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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Réactions aux propos dans latelier I
La modernité influence les
immigrants dès leur arrivée dans la société d'accueil. Ce qui
frappe le plus les immigrants, c'est lindividualisme des
gens d'ici. L'esprit de consommation de la nouvelle société
d'accueil attire beaucoup les immigrants. Avec lidée de
lÉtat providence des années '60, le Québec a amorcé son
processus de « fracturation ».
Autant le Québécois comme limmigrant doivent faire leur
deuil. Le premier de lhomogénéité de sa société, le
second de sa société d'origine.
Ce qui constitue un impact pour limmigrant, c'est de
reconsidérer les rapports familiaux. Par exemple, ici, la
famille élargie c'est le CLSC, c'est le psychologue, c'est le
centre d'emploi ...
Létranger doit aussi reconsidérer les relations
épouse-époux. Des techniques de communication qu'ils n'ont pas
eu auparavant doivent se développer. Les relations
épouse-époux sont différentes de celles auxquelles ils
étaient habitués dans leur pays d'origine.
La relation père-enfant change aussi. À lécole, on dit
à lenfant d'être autonome, ce à quoi il nétait
pas habitué auparavant. Ce sont eux qui font entrer la culture
québécoise au foyer immigrant. On met beaucoup sur les épaules
de lenfant. Tout le code culturel est donc renversé. Si on
ne se rend pas compte de cet aspect on risque de manquer un gros
morceau de la problématique.
À lécole les québécois ont tendance à se regrouper
ensemble. Quand il y a des étrangers, de n'importe quelle
nationalité, les québécois vont faire bande à part.
Létranger se retrouve donc tout seul devant son travail.
Les autres ne pensent pas du tout à lui. À luniversité
c'est la même chose; on est seul à faire le travail de
recherche. Les autres ne pensent pas qu'on est là. II faut donc
des réformes au niveau de léducation pour qu'on réveille
lesprit des Québécois vis-à-vis les autres qui sont là
et qui n'osent même pas se mêler. C'est aux Québécois d'aller
chercher ceux qui ne sont pas capables d'avancer avec eux.
Monsieur Marc Tremblay tient à mentionner qu'à son école de
quartier à Québec, il y a dix enfants d'immigrants en 1ère,
2ème et 3ème années. C'est un événement assez nouveau chez
nous. Les gens sont pleins de bonne volonté, ils sont
grégaires. Ils se tiennent ensemble, les immigrants aussi.
Par exemple dans une école, le directeur et le professeur ont
demandé à un élève, le « leader » naturel, de parrainer un
jeune pour lui apprendre la langue, comment dire « je veux aller
aux toilettes », etc... Les immigrants apprennent ainsi à
composer avec le nouveau milieu. Les parents ne parlent pas la
langue encore, mais peu de temps après (huit mois), les enfants
parlent sans accent. Donc, ça prend un coup de pouce de la part
de la direction de lécole ou de la municipalité. C'est
une voie d'avenir qu'il faut encourager. Ça ne vient pas
spontanément.
Même à lécole de médecine, à luniversité, il y
a des étrangers qui sont seuls devant leur travail. Vous savez
ce que lécole de médecine demande comme travail. Bon,
létranger le fait tout seul. Pendant cinq ans il est seul.
Les autres ne réalisent pas qu'il est seul. Les jeunes et les
gens à luniversité subissent donc le même traitement.
Mais si les jeunes Québécois sont conscientisés dès le
primaire, un changement est susceptible de se produire. On ne
commence pas par nous, les irréductibles. On mise nos espoirs
sur la nouvelle génération.
La tâche qui incombe à lenfant est énorme. C'est aux
enfants qu'on demande dinterpréter. Ça ne leur donne pas
beaucoup de temps pour mener leur vie d'enfant.
Deux tiers des groupes de communautés culturelles sont
implantés dans des zones dites défavorisées. Et ces zones-là
ont des équipements déficients.
Les municipalités n'ont pas beaucoup collaboré pour alléger le
poids que portent ces enfants qui sont confrontés à la
réalité de la nouvelle société d'accueil et de leur culture
en milieu familial.
Entre 1979 et 1985, il n'y a pas eu beaucoup de collaboration au
chapitre de laccueil par exemple, des réfugiés
asiatiques. On est dans une condition de pots cassés maintenant.
La concertation arrive un petit peu tard. Les enfants n'ont pas
d'espace pour vivre leur acculturation et ils sont pris entre les
attentes de leur famille, du milieu scolaire. On leur demande
beaucoup trop à lécole. Les jeunes n'ont pas d'espace de
socialisation. Ils sont pris entre les attentes de leur famille
d'origine et de la société daccueil.
II y a une solution à apporter immédiatement. Et ça doit se
faire en terme d'espace.
C'est difficile de demander à une municipalité dintégrer
les immigrants et les réfugiés alors que même le Québécois
de souche qui achète une propriété et vient habiter une
certaine municipalité ne reçoit de celle-ci qu'une taxe de
bienvenue lorsqu'il est propriétaire.
Le Québécois moyen manque de confiance en lui; c'est difficile
de lui demander d'avoir confiance en les autres. On doit
travailler au niveau du Québécois moyen avant de le faire avec
les immigrants.
II y a quand même eu de lamélioration de cette
génération par rapport à la précédente. Les enfants font des
efforts mais ce sont les adultes qui doivent les encourager.
C'est ça qui est le plus difficile.
Ce n'est pas seulement le lot, lapanage des sociétés
occidentales d'avoir des problèmes de racisme. Aussi dans le
pays du tiers-monde on trouve des problèmes de racisme.
Malheureusement, ça fait partie du monde.
Le projet collectif dont le Québec doit se doter concerne tout
le monde. Quand on parle de politique familiale, je n'arriverais
pas à la dissocier d'un projet économique et d'un projet de
société. Le projet collectif ne peut pas être fait que par
ceux qui se considérant comme citoyens à part entière de cette
société. Et la majorité des immigrants se considèrent comme
des citoyens à part entière de cette société et concernés
par lavenir de ce pays.
II faut qu'on prenne nos responsabilisés. On ne fait pas venir
les immigrants pour leurs beaux yeux, parce qu'on est généreux.
On les fait venir parce qu'on en a besoin. On est trop... pour
faire des enfants: on demande aux autres de faire des enfants.
Ils viennent travailler chez nous. On leur demande de faire ce
qu'on n'a pas le courage de faire. Le discours officiel
cest qu'on a besoin d'immigrants pour compenser notre
déficit démographique. Ensuite on voudrait les forcer à
sintégrer à la langue française. II faudrait peut-être
voir quels intérêts ils ont à faire ça. On impose par des
lois ce qu'on n'a pas le courage de faire aux anglophones. (On
la fait un peu avec la Loi 168).
À vrai dire, on ne fait pas venir les immigrants au Québec pour
combler notre déficit démographique. Au Québec comme dans
lensemble des autres provinces canadiennes on fait venir
des immigrants pour des raisons économiques, pour occuper des
emplois, soit parce qu'on ne veut pas ou parce qu'on ne peut pas
les occuper. On les fait venir pour assurer le développement
économique (parce qu'on n'a pas la spécialité requise).
Le premier critère pour faire entrer des gens au Canada
actuellement c'est vraiment qu'ils sont investisseurs. Ils
arrivent ici déjà à un certain âge et leur famille est déjà
élevée. Le débat sur limmigration, comme requis pour
combler la dénatalité au Québec, est en effet un débat
récent. On le pose maintenant, mais il n'est pas encore un
critère pour faire venir des immigrants au Canada. On regarde la
solution de limmigration comme une possibilité, mais les
études démontrent que dés la deuxième génération les
immigrants adoptent, en terme de pratique de procréation.
exactement nos propres "patterns" parce qu'ils se
retrouvent dans la même situation.
Dans les cours normaux à lécole, on préconise la
sensibilisation des Québécois face aux autres cultures. II
faudra faire connaître la réalité des autres cultures
précisément par des gens appartenant à ces cultures-là afin
de démystifier les préjugés qui sont véhiculés par les
parents, la société, les médias. etc... C'est à travers ça
qu'il faut ouvrir un chemin vers la compréhension. Démystifier
c'est très important, s'il faut arriver un jour à se
comprendre.
Ici au Québec, nos valeurs familiales sont très chambardées.
On vit les familles éclatées, on vit des divorces. Les gens
arrivent ici avec des valeurs beaucoup plus importantes, plus
structurées. De part et d'autre, on vit des choses éclatées et
fracturées. Eux, ils comptent sur un circuit d'entraide
familiale beaucoup plus important que le nôtre. II faut qu'on
arrive à un espèce de "pattern" pour nous retrouver
nous aussi, pour retrouver les valeurs qu'on a mis de côté,
dues à la "mode" ou à.... peu importe la raison. Ce
sont des valeurs qui sont toujours là mais qu'on a peut-être
escamotées. On est une société de "droits"
individuels aujourd'hui. Pas question de parler de
"devoirs" encore. D'ailleurs, les gens n'iront pas
faire des enfants pour sauver la patrie. II faut que ça soit une
motivation personnelle.
À part la culture qui nous sépare il y a aussi le système qui
au départ ne favorise pas la vie de famille. L'État n'aide pas
une femme, par exemple, qui a la charge de ses quatre enfants.
Témoignages: "Si jétais venue plus jeune, j'aurais
fait comme les Québécoises, je n'aurais pas eu denfants.
Ailleurs, la naissance d'un enfant c'est la fête de tout le
monde. Les amis, la famille, tout le monde s'en réjouit. Ici, la
société discrimine ceux qui ont des enfants et qui veulent
louer un appartement, par exemple".
Au Québec, il faudrait avoir une politique familiale stable
quelque soit le gouvernement en place, libéral ou péquiste
II existe un problème de désorganisation au niveau des groupes
ethniques pour faire du "lobbying". Malheureusement, il
y a une carence totale d'organisation pour se constituer en tant
que 'lobby' sur des questions qui sont concrètes terre-à-terre,
et très utiles pour leur vie quotidienne. Cela pour des
nombreuses raisons. Les élites des groupes ethniques ont souvent
failli à leur mission, à savoir qu'ils se sont surtout
préoccupés de leur insertion économique et professionnelle. II
y a eu des erreurs provenant des groupes ethniques dans ce fiasco
dintégration. Les élites ont utilisé leurs communautés
au lieu de les aider pour promouvoir leur carrière. Dans
beaucoup de cas, c'est comme ça. Ce sont les gens au bas de
léchelle qui paient la note. Ils devraient faire pression
sur leurs dirigeants afin qu'ils puissent utilise le vote des
groupes ethniques comme véritable véhicule de marchandage. Les
leaders politiques devraient donc agir même si c'est dans le but
de s'approprier le vote des communautés culturelles.
Les groupes ethniques n'ont pas un vote commun. Ils nont
pas de leader commun. Dans ces groupes-là, il y a nombreuses
déficiences à cause des jalousies de certains groupes, élites
et des conflits de personnalité. II y a donc aussi, au niveau
des groupes ethniques, une responsabilité dans le fiasco
dintégration.