Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 7, octobre 1989

Satellite Famille et communautés culturelles

Une discussion a suivi les présentations des personnes ressources de l'atelier. En voici des extraits qui nous ont semblé représentatifs des idées et préoccupations exprimées.

Points de vue sur le parrainage

- La loi dit parrainer jusqu'à un maximum de dix ans. En pratique c'est toujours dix ans. Après en moyenne cinq ans, les gens obtiennent leur citoyenneté mais même là, c'est le parrainage qui demeure le plus fort. L'acquisition de la citoyenneté ne brise pas le parrainage. Donc on a des citoyens qui n'ont pas tous les droits, qui n'ont pas accès à tous les services. Ça fait une catégorie de sous-citoyens. Autrefois l'obtention de la citoyenneté annulait le parrainage, mais depuis quatre ou cinq ans le gouvernement du Québec a révisé sa position.

- Est-ce qu'une personne qui a le statut d'immigrant est en droit différente du citoyen québécois ou canadien de souche?

- Oui, un immigrant n'est pas encore un citoyen, il n'a pas le droit de vote par exemple.

- Ça je sais, je parle par exemple en terme d'accès aux services sociaux.

- Dans le cas de l'immigrant reçu, en principe, il n'y a pas de différence mais c'est pour ça que l'on soulève la question du parrainé. Le parrainé est un immigrant reçu mais là il y a des différences. La grosse différence est que à cause de cet engagement écrit qui dit que pendant dix ans il est dépendant de quelqu'un, il n'a pas accès à beaucoup de services sociaux. II n'a pas accès au bien-être social, aux bourses d'étude et bien d'autres services.

- À ce moment-là, quand on parle du parrainage, pourquoi ne pas aller à la source de la loi canadienne pour l'acceptation de l'immigration et essayer de l'améliorer par exemple en ce qui concerne la réunification des familles?

- Là vous faites allusion à tout un système qui est déjà en place. Le parrainage, on essaie de l'améliorer, il y a beaucoup de critiques. C'est par le biais du parrainage que peuvent entrer des personnes qui ne sont pas sélectionnées.

- Mais qui peut-on parrainer?

- Ça dépend. Vous pouvez parrainer votre épouse, vos parents, vos enfants.

- Mais ça reste toujours dans la famille.

- Oui. Ça dépend aussi de votre revenu.

- Donc nous sommes dans la politique de réunification des familles. C'est ça. Enfin le parrainage, c'est pas autre chose.

- Si vous voulez ça peut être une façon de le définir.

- Cette notion de parrainage en soi elle est injuste. Si on accepte que les familles soient réunies, elles devraient venir automatiquement. II ne faut pas essayer de faire du calfeutrage autour de certaines choses.

- Je suis d'accord avec vous. Je vais mentionner un petit exemple: les Suédois ont fait des choix très différents des nôtres. Ils disent clairement qu'ils font une sélection et ne s'en cachent pas. C'est une façon moins occulte que la nôtre de dire les choses. Par contre, pour eux l'admission est liée indissolublement à l'intégration. C'est-à-dire on admet pas tout le monde mais quand quelqu'un entre, les membres de la famille sont citoyens à part entière tout de suite. II n'est pas question de garantie, ni de signature, ni de rien. Les parents, la femme, les enfants. les parents âgés, peuvent entrer et ils sont comme un citoyen suédois, immédiatement. C'est un autre choix: ils vont illuminer mais par contre ils privilégient la famille; ça c'est une vraie politique familiale.

- Même à l'intérieur du parrainage, il y a des différences entre un citoyen canadien et un immigrant reçu. Par exemple, un citoyen canadien peut parrainer ses parents qu'ils aient n'importe quel âge; dans le cas d'un immigrant reçu, ils doivent avoir au moins soixante ans. Une personne qui devient citoyen canadien aura tous les droits. II y a deux catégories de citoyens. On a notamment le cas des jeunes non-parrainés et qui n'ont pas accès aux prêts et bourses. À partir du moment où une personne devient citoyen canadien elle doit avoir droit à tout ce que ça implique.

- Même chose pour les immigrants reçus qui ont droit de travail, de payer des impôts mais pas le fameux droit de vote qui est fondamental en démocratie. On doit accorder les mêmes droits qu'aux citoyens québécois et ça c'est un problème car un citoyen québécois ça n'existe pas. Et pourtant le parrainage c'est le Québec qui le fait signer, les prêts et bourses relèvent aussi du provincial. On dirait que le fédéral a largué tous les problèmes du quotidien, du social, au Québec, aux provinces.

- L'importance de la réunification des familles qui ne devrait pas être freinée par des motifs économiques.

- Plusieurs femmes violentées supportent leur situation parce qu'elles sont parrainées par leur mari.

- Une personne parrainée, à partir du moment où elle est ici devrait avoir les mêmes droits que les autres immigrants, être considérée comme une personne autonome à part entière. Pendant combien de générations demeure-t-on un immigrant?

- Le gouvernement du Québec aurait des pouvoirs qu'il n'exploite pas. Alors c'est à nous de faire les suggestions pour qu'il utilise ces pouvoirs. La réunification des familles est un processus plus long ici qu'ailleurs parce qu'il y a une double sélection, une double remise de documents.

- On doit donner des points aux gens qui arrivent avec des familles déjà constituées car ça vaut l'argent des investisseurs. De plus, une famille ça a des chances d'être plus stable.

 

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