Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 7, octobre 1989

Satellite Famille et communautés culturelles

Atelier II

Monsieur Pierre Laplante
Auteur du livre (à paraître)
"Québec de demain et communautés culturelles"

M. Pierre Laplante nous parle de la troisième métamorphose du Québec, de l'émergence d'une nouvelle culture, produit des différentes culturelles où la langue de communication sera fort probablement le français.

Émergence d'une nouvelle culture

Alors bonjour, on me présente sur la liste des participants au colloque, comme l'auteur d'un volume intitulé “Le Québec de demain et les communautés culturelles”. Je vous suggère d'être patient, le livre sera publié d'ici un mois ou deux. Ce livre résume les entretiens que nous avons eus, mes collègues et moi-même, avec les membres des différentes communautés culturelles. Dans le cadre de notre recherche, nous leur demandions: Pourquoi êtes-vous venu au Québec? Que pensez-vous de l'avenir de votre groupe ethnique au Québec? Comment envisagez-vous le Québec de demain? Même si le Québec de demain fait peur à beaucoup de monde, surtout parmi les francophones, cette expérience m'a rempli d'optimisme et je désire aujourd'hui, échanger avec vous sur ces questions.

Quelques projections démographiques

Sur la base de projections concernant le taux de fertilité des Québécois et des Québécoises et le déficit migratoire au Québec, des démographes prévoyaient que la courbe de démographie au Québec grimperait à 7 millions d'habitants vers l'an 2000, pour ensuite redescendre de façon assez dramatique sous la barre des 4 millions vers l'an 2050. Ces statistiques ont apeuré bien du monde.

Dans le cadre des politiques gouvernementales actuelles, on souhaite voir le taux de fécondité grimper à 1,8 naissances par famille, - il s'agit ici de la moyenne nord-américaine - . On souhaite aussi que le déficit traditionnel en terme migratoire soit non seulement résorbé, mais que l'on puisse atteindre un surplus migratoire. Ce surplus permettrait de stabiliser la population autour des 6 millions d'habitants. L'augmentation ne serait pas fulgurante, mais elle serait quand même moins désastreuse que les 4 millions d'habitants prévus d'ici une soixantaine d'années. En somme, le Québec de l'an 2050 sera évidemment plus coloré et plus diversifié qu'il ne l'est actuellement.

Les rencontres avec les représentants des différentes communautés culturelles m'amènent à conclure que la troisième métamorphose du Québec sera très intéressante. Je dis la troisième métamorphose, car j'ai connu déjà de mon vivant, deux métamorphoses du Québec.

La première métamorphose s'est terminée dans les années 60. Les Québécois "pure laine" de l'époque parlaient de nationalisme en se rappelant la "pureté" de leur origine. Ils espéraient combler le déficit migratoire du Québec par la revanche des berceaux et jusqu'à récemment cette stratégie leur avait réussie. La deuxième métamorphose du Québec s'est opérée par les effets du bébé boum des années 50, mais ces effets devraient s'atténuer progressivement d'ici la fin du siècle.

Bon alors, que peut-il se passer maintenant? Dans l'avenir? Ceux qui croient à une société distincte d'expression française peuvent-ils être optimistes? Je pense que oui, si je me réfère aux discussions avec les membres des communautés culturelles. Je crois personnellement que les Québécois francophones avaient tendance à parler de l'avenir du Québec antre eux et non pas avec les autres. Étant donne la présence des autres ici, alors pourquoi ne pas parler de l'avenir du Québec avec eux? Évidemment. les réponses des membres des différentes communautés culturelles ont été diversifiées. Tous ne pensent pas la même chose.

Les anglo-saxons des pays du Commonwealth s'attendent à ce que tous parlent l'anglais sur le continent nord-américain. Dès leur arrivée au Québec, ils constatent que les choses ne se passent pas exactement ainsi. Certains votent avec leurs pieds et poursuivent leur petit bonhomme de chemin jusqu'en Ontario. D'autres habitent encore ici, mais se sentent mal à l'aise.

Dans nos discussions avec les membres des communautés culturelles, il semble que le français soit reconnu comme la langue des communications au Québec. II y a des gens dans ces groupes qui reconnaissent que le Canada à besoin du Québec pour conserver son caractère distinct par rapport aux États-Unis. Gretta Chambers, éditorialiste au journal La gazette. a écrit un article intéressant en disant: "Nous, on trouve que les anglais ont assez investi dans le Québec, que nous n'avons pas l'intention de laisser nos investissements. En plus de cela, nous avons besoin du Québec pour le Canada et nous sommes prêts à accepter le Québec comme société distincte de langue française. De plus, nous sommes prêts à faire notre part pour que l'expérience soit roussie au niveau économique. C'est dans notre intérêt, dans l'intérêt de tous. Alors pourquoi se disputer sur des questions linguistiques? Nous devrions peut-être établir un partenariat au niveau économique, social et culturel. L'ensemble serait beaucoup plus dynamique et tout le monde aurait intérêt à vivre ensemble, heureux".

À mon avis, il se passe dans les écoles de Montréal, ce qui se passera au Québec dans les années à venir. Suite aux dispositions relatives à la loi 101, en 1976, les allophones ont été obligés de fréquenter les écoles françaises du Québec. Ces mesures ont eu comme effet de confronter, du jour au lendemain, les francophones à des gens avec qui ils n'étaient pas habitués de vivre et de dialoguer: les gens des autres ethnies. À certains égards, ce projet de société apparaît laborieux à cause de la période de rodage inhérente, mais d'après ce que je perçois, l'expérience va réussir à long terme.

Dans un colloque précédent, un intervenant mentionnait "Il y a contradiction dans les termes quand vous dires: vous voulez être dynamiques au niveau culturel de façon à garder votre caractère distinct. Si vous êtes dynamiques, vous allez changer". Le brassage des cultures devrait contribuer au dynamisme culturel. On arrive à une période dans l'histoire du Québec, que je qualifierais de village global, où justement l'apport des communautés culturelles sera l'occasion pour les francophones "de souche" de s'ouvrir sur le monde extérieur et être prêts à communiquer avec les autres.

Après la période traditionnelle et la révolution tranquille, on arrive à la troisième métamorphose du Québec. II ressortira du brassage interethnique, une société québécoise très différente de ce qu'elle a été, une société interculturelle comme genre et où la langue de communication sera fort probablement le français. Cette société ne sera plus le symbole de pureté des origines, du “je me souviens” ou de la revanche des berceaux. Une société plus intéressante donc, qui devrait garder son caractère distinct.

Le fait que nos enfants fréquentent des écoles multiculturelles d'expression française représente un avantage certain en leur permettant de s'ouvrir sur le monde extérieur, plutôt que de se refermer sur eux-mêmes. Quelle sera la position du Québec dans une cinquantaine années? Je laisse le soin à mes enfants d'en décider, moi je ne serai plus là. Auront-ils encore le goût de travailler avec les communautés culturelles pour une société distincte d'expression française? Les jeunes devront faire leurs choix et vivre avec? Pour le moment, les conditions sont bonnes. Les dix prochaines années sont décisives à mon avis pour faciliter la transition d'une métamorphose à l'autre et préparer le Québec multiculturel de demain. Je dis multiculturel tout en pensant à une nouvelle culture qui sera le produit de différentes cultures, mais que l'on présume sera d'expression française.

 

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités