![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
|
Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier IV
Madame Jacqueline Hekpazo
Porte-parole
La Maison d'Afrique
Madame Jacqueline Hekpazo dresse un tableau de la situation des
immigrants et des réfugiés au Canada en général et plus
précisément au Québec. Dans ce contexte, elle analyse
linégalité daccès des femmes à limmigration
en s'attardant au cas des femmes parrainées. Dans une
perspective conjointe de politique familiale et
dimmigration, elle fait ses recommandations pour une
amélioration de la condition des familles immigrantes en
particulier mais de façon globale de toute la société
québécoise.
L'immigration au Québec : situation et perspectives
Je me propose ici de faire de brefs rappels sur
la nature de limmigration et sur lhistorique de
limmigration au Canada et au Québec. Je parlerai ensuite
de la situation de la femme immigrante et des statuts de la
personne parrainée et de la personne réfugiée. Enfin je
regarderai les perspectives par rapport à la politique
d'immigration et à la politique familiale.
L'immigration est un moyen utilisé par le capital pour disposer
d'une force de travail abondante et à bon marché. Elle fait
office de réservoir de main-d'oeuvre. C'est un mécanisme qui
fait partie intégrante du système économique international où
règne la loi du marché et dans lequel le travailleur migrant
n'a que sa force de travail à vendre et pas toujours, pour ne
pas dire pas souvent, au plus offrant. Le système économique
international étant marqué par linégalité des échanges
entre les pays du Nord et ceux du Sud, l'immigrant va porter
cette marque catégorisatrice déjà porteuse de discrimination.
L'immigration se fait toujours en fonction des besoins du pays
d'accueil que ce soit pour son image de marque humanitaire, pour
ses besoins en main-d'oeuvre à bon marché ou bien de
professionnels qui ne coûtent rien au pays d'accueil parce
qu'ils ont déjà été formés dans le pays d'origine, pour ses
besoins en capitaux - la recherche des immigrants investisseurs -
ou pour ses besoin démographiques. On touche ici la question de
la politique familiale : est-ce que les femmes du Tiers-Monde
vont être simplement une force de reproduction pour les pays
d'accueil?
Pour les pays d'origine, de façon générale, limmigration
n'est pas un choix réel. Ce sont les nécessités économiques
et socio-politiques qui la commandent. En ce qui concerne les
femmes immigrantes. elle suivent le mari ou les parents.
Généralement elles viennent de milieu populaire, rural ou
urbain. Si elles viennent de façon indépendante, elles vont là
où les possibilités économiques paraissent les plus grandes de
se trouver du travail. C'est la situation de ces femmes-là: les
femmes ordinaires, qui m'intéresse, pas celles qui sont d'une
catégorie sociale plus élevée, qui ont des possibilités de se
débrouiller beaucoup plus facilement.
Situation de limmigration au Canada
L'immigration est à la base du peuplement de
lAmérique du Nord. C'est une chose qu'il ne faut pas
oublier. Jusqu'aux années 70, ce sont les États-Unis et les
pays d'Europe qui fournissaient au Canada et au Québec la
majorité des immigrants. En 1984, c'est plus de 70% des
immigrants qui proviennent des pays du Tiers-Monde. En 1957, il y
avait eu un nombre record de 282 000 immigrants au Canada. On est
loin actuellement de ce chiffre-là: en 1986, il était de 1 15
000 immigrants. Et pour 1988-89, lobjectif est de 175 000.
Les hommes immigrants et non les femmes immigrantes ont été et
sont toujours considérés comme la principale source de
main-d'oeuvre. Les politiques d'immigration développées par le
gouvernement fédéral depuis 1984 favorisent lentrée au
Canada des capitaux et des personnes fortunées et rendent
laccès plus difficile aux travailleurs ordinaires ainsi
qu'aux personnes démunies. Si on veut immigrer au Canada à
présent mieux vaut être riche et en santé comme dit le
proverbe. De fait les lois C55 et C84 définissent la structure
juridique et administrative d'un système qui rend presque
impossible d'atteindre les frontières canadiennes et d'y faire
une demande de statut de réfugié sans être préalablement
passé par des procédures de sélection complexes. Ces
procédures sont discriminatoires envers les femmes. II est en
effet virtuellement impossible pour les femmes d'entrer au Canada
sans être parrainées par un homme. Et lorsque les femmes sont
admises au pays à titre dépouse parrainée, ce qui est le
cas du tiers des immigrantes, leur métier ou leur profession
n'est pas considéré.
Dans le monde, il y a plus de 10 millions de réfugiés. C'est le
continent africain qui abrite plus de la moitié des réfugiés
du monde. En 1984, le Canada était seulement au 14ème rang
mondial parmi les pays d'accueil et en 1986, il a accueilli 2%
des réfugiés seulement: limage humanitaire est donc tout
à fait relative. Le gouvernement fédéral est responsable des
réfugiés. Ceux-ci représentent 30% à 40% de
limmigration totale. La grille de sélection est établie
selon les critères suivants : lexpérience
professionnelle, le niveau d'instruction et les connaissances
linguistiques. II y a environ un tiers des réfugiés admis au
Québec qui sont réellement choisis alors que le Québec reçoit
plus de la moitié des revendicateurs du statut de réfugié. Sa
part d'immigration est de 17% alors que la population
québécoise représente environ 26% de lensemble canadien.
Les femmes et les filles constituent plus de 80% de la population
mondiale des réfugiés et plus de 50% des femmes adultes
réfugiées subviennent seules à leurs besoins ou sont des
soutiens de famille. II y a très peu de femmes qui adressent une
demande de statut de réfugié au Canada. II est en effet très
difficile pour les femmes de se rendre aux ambassades du Canada
et dy faire reconnaître la légitimité de leur demande.
Bien souvent, elles n'ont pas assez de pouvoir politique ni
d'information, elles sont trop peu familiarisées avec les
papiers administratifs pour faire aboutir leur requête. Selon
les estimations les plus élevées, les femmes représentent
seulement 20% de tous les requérants au statut de réfugié au
Canada.
Politique québécoise
Larticle 95 de la constitution canadienne
spécifie que le Québec peut faire des lois dans le domaine de
limmigration dans la mesure où elles sont compatibles avec
les lois du Parlement du Canada. Le ministère de
limmigration du Québec a été créé en 68 mais le
Québec n'est pas le véritable maître d'oeuvre de ses
politiques d'immigration. II partage ses compétences avec le
gouvernement fédéral qui lui décide du budget et dont la
législation est prépondérante. Par rapport au problème de la
langue, quand on rentre au Canada, c'est la loi C72 sur les
langues officielles qui prévaut; pour le Québec, le français
est la langue officielle. Alors il y a déjà quelque chose au
départ. L'entente Cullen - Couture de 1978 qui donne au Québec
un droit de regard sur le choix des immigrants, n'a en fait
qu'une portée bien limitée. L'octroi de la nationalité
canadienne qui est symbole de lacceptation en tant que
citoyen à part entière relève du gouvernement fédéral. Le
Québec n'a pas encore le pouvoir d'octroyer la nationalité ou
la citoyenneté.
L'entente Cullen - Couture lui permet de contrôler 25% du
mouvement total de limmigration à partir de
létranger; la loi sur limmigration autorise la
réunification des familles, critère dont se prévaut la
majorité des immigrants. Une des dimensions de
limmigration est de fournir une certaine quantité de
main-d'oeuvre à bon marché et le système de parrainage ne
coûte rien au Canada. Les pays d'origine ont en effet déjà
assumé les coûts de formation de cette main-d'oeuvre et le mari
déjà immigré peut faire venir sa famille. La femme ainsi
parrainée est dépendante de son mari et à sa charge pendant
tout ce temps. La durée de parrainage des femmes mariées est de
10 ans; tandis qu'elle est de 5 ans si la personne à charge est
un frère ou une soeur.
Le programme de réunification des familles permet aux immigrants
de faire venir au pays certains membres de leur famille
immédiate. Ils doivent en outre avoir un seuil de revenu qui est
estimé suffisant. Ce programme représente de 30% à 40 % de
limmigration totale et 60% à 70% des nouveaux-venus
viennent dans le cadre de ce programme. La définition des
personnes considérées comme les membres de la famille sont les
ascendants et les descendants directs: le père, la mère, les
enfants. En sont exclus les frères et soeurs de plus de 18 ans.
Ces critères contiennent déjà leurs limites en ce qui a trait
aux familles du Tiers-Monde en général et d'Afrique en
particulier. En effet, la famille ça s'entend au sens de la
famille élargie qui sétend aux grands-parents, aux
oncles, aux tantes, aux neveux et nièces, aux cousins et
cousines. En cas de polygamie du mari, par exemple, quelle femme
peut prétendre être parrainée; est-ce la première ou la
deuxième?
En ce qui concerne la politique québécoise, en mars 81, on
assistait à l'établissement d'un plan d'action des communautés
culturelles qui s'appelait "Autant de façons d'être
Québécois" et qui devait favoriser une meilleure
intégration des communautés culturelles à la société
québécoise. II y avait proposition d'une série de mesures
concrètes destinées à corriger des écarts relatifs à
laccessibilité aux services gouvernementaux, au travail,
à 1éducation, à lemploi et à la fonction
publique. La notion de convergence était présente et était vue
comme une invitation aux communautés culturelles à s'associer
à la majorité francophone pour définir et bâtir une nouvelle
société. Le CIPAQ était un comité d'implantation du plan
d'action qui avait été mis sur pied et devait être en charge
pendant 6 ans mais il a été aboli en 1984 par le ministre
responsable de l'époque Gérald Godin.
Le Québec ne s'est pas rapproché de son objectif d'accueil de
25% de limmigration canadienne. En 1988. on comptait 26 000
nouveaux Québécois soit 4 000 de moins que lobjectif
fixé de 30,000. Le Québec ne reçoit donc même pas 20% au
niveau canadien. Et cela risque de diminuer encore car la
nouvelle ministre Gagnon-Tremblay dans une entrevue à la presse
en avril 1989 déclarait: «Si on n'a pas les structures pour les
accueillir ce qui veut dire les intégrer à la majorité
francophone, on est mieux de s'en tenir à un niveau qui est
beaucoup moindre ». Elle disait aussi: « Les structures
d'accueil, on ne peut pas dire qu'on les a nécessairement toutes
». Et elle estimait aussi que les ressources de son ministère,
soit un budget de 46 millions de dollars et 500 employés, ne
suffisaient pas. On peut être d'accord avec elle sur ce dernier
point à la lecture des programmes de subvention disponibles pour
les communautés culturelles.
Les femmes immigrantes
Regardons maintenant la situation générale de
la femme immigrante: quand on parle de politique familiale, on
fait référence à la situation des femmes avec leur double
statut de mère de famille et de source de main-d'oeuvre et, par
voie de conséquence, au statut de lenfant et à celui du
travailleur, leur rôle et leur place dans la société. Au
Québec, plus de la moitié des femmes immigrantes travaillent
dans lindustrie du vêtement. Elles sont très peu
scolarisées. Les Haïtiennes et les Grecques se retrouvent pour
la plupart en manufactures. Les Portugaises dans les services.
Elles se retrouvent souvent dans des ghettos ethniques d'emploi.
Le tiers d'entre elles ne parle ni anglais, ni français. Pour
les femmes des minorités visibles, il faut multiplier par trois
au moins tous les problèmes que rencontrent les autres
Québécoises. La plupart de ces femmes arrivent au Canada avec
le statut de personne parrainée et proviennent d'une culture
différente. Plus de 50% sont dans ce case-là. Elles se
retrouvent le plus souvent confinées dans des emplois
précaires, mal rémunérées et sans débouchés ne leur
permettant pas daccéder à un marché du travail plus
large.
Le statut de femme parrainée est une barrière inégalitaire au
départ et qui entraîne un état de dépendance de la femme à
légard du mari. Si lépouse quitte le mari pendant
la période des dix ans, elle se retrouve sans ressources
économiques. Elle n'a pas le droit au bien-être social. En
effet, pour y avoir accès il faudra qu'elle fasse certaines
démarches: qu'elle demande un bris de parrainage. qu'elle fasse
une demande de séparation légale. C'est long, c'est difficile
quand on n'a pas de ressources, quand on ne connaît pas la
langue, quand on ne connaît pas tous les rouages de la loi et de
ladministration, et qu'on a aussi tous les problèmes
d'ordre affectif et psychologique. Ces femmes n'ont pas non plus
droit à un prêt et bourse à lintérieur de ces dix ans
et, je ne sais pas si c'est corrigé, mais il n'y avait pas
d'allocation de fréquentation pour lapprentissage des
cours de français dans les COFI.
En 1986, les femmes immigrantes installées au Québec
constituent 8% des Québécoises. Environ 30% d'entre elles sont
originaires du Tiers-Monde, principalement d'Asie, des Antilles
et de lAfrique. 68% des immigrantes admises au Québec
entre 1968 et 1980 ne parlaient pas français.
Situation des Noirs
Jusqu'en 1967 les personnes de race noire
faisaient face au Canada à des politiques très restrictives en
matière d'immigration sauf en 1955 quand le gouvernement
fédéral a accepté lentrée de 280 Antillaises
anglophones se destinant à des emplois de domestiques. Ceci car
on avait besoin de main-doeuvre dans un domaine peu
valorisé. Les hôpitaux anglophones ont aussi recruté des
infirmières en provenance des Caraïbes et de divers pays du
Tiers-Monde.
II y a environ au Québec 135 000 Noirs dont 70 000 dans la
région montréalaise qui se repartissent environ en 35 000
Haïtiens, 30 000 Antillais, entre 5 000 et 10 000 Africains et
quelques milliers de descendants des communautés noires
installées depuis des siècles au Canada. Il y a environ
30 000 Africains au Canada dont 7 000 francophones au Québec. Le
taux de chômage dans cette communauté est de 50%. Il y a aussi
un net problème de non-reconnaissance des diplômes acquis à
létranger. Les chiffres de 1987 donnent 70% d'inoccupation
chez les jeunes Noirs. Pour les Haïtiens, 20.6% de chômage à
Montréal.
Perspectives
Pour les femmes immigrantes comme pour les
Québécoises, «penser famille» c'est penser revenu. Penser
revenu, c'est penser un travail. Penser un travail, c'est penser
les services de soutien comme les garderies, le logement social,
la santé, les transports. Fonder une famille est un acte social:
c'est refuser légocentrisme, lisolement, la froideur
affective. Vouloir une famille, c'est penser communautaire,
collectif, collaboration, chaleur affective. Les politiques
actuelles qui sont de miser davantage sur les lois du marché en
réduisant lintervention gouvernementale, de multiplier les
privatisations et de privilégier la compétitivité économique,
ces politiques ne vont pas dans le sens de penser famille. Ce que
lon constate c'est que des services collectifs équitables,
on est passé à des services communautaires auxquels on demande
de s'auto-financer et de s'auto-financer dans une population qui
n'en a justement pas les moyens. Des services communautaires, on
s'en va ensuite vers les services bénévoles. Des services
bénévoles pour lesquels on compte sur les femmes, les jeunes et
les personnes âgées. Les services aux communautés culturelles
n'y échappent pas du tout. Les femmes et les jeunes, entre
autres, autant québécois que membres des groupes ethniques font
les frais de ce glissement des services publics généraux qui
accroît les responsabilités des organisations populaires et
communautaires qui sont de moins en moins financées.
Si on veut parler de désengagement de l'État. c'est de
désengagement social qu'il faut parler; il faut spécifier que
c'est vis-à-vis le monde ordinaire et les plus démunis que
l'État se désengage. En outre, le chômage, en créant une
resserve de main-d'oeuvre produit un terrain favorable pour les
pratiques discriminatoires: salaire inégal, exigences
démesurées à lembauche, patronage, licenciement
arbitraire. Actuellement on assiste donc au transfert de la
gestion des problèmes sociaux vers la sphère du privé
c'est-à-dire en fin de compte à la prise en charge par les
familles, principalement les femmes, des vieux, des malades, de
la garde des enfants et des adolescents.
La solidarité entre familles québécoises et familles
immigrantes doit se bâtir à partir de ce qui est commun aux
deux à savoir les besoins familiaux et leur satisfaction, et
lamélioration des conditions matérielles et sociales de
la famille. II faut rechercher non pas la convergence culturelle
mais une convergence vers légalité socio-économique non
à partir du droit à la différence mais du devoir
dégalité économique et sociale.
Si en 1981 la revendication de la politique d'ensemble pour les
Québécoises était égalité et indépendance, elle est
toujours actuelle en 1989 comme revendication autant pour la
femme québécoise que pour la femme immigrante. Le combat pour
légalité, c'est le combat contre la discrimination
raciste et la discrimination sexiste car le racisme permet qu'on
surexploite les immigrants et le sexisme permet qu'on surexploite
les femmes. Ce combat est lié au combat contre le système qui
exploite et perpétue les inégalités et leur cortège de
discrimination.
II y a des convergences possibles entre politique familiale qui
reconnaît lautonomie des personnes et politique
d'immigration qui reconnaît aussi lautonomie des personnes
dans légalité entre les hommes et les femmes. Convergence
aussi vers la reconnaissance de la pluralité des formes des
familles bi - et mono-parentales, constituées ou élargies,
autant dans les pays d'origine que dans les pays d'accueil.
Convergence aussi vers le partage des responsabilités et des
tâches liées à lentretien et a léducation des
enfants avec la socialisation d'un ensemble de services:
garderies, logements, cantine scolaire.
À partir de ces principes, certaines de ces mesures pourraient
être prises: en ce qui concerne les réfugiés,
labrogation sinon les modifications profondes des lois C-55
et C-84 ce qui signifierait la distinction entre les procédures
d'immigration avant ladmission au pays de celles
postérieures à larrivée au pays et relatives à la
reconnaissance du statut de réfugié; assurer aux femmes
légalité d'accès au statut de réfugié en agissant au
niveau de la sélection des réfugiés pour empêcher que
celle-ci ne favorise que les plus valides, les plus instruits et
les plus riches et les hommes en général. Donc une forme de
programme daccès à légalité et au processus
d'immigration; renforcer les structures d'accueil déjà
existantes des organismes communautaires et populaires au niveau
des services de première ligne d'aide aux immigrants réfugiés
et en créer au besoin.
Les femmes parrainées doivent avoir les mêmes droits que les
autres immigrants selon le principe dégalité des
conjoints qui est dans larticle du Code civil de la famille
au Québec. La proportion des admissions féminines reçue par le
programme de réunion des familles augmente tandis que celle dans
la catégorie d'indépendantes diminue de façon constante; pour
les travailleuses domestiques avec permis de travail: mise sur
pied de mesures qui leur faciliteraient laccès au statut
d'immigrant reçu pour cesser leur dépendance par rapport à
leur patron.
On est d'accord pour une régionalisation de l'immigration mais
avec les structures d'appui en conséquence c'est-à-dire ne pas
faire comme dans la désinstitutionnalisation des malades. Les
résultats seraient nuls sans qu'il y ait des mesures de soutien
et d'appui socio-économiques nécessaires. Ceci implique un
soutien régulier et adéquat de létat et une série de
mesures d'aide à la famille allant des allocations familiales
substantielles aux allocations de logement en passant par les
services de garde pour les enfants qui permettraient de concilier
maternité et travail, ainsi que des congés de maternité
parentaux adéquats et des modifications des structures du
marché du travail et de son organisation. Pour tout immigrant,
pour toute famille, les problèmes du revenu donc les problèmes
de lemploi sont prioritaires. Ils peuvent être à la
source de la marginalisation qui entraîne l'exclusion et la
non-participation à la société ou au contraire la source
d'infusion qui entraîne lintégration et une participation
active à la société. Doù la nécessite de programmes
daccès à l'emploi qui nécessitent des services
additionnels en éducation et en services sociaux de façon
globale.
Renforcer toujours les mesures d'apprentissage du français ici
au Québec et mettre sur pied des programmes suffisants en
formation et en recyclage professionnels pour répondre aux
besoins spécifiques des femmes immigrantes et des minorités
visibles. Au niveau de léquité en matière d'emploi, on
rejoint les programmes daccès à légalité qui
seraient obligatoires avec des objectifs et des échéanciers
précis en faveur des personnes des minorités visibles et ce
dans tous les secteurs d'emploi; des programmes daccès à
légalité dans laccès aux ressources disponibles et
plus de transparence tant au niveau du processus que des
critères d'allocation de subventions utilisés par les
fonctionnaires des Communautés culturelles et de
limmigration. Ceci permettrait de répartir équitablement
les subsides.
En 1986 Régis Vigneault, qui était lex sous-ministre
adjoint des Communautés culturelles et qui est maintenant à la
Ville de Montréal, déclarait: "Tant que les pays
industrialisés ne consentiront pas à assurer aux pays
non-industrialisés les conditions de leur développement chez
eux, l'exode des ressortissants de ces pays vers les nôtres ne
pourra que s'accentuer". Alors, les propositions seraient un
soutien accru aux programmes d'aide au développement, notamment
le volet déducation, sensibilisation et mobilisation
contre léchange inégal au Nord et le même type de
programme d'accès à légalité des organismes des
communautés culturelles que les ONG québécoises;
laugmentation de laide au développement pour des
pays qui tiendraient compte des revendications de leur population
et, en politique extérieure, ne pas cautionner des politiques
qui forcent les populations à émigrer et à demander
lasile. Il s'agirait donc d'élargir les programmes
daccès à légalité non plus seulement à quelques
groupes cibles comme il est fait actuellement au niveau fédéral
cest-à-dire les femmes les minorités visibles, les
personnes handicapées, les autochtones mais à lensemble
des différentes catégories sociales pour que chaque membre de
la société puisse exercer ses droits et ses responsabilités en
tant que membre à part entière.
Je voudrais terminer par la mention de choses qui avaient été
dites dans le rapport final du Comité spécial sur la
participation des minorités visibles à la société canadienne
à la Chambre des Communes en 1984: "Dans la société
canadienne, il existe une tension entre les partenaires
européens originaux de la Confédération qui dominent les
institutions canadiennes et les autres peuples qui désirent
partager entièrement la vie institutionnelle du pays. La
participation égalitaire des pièces de la mosaïque est
inhérente à la notion de la diversité de la société
canadienne. Pourtant la société canadienne est en fait une
mosaïque verticale avec quelques morceaux surplombant les autres
et aux surfaces inégales. Tant et aussi longtemps que nous nous
obstinons à maintenir la rhétorique des deux peuples fondateurs
les Canadiens possédant un héritage autre que francophone ou
anglophone ne pourront se faire reconnaître comme égaux dans le
développement du Canada et ne pourront acquérir un sentiment
d'appartenance".