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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier IV
Madame Rosemay Eustache
Présidente du comité consultatif des groupes ethniques
de la CSN
Bureau de la Communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal
Madame Rosemay Eustache traite de la question des personnes en attente de statut: de la contradiction qui existe bien souvent entre le contexte économique dans lequel elles évoluent et la situation financière qu'on exige d'eux pour leur accorder la résidence et le parrainage. Elle cite le cas de femmes haïtiennes.
Le cas des femmes haïtiennes en attente de statut
Nous avons fait une enquête sur des femmes qui ont fait des demandes de réfugiées parce qu'elles subissaient du harcèlement sexuel de certaines autorités mâles en Haïti. La seule issue pour ces femmes était de quitter Haïti. Quand tu refuses les avances sexuelles d'un tonton-macoute, pour t'en sortir il faut laisser le pays. Or il y a eu plusieurs cas de femmes à qui on a refusé ces motifs-là. Quand il y a eu le programme de Verdun, un certain nombre de femmes haïtiennes qui étaient ici depuis 5 ans, 8 ans, 9 ans ont été refusées sous le prétexte qu'elles n'avaient pas les capacités financières.
En ce qui concerne le parrainage, c'est une seule personne qui doit parrainer alors que dans les autres provinces deux personnes peuvent se mettre ensemble pour parrainer. Nous croyons que le parrainage, plus particulièrement le fait qu'une seule personne puisse parrainer, et les critères financiers actuels sont injustes pour la famille.
Je reviens à ces femmes dont je parlais tout à l'heure, ces personnes qui ont été refusées au programme de Verdun parce que supposément leurs revenus ne leur permettaient pas de subvenir aux besoins de la famille si les enfants entraient ici. II y a une personne qui avait deux emplois et à qui on disait qu'elle n'avait pas un revenu suffisant alors que celui-ci était supérieur à celui du conseiller d'immigration qui l'accompagnait. Et ce conseiller d'organisme communautaire a femme et enfants.
Nous trouvons que les critères financiers au ministère des communautés culturelles et de l'immigration sont lourds et pénalisent les familles défavorisées. Par ailleurs, ce que ça entraîne comme conséquence au niveau de ces familles c'est que parfois elles sont 5 ans, 7 ans, 8 ans séparées. Est-ce que vous imaginez quelle est la souffrance de ces personnes qui sont ici et dont bien souvent la femme et les enfants sont restés au pays? Donc je pense qu'on pourrait déjà faire une recommandation de demander au ministère des Communautés culturelles et de l'immigration du Québec de repenser les critères pour le parrainage. Et concernant ces femmes qui ont été un apport important pour l'économie du Québec et qui ont donné 5 ans, 8 ans de travail, il faudrait qu'on puisse leur faciliter l'accès au statut de résidence.
II y a quelque chose d'autre aussi c'est que, on parlait tout à l'heure des ghettos d'emploi, et quand on regarde les statistiques de 86 au niveau du Canada pour le revenu familial annuel, les familles haïtiennes se retrouvent au bas de l'échelle. Donc le système fait de la discrimination et garde ces personnes-là dans des ghettos d'emploi, les maintient au salaire minimum et ensuite on leur reproche de ne pas atteindre un salaire adéquat pour pouvoir faire venir les personnes. Donc il y a une contradiction, on rend la personne responsable de ce qu'elle subit. Donc je pense qu'il y a une injustice qui doit être réparée.
Aussi on doit faire quelque chose pour les personnes qui sont en attente du statut de résidence, soit les revendicateurs pour le refuge ou ces autres personnes qui ont été refusées au programme de Verdun: leurs enfants qui sont ici avec eux ou qui sont nés ici n'ont pas droit, ne reçoivent pas d'allocations familiales. Donc vous imaginez, ces gens qui vivent déjà dans une insécurité financière, qui ont des emplois précaires et tout ça. Ce qu'on donne pour aider minimalement l'ensemble des parents, l'ensemble des familles, ces familles-là n'y ont même pas droit. Non seulement elles n'ont pas droit aux allocations familiales ni du fédéral, ni du provincial, en plus elles n'ont pas droit au crédit d'impôt. Au niveau financier, ces familles sont durement pénalisées et ça crée des situations de familles à risque.
Enfin pour les femmes, on pourrait demander aussi que les cours de francisation puissent être jumelés à des cours genre "J'apprends avec mon enfant" pour aider les parents à pouvoir suivre leurs enfants dans les travaux qu'ils ont à faire et à comprendre le système pédagogique québécois.