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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier II
Madame Deirdre Meintel
Professeur d'anthropologie
Université de Montréal
Depuis quelques années, madame Deirdre Meintel participe ou dirige divers projets de recherche concernant essentiellement les familles immigrées et surtout la migration internationale. Elle communique les données de ses recherches recueillies auprès des groupes ethniques de Montréal concernant la vie familiale de ces communautés.
La migration internationale et la famille immigrée
Les données de recherches recueillies auprès d'une quinzaine de groupes ethniques de Montréal concernent la vie familiale de ces communautés. Dans le cadre de ces recherches, des jeunes, des femmes âgées et des femmes immigrantes de la classe ouvrière ont été interrogées. Mes connaissances sur le sujet sont attribuables en grande partie aux recherches de mes étudiantes graduées. Elles sont parfois Québécoises de souche, parfois enfant d'immigrés.
II ressort que la migration est un processus qui relie deux sociétés. Ce processus a des effets assez différents sur chacune d'elle. II apparaît important de réfléchir sur les effets des migrations sur les sociétés d'origine, car je pense que cela peut mieux nous faire comprendre les objectifs, les projets et les conditions de vie des immigrés de ces pays au Canada et au Québec en particulier.
Le Portugal et la colonie portugaise illustrent bien les effets de la migration sur le pays d'origine. Quand on étudie les contextes d'origine, on remarque que les migrations impliquent un exode très sélectif. Généralement, ce sont les groupes d'âge les plus productifs qui migrent vers les États-Unis. Cette migration implique un fardeau de travail productif supplémentaire pour ceux et surtout celles qui restent au pays. Les migrations de main-d'oeuvre ont des répercussions importantes en terme d'exode rural dans le pays d'origine. Souvent dans ces cas, la fermière assume les responsabilités reliées à l'entreprise familiale.
De plus, il ne faut pas oublier le fardeau supplémentaire relié au travail reproductif, c'est-à-dire les soins a dispenser aux personnes âgées, aux malades et aux jeunes enfants. Comme il y a moins d'adultes dans la force de l'âge dans ces villages, ceux-ci et celles-ci ont un travail supplémentaire à accomplir pour répondre aux exigences du milieu.
À cause de la migration des Portugais en France, on remarque que ce sont souvent les personnes âgées qui prennent les responsabilités familiales sur leurs épaules. Un peu comme les Haïtiens, plusieurs laissent leurs enfants au pays d'origine et les grands-parents assurent la prise en charge des enfants. Au Portugal, on voit régulièrement des grands-parents avec de jeunes enfants laissés parfois un peu à eux mêmes. On sent beaucoup les effets de la migration sur les contextes d'origine, surtout dans les villages ou dans les milieux ruraux.
Les migrations classiques de main-d'oeuvre portugaise grecque ou italienne ont contribué à la monétarisation de l'économie locale, et non pas en terme de modernisation de production mais en terme de modernisation des habitudes de consommation. Ces habitudes contribuent à la formation d'une idéologie stimulant la migration, car celle-ci se veut le seul moyen vraiment efficace d'accéder aux biens convoités. Cette situation forme dans les pays comme le Portugal, la Grèce et dans certaines autres régions de nouvelles élites. Les jeunes grandissent avec l'espoir d'émigrer un jour.
La migration est assez sélective au niveau de la classe socio - économique. On constate que dans certains pays, la migration se fait en deux étapes. En Colombie, les petits paysans migrent vers les villes et ce sont leurs enfants qui viennent au Canada. La migration se vit sur l'espace de deux générations. À Haïti, la migration se vit aussi en deux étapes, mais à l'intérieur seule et même générations. Quelqu'un sort du village, à Port-au-Prince et plus tard vient au Canada. Cependant, il faut préciser que ce ne sont pas les plus pauvres qui viennent au Canada. Les coûts exorbitants du projet les amènent plutôt à migrer dans la région.
Ici au Québec, nous sommes concernés par les effets de la migration sur notre démographie. Mes connaissances concernant les habitudes procréatrices des communautés culturelles me portent à penser qu'il faut être prudent dans nos attentes sur les effets des migrations sur la démographie. Les tendances reproductives du passé des groupes d'immigrés ne vont pas forcément rester les mêmes dans notre nouveau contexte social et dans le contexte social du pays d'origine. Dans l'étude des femmes immigrantes des classes ouvrières au Québec, on a constate que ces femmes avaient rarement plus que deux enfants à leur charge. Très souvent, les familles de plus de deux enfants sont constituées avant même qu'elles immigrent au Québec. Les femmes immigrantes font régulièrement les frais du travail au noir au Québec. Leurs pauvres conditions de travail génèrent un stress important et une fatigue excessive. Ces femmes ne sont pas très différentes des autres Québécoises et trois enfants dans un tel contexte, c'est énorme. À cause de la diversité des habitudes procréatrices des groupes ethniques et du contexte dans lequel ils vivent ici, il faut être prudent dans nos attentes "natalistes". Le préjugé populaire disant que la femme immigrée reste à la maison et fait énormément d'enfants est sans fondement. Les femmes immigrantes sont plus actives sur le marché du travail que les Québécoises francophones.
Les motifs économiques et politiques de la migration sont fréquemment interreliés. À Haïti par exemple, le contexte politique rend la vie extrêmement difficile au niveau économique. En plus de la répression politique, il y a aussi les motivations personnelles de l'individu à vouloir immigrer. Dans la recherche que j'ai réalisée, les raisons évoquées par les immigrants sont très stéréotypées en apparence, mais il y a toujours des motifs personnels en plus des raisons économiques et politiques. II peut s'agir de zizanie dans la famille, d'histoire d'amour et de toutes autres choses.
La situation familiale en général a des effets sur les migrants. Les migrants qui viennent au pays sont élus par leur propre famille. Les projets individuels se mêlent aux projets familiaux. Par exemple, le projet de mariage d'une fille amoureuse d'un immigrant est parfois en relation avec l'aspiration d'aider sa famille à immigrer elle aussi.
En ce qui a trait aux ghettos ethniques, ils semblent générer une certaine ambivalence parmi les membres des communautés culturelles. Par exemple, les femmes peuvent sentir beaucoup de critique sociale dans les ghettos, ce qui les empêche de faire certains choix. Pour les personnes âgées, les ghettos peuvent représenter un abri très important. En somme, le ghetto peut se révéler comme une ressource importante au niveau spatial et culturel et aussi comme une contrainte agissant sur les choix de l'individu.
L'impact du processus migratoire sur les individus et la famille
Quant au projet de migration et au processus migratoire, les gens attribuent souvent les difficultés des familles immigrée à des questions de culture, aux chocs des cultures. Je pense qu'il ne faut pas oublier aussi le stress consécutif à la migration elle-même: il y a la coupure avec le réseau familial, la perte d'entraide et de support. II faut aussi prendre et considération des facteurs comme la classe sociale, la scolarisation, le mode de vie dans le pays d'origine (rural versus urbain).
Par exemple, le statut de la personne âgée est plus important au sein de centaines communautés culturelles. Une fois arrivée ici, ils doivent vivre la vieillesse dans des conditions très différentes de celles de leurs pays d'origine. Ils n'ont pas la même autorité dans la famille. Venir ici, dans une société capitaliste comme la nôtre, entraîne une sorte de déclassement et évidemment un isolement social et linguistique.
Par ailleurs, les parents et les pères en particulier, ne peuvent pas nécessairement anticiper les changements qui se présenteront dans le cadre familial au niveau économique, dans les relations de pouvoir entre les parents et les enfants. Le nouveau contexte socio-économique et culturel change leur rôle dans la famille. À cause du niveau de chômage, ils perdent parfois leur rôle de seul salarié. Ils peuvent ressentir une perte de statut à l'intérieur comme à l'extérieur de la famille.
Le projet migratoire des parents a des répercussions, bien longtemps après, sur leurs enfants. Les enfants sentent la responsabilité de répondre aux attentes des parents. Les parents espèrent que la vie de leurs enfants donnera un sens à leurs propres projets. Ce sentiment d'espoir cache néanmoins certaines contradictions. Les enfants veulent réussir ici comme le souhaitent les parents, mais réussir et rester à la fois une bonne petite fille portugaise est souvent assez difficile. Réussir dans le contexte québécois n'est pas toujours cohérent avec le maintien du mode de vie connu par les parents.
Malgré toutes ces transformations possibles dans le cadre familial, les jeunes immigrants interrogés lors de l'enquête exprimaient une fierté quant à leur identité composée. On s'attendait à un conflit entre le fait d'être Portugais, Grec Chilien et d'être Québécois, mais les jeunes semblent relativement fiers de leur identité composée.