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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Séance d'ouverture
Madame Diane Gagnon
Secrétaire à la concertation
Secrétariat à la Famille
Madame Diane Gagnon, du Secrétariat à la Famille, présente « Familles en tête », le plan d'action en matière de politique familiale, 1989-1991, du gouvernement du Québec.
Familles en tête : plan daction
Je suis heureuse de m'associer à vous
aujourdhui pour parler, et entendre parler, de familles. Ce
colloque mapparaît comme une initiative heureuse en ce
qu'il permet de s'informer mutuellement sur la situation des
familles, et plus particulièrement des familles immigrantes. II
me fournit également loccasion de partager avec vous les
mesures que le gouvernement du Québec a décidé de prendre pour
créer un environnement plus propice à la vie des familles et à
lépanouissement de ses membres. C'est tout récemment,
soit le 13 septembre dernier, que celui-ci a rendu public son
plan daction en matière de politique familiale, «
Familles en tête ».
C'est de ce plan dont je vous entretiendrai. Il contient une
série de mesures qui s'adressent à lensemble des
familles, et donc, aux familles immigrantes. Il en contient
également certaines autres qui sont, celle-là, spécifiques aux
familles des communautés culturelles. Mon propos vise à vous
présenter les premières, soit les mesures générales, laissant
à la sous-ministre adjointe au ministère des Communautés
culturelles et limmigration, madame Nicole Brodeur, le soin
de vous parler des secondes.
Le plan d'action comprend trois parties : un rappel des
transformations qui ont affecté la vie des familles au cours des
dernières décennies, un bilan de ce qui a été fait, à ce
jour, en faveur de celles-ci et une présentation des mesures,
c'est-à-dire de ce que le gouvernement s'engage à faire
dici 1991. J'aborderai, dans mon propos, chacune de ces
trois parties.
1. Rappel des transformations
D'entrée de jeu, on rappelle, dans le plan d'action, les transformations majeures qui ont changé la réalité familiale. Je les énumère rapidement, pour fixer la toile de fond qui doit guider les gestes à poser :
Avènement des petites familles
Les familles nombreuses, qui ont longtemps caractérisé le
Québec, sont choses du passé. En effet. 81% des familles
actuelles n'ont pas plus de deux enfants.
Chute des naissances
II s'agit là d'un phénomène largement répandu dans les
sociétés occidentales et qui, au Québec, a atteint un seuil
dramatique. Avec 1.4 enfant, par femme, on est en bas du seuil de
renouvellement des générations, qui se situe à 2,1.
Diminution des mariages
Hier encore, le mariage était une pratique bien établie. Par
ailleurs en 1985, seulement 50% des couples établissaient leur
union sur une telle base. En corollaire, les unions libres se
sont généralisées ainsi que les naissances hors-mariage. Ces
dernières représentaient, en 1987, 30% du total des naissances.
Instabilité des familles
Aujourd'hui, on ne se marie plus aujourdhui pour la vie.
L'augmentation des divorces en témoigne. Ainsi, en 1987, on
comptait presque deux divorces pour 3 mariages.
Hausse de la monoparentalité
Pour un nombre croissant de familles, la structure mène du noyau
familial s'est modifiée. La monoparentalité, et principalement
celle avec une femme comme responsable de famille, est devenue
une forme d'organisation familiale de plus en plus courante. En
1986 21% des familles étaient monoparentales. Pour le 1/3
d'entre elles, cette situation est également synonyme de
pauvreté.
Augmentation du taux dactivité
des femmes
Une majorité de femmes travaillent à lextérieur du
foyer, soit 52,3% en 19871.
II s'agit là d'une réalité qui est également celle des mères
ayant des enfants de moins de 6 ans : 57,2% d'entre elles avaient
une activité rémunérée en 19872.
L'ensemble de ces transformations a profondément modifié la vie
des familles. En quelques années, le Québec est passé d'une
société relativement homogène, où mariage, familles
biparentales avec père pourvoyeur, mère au foyer et stabilité
du noyau familial étaient la norme à une société
caractérisée par !a diversité des profils familiaux, la
mutation de lun à lautre et la réduction de la
taille de la cellule familiale. Tous ces changements ne sont pas
faits sans heurts. Des tensions sont apparues, se soldant tantôt
par des adaptations, tantôt par des éclatements. C'est de tout
cela dont il faut tenir compte dans la définition et
ladministration des programmes destinés à mieux supporter
les familles.
2. Bilan des actions en faveur des familles
Le plan d'action en matière de politique familiale que le gouvernement vient de rendre public s'ajoute à un ensemble de gestes, déjà posés. Je le rappel très brièvement, espérant par là, faire ressortir lengagement de mieux en mieux affirmé et concret en faveur des familles.
Au plan des orientations
Au cours de la décennie 80, on a assisté, au Québec, à un
vaste travail de réflexion, de sensibilisation et de
consultation sur le thème de la famille. II en est résulté un
énoncé des orientations gouvernementales en matière de famille
et de la mise en place des structures administratives
nécessaires pour bien asseoir laction gouvernementale :
Secrétariat à la famille, réseau interministériel de
répondantes et de répondants à la politique familiale et
Conseil de la famille.
Au plan budgétaire
Depuis 1985, plusieurs mesures ont été intégrées au budget du
gouvernement dans le but de mieux soutenir financièrement les
familles. En quatre ans, soit de 1985 à 1989, laide
financière accordée à celles-ci s'est ainsi accrue de 93%,
passant de 814 millions à 1,57 milliards.
Au plan des services
Au cours des dernières années plusieurs services et programmes
ont été développés avec une nette préoccupation familiale.
Les uns constituent un soutien à la responsabilité parentale -
augmentation du nombre de places dans les services de garde,
refonte de la Loi de lInstruction publique affirmant, entre
autres, la participation des parents dans la gestion de
lécole et de la commission scolaire. Les autres ont été
pensés en réponses à des problèmes vécus dans les familles.
L'approche a été tantôt préventive, comme par exemple la
sensibilisation à lapproche familiale des intervenantes et
des intervenants du réseau de la Santé et des Services sociaux.
Au plan législatif
Plusieurs amendements législatifs ont été apportés sur divers
aspects du droit ayant une incidence sur la vie des familles. À
titre d'exemple, on peut rappeler ceux concernant
lindexation et le recouvrement des pensions alimentaires.
3. Les engagements à réaliser dici 1991
Le plan d 'action en matière de politique
familiale présente un ensemble d'engagements dans les principaux
secteurs affectant directement la vie des familles.
Au regard du soutien économique, le plan d'action poursuit la
priorité déjà identifiée par le Gouvernement et propose de
continuer à augmenter laide financière à légard
des familles qui comprennent plusieurs enfants, et de jeunes
enfants.
Un autre secteur jugé prioritaire est la transformation de
certaines conditions de travail des parents. Alors que plus de
60% des mères d'enfants de moins de 15 ans sont sur le marché
du travail, il devient impératif de faire en sorte que les
parents en arrivent à mieux concilier leurs responsabilités
parentales aux exigences du marché du travail.
« Families en tête » cible des objectifs précis à ce
chapitre. Ils ont trait, notamment. à lamélioration des
conditions de travail des parents qui ont de jeunes enfants, à
la garantie d'emploi et à la facilitation du retour au travail
après un congé de naissance d'une durée maximale de 52
semaines. La première partie de ce congé étant le congé
actuel de 18 semaines auxquelles les parents pourraient ajouter
jusquà trente-quatre semaines prises par le père ou par
la mère.
En matière de santé et de services sociaux, on veut, dans le
plan d'action, continuer à accroître lapproche familiale
dans une perspective de prévention. On propose aussi d'accorder
la priorité aux interventions qui sinscrivent autour de
trois circonstances ayant des répercussions importantes sur les
familles : la naissance, la rupture d'union de parents et la
violence en milieu familiale dans le seul chapitre de la santé
et des services sociaux, plus d'une douzaine d'actions seront
réalisées au cours des prochaines années.
Lécole, pour sa part, sera toujours un partenaire
important pour les parents, puisquelle partage avec eux la
socialisation et léducation des enfants. Le plan d'action
suggère ici des mesures qui permettront au réseau scolaire de
mieux jouer son rôle auprès des enfants et des parents. Des
ressources seront consacrées afin de stimuler la participation
des parents à la gestion de lécole. Chaque région
scolaire du Québec tiendra un colloque sur les relations
nécessaires entre lécole et les familles. Finalement, des
actions de sensibilisation et déducation aux rôles
parentaux seront privilégiées.
Dans le secteur de lhabitat et du logement, le Gouvernement
favorisera la mise en place de mécanismes de concertation pour
une meilleure prise en charge des besoins des familles. La voie
privilégiée est celle de létablissement des commissions
d'orientation municipale.
J'ai indiqué précédemment que le Gouvernement a procédé, au
cours des dernières années, à des amendements législatifs
touchant le droit de la famille. Cependant, les nombreux
bouleversements qu'a connus la structure familiale depuis une
vingtaine dannées questionnent encore certaines
dispositions législatives. Un des objectifs prioritaires
d'intervention dans ce secteur sera de viser à uniformiser les
obligations et les responsabilités parentales dans les lois et
programmes gouvernementaux sans égard à létat civil des
parents.
Une politique familiale axée sur la réalité québécoise
requiert une connaissance précise des comportements des familles
et des personnes qui la composent. La recherche sur la famille
fera donc lobjet d'actions spécifiques.
On ne peut oublier linfluence capitale que les médias
exercent. Ils ponctuent la vie des familles et nourrissent les
esprits de messages divers. II apparaît important de connaître
avec plus de précision linfluence des médias sur les
membres de la famille.
Enfin, vous le remarquerez, lun des objectifs du plan
d'action est daccroître laide accordée aux familles
nombreuses, et particulièrement à celles qui ont de jeunes
enfants. « Familles en tête » propose une formule, ce pourrait
être une carte familiale, enfin, une formule qui permettrait aux
familles nombreuses d'avoir accès à des tarifs préférentiels
ou à des réductions de prix qui leur seraient consentis par des
entreprises, des municipalités ou d'autres partenaires. Les
paramètres de ce projet seront définis au cours des prochains
mois.
Conclusion
La réalisation des mesures du plan d'action
implique un travail d'étroite collaboration entre le
Secrétariat à la famille et les divers ministères qui se sont
engagés à adopter ou à développer des programmes et des
services en faveur des familles. La perspective multisectorielle
du plan commande une telle approche.
Mais, il faudra plus. II faudra également que tous les
partenaires ayant à coeur lamélioration des conditions de
vie des familles, en particulier les organismes familiaux,
poursuivre avec vigueur leur travail de réflexion, d'animation
et de sensibilisation. C'est à cette condition que la
préoccupation « famille » demeurera vivante et
dactualité.
La rencontre daujourdhui est un bon exemple de ce
travail nécessaire. Bravo aux organisateurs et aux
organisatrices qui ont fait de ce colloque un succès. Bravo
également aux participantes et aux participants qui ont
accepté, par un beau samedi doctobre, de venir partager
leur expérience et leur réflexion, contribuant ainsi à mieux
faire connaître les orientations à retenir au regard des
familles des communautés culturelles.
Notes
1. Le
secrétariat à la Condition féminine. La situation
socio-économique des Québécoises. Quelques indicateurs.
Québec, 1989
2.
Ibid, La situation socio-économique des femmes, fait et
chiffres. Québec, 1988