut avoir vécu dans le même quartier depuis un an pour avoir accès à un logement à loyer modique, ce qui d'office exclut les nouveaux arrivants. Les listes d'attente comportent 16 000 personnes. De plus, les quartiers à forte concentration ethnique ne disposent que de peu d'immeubles municipaux pour répondre à la demande. La volonté semble exister mais il y a un manque manifeste de ressource dans ces quartiers.

La Société d'habitation est en train de réaliser conjointement avec le Bureau interculturel de la Ville de Montréal un projet visant à répartir plus équitablement les logements à loyers modiques en tenant compte de cette nouvelle réalité. Le Bureau interculturel doit les aider à concevoir et à adapter les politiques de la société.

Quelles sont les conséquences des fortes concentrations ethniques dans les quartiers ? Des poubelle... des poubelles...

Les nouveaux habitants des quartiers apprennent souvent leurs habitudes de vie en regardant leur voisin faire. Les travaux publics de la Ville de Montréal sont confrontés avec un problème dans certains quartiers en ce qui concerne les heures de dépôts des ordures ménagères qui posent des casse-têtes aux autorités locales. En effet, personne n'a jamais appris à ces gens dans les quartiers Côte-des-Neiges et Parc-Extension à quelle heure déposer ses ordures, ce qui a comme conséquence un engorgement des rues et ruelles et donne un apparence de saleté permanente à ces quartiers. Pourquoi personne n'a jamais pensé informer ces nouveaux arrivants des us et coutumes. II n'y a pas de consensus universel au niveau des horaires, chaque pays à ses coutumes qui varient d'un pays à l'autre. Et il ne faut pas présumer que les immigrants vont deviner. Cette situation a comme conséquence des quartiers où à longueur d'années traînent des poubelles et la perception qu'a la société d'accueil de ces nouveaux arrivants véhicule tout un lot de préjugés sur le manque de propreté et de discipline dont font preuve ces individus.

Les pompiers, ou la police ?

Un autre domaine sur lequel le Bureau interculturel travaille est celui de la sécurité. II travaille conjointement avec les services de Prévention des incendies. Le Bureau a mis sur pied des programmes de visite auprès des familles pour faire connaître le rôle du service de la Prévention des incendies. C'est pour aider le Service qui se heurte dans l'officiel de ses fonctions à certains problèmes: il cite le cas où ils sont arrivés dans un appartement où les locataires faisaient un méchoui dans le salon. On ne peut pas présumer que le nouvel arrivant s'adaptera sans que personne ne lui apprenne, car il draine avec lui les habitudes de son pays d'origine. Un autre cas: lorsqu'un pompier se présente chez une femme arabe, celle-ci ne lui répondra pas et pour cause car c'est un homme. Certaines religions constituent un obstacle majeure et une entrave au travail des corps de métier. La perception et le manque d'information sont des handicaps au travail. Certains groupes de gens ont peur de l'uniforme et ne font pas de différence entre les policiers et les pompiers. On pourrait passer des heures à énumérer des exemples comme ceux-ci. Choses qui sont évidentes pour nous mais qui sont inconnues pour eux et on commence à peine à s'intéresser à ce problème. On a laissé se créer des ghettos et c'est une aberration de laisser se créer des quartiers comme Côte-des-Neiges. Les gens ont intérêt quelque soit leur origine ethnique à se connaître et se fréquenter. II devrait y avoir des politiques qui s'assurent que l'immigrant qui s'installe puisse s'intégrer dans des structures, qu'il y ait un équilibre et que l'échange soit possible. À Côte-des- Neiges, on constate qu'il n'y a plus de québécois qui y vivent. Les immigrants sont laissés à eux-mêmes, les enfants vont dans des écoles à forte concentration ethnique. Ils forment des ghettos scolaires qui isolent les enfants et ne permettent pas l'échange. Dans certaines écoles à

Montréal, on retrouve jusqu'à 80% d'enfants d'immigrants. II est indispensable de poser des gestes pour éviter l'isolement des familles immigrantes, pour permettre les contacts et les échanges car la sensibilisation ne peut naître que de l'échange .

On a demandé à la Ville de faire un programme de sensibilisation pour ses fonctionnaires qui permettrait de faire connaître aux fonctionnaires municipaux cette nouvelle réalité et pour répondre aux besoins des gens lors de session de trois jours. Les résultats seraient beaucoup plus probants si l'apprentissage passait par la vie de tous les jours.

Ce que la Ville de Montréal désire faire c'est sensibiliser les services du logement, des loisirs, des sports, de la vie des quartiers à cette nouvelle situation et de faire que information circule et parviennent à ces familles.

Pour faire en sorte que Montréal ne soit pas composé d'une mosaïque de solitudes mais d'une communauté pouvant partager et profiter de l'apport culturel de l'autre.

 

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