![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
|
Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier II
Réactions aux propos de M. Pierre Laplante
- Je me demande si cette vision du Québec en devenir n'est pas un peu trop utopique. Et si non, y a-t-il des mécanismes nécessaires à mettre en place pour faire de cette troisième métamorphose, une réalité propre à l'évolution du Québec?
M. Pierre Laplante: II appartient à nous tous de penser et de créer les mécanismes de la troisième métamorphose. Dans les écoles actuellement, on dit que le tiers des écoliers de Montréal sont allophones et cette proportion tend à vouloir augmenter. J'insiste sur les écoles, car elles sont le creuset de la société de demain et en terme démographique le visage du Québec de l'avenir. Les écoliers d'aujourd'hui sont les citoyens de demain.
90% des immigrants du Québec sont à Montréal. Depuis quelques années, j'ai l'impression que des mécanismes sont mis en marche dans les écoles de Montréal pour essayer de faire face à cette nouvelle réalité. Les mécanismes grincent de temps en temps, mais l'expérience semble apporter des résultats intéressants. Les jeunes adolescents de plusieurs ethnies ne passent pas leur temps à se quereller antre eux, quand je vois ces jeunes bavarder ensemble dans le métro ou l'autobus, je me dis que ce brassage culturel a quelque chose de bon.
Néanmoins, je crois qu'il y a encore de la place pour des améliorations. Par exemple, je trouve qu'il y a trop de professeurs québécois francophones par rapport aux gens des autres ethnies. Le corps professoral ne reflète pas les changements s'opérant dans le corps étudiant.
De plus, les professeurs semblent frustrés du manque de participation des parents des autres ethnies aux rencontre scolaires. Les professeurs se demandent comment faire pour les rejoindre. Contrairement à la commission des écoles catholiques de Montréal (CÉCM), la commission des école protestantes du grand Montréal (PSBGM.) apparaît mieux: outillée pour faire face à la situation. Dans certaines écoles du PSBGM, on embauche des agents de relations interethniques. Ces agents travaillent dans le but de développer l'intérêt des parents des communautés culturelles à l'école fréquentée par leurs enfants. Ce n'est pas le professeur francophone qui invite les parents à venir les rencontrer mais l'agent attaché à la communauté ethnique.
Présentement, les parents se plaignent avec raison de l'écart existant entre les valeurs véhiculées à la maison et celles véhiculées par le milieu scolaire. Les parents se sentent étrangers à ce qui se fait à l'école et ils sont frustrés de ne pas pouvoir aider leurs enfants comme ils le voudraient réellement. II existe un fossé entre la première et la deuxième génération. Si les professeurs faisaient l'effort de développer un partenariat avec les représentants des communautés culturelles, on pourrait ainsi pallier à plusieurs problèmes.
- Dans la perspective d'une troisième métamorphose de Québec, comment peut-on comprendre les phénomènes des ghettos ethniques?
M. Pierre Laplante: Ma position sur le sujet diffère de celle de plusieurs. Je ne suis pas contre le phénomène de ghetto. Au contraire, je trouve que pour ceux qui arrivent, la solidarité de voisinage constitue une bonne entrée au pays. Je ne suis pas en faveur de l'idée que tous parlent français comme langue d'usage. Je respecte la culture et la langue de chacun et je souhaite voir les communautés ethniques conserve leur patrimoine. Ce qui fera un Québec homogène, c'est plutôt le vouloir vivre collectif, que les gens se sentent bien au Québec. Une société où ils se sentent partenaires à part entière.
Évidemment, pour garder les groupes ethniques au Québec il faudra d'abord leur offrir de l'emploi. Si les gens présentement préfèrent l'Ontario au Québec, c'est essentiellement à cause des possibilités d'emplois. De plus, il faut que l'ambiance de vie et la qualité de vie puissent être intéressantes pour ceux et celles qui demeurent au Québec.
Le phénomène de ghetto change de visage selon le groupes ethniques. À cause des normes culturelles strictes certains groupes comme les Juifs Hassidimes d'Outremont sont plus portés à vivre ensemble et à se refermer sur eux-mêmes. D'autres communautés comme les Vietnamiens par exemple, ont tendance B se mêler davantage g l'ensemble de la population.
Le phénomène de ghetto ne fait aucun problème pour moi. Je pense qu'il est normal que les gens soient solidaires sur une base de voisinage. Et s'ils désirent graduellement déménager ailleurs, je n'est rien à dire, c'est leur choix après tout.
Réactions: Je pense qu'il faut établir une distinction entre enclave et ghetto. Quand je vais à Paris ou en Suède, je sais où je vais retrouver les Québécois. II n'y a pas en soit de problème à voir des gens d'une même ethnie se rencontrer pour se parler. Ce qui est plus grave, c'est quand le phénomène de ghetto est forcé par une situation sociale, une situation qu'on appelle systémique. Sur le plateau Mont Royal, une cinquantaine de propriétaires se sont rassemblé le 12 octobre 1988 afin d'interdire la location d'appartements aux gens des communautés ethniques. Les propriétaires on passé le mot aux concierges. Voila un bel exemple de loi non écrite. Les gens des communautés culturelles ne vont pas sur le plateau Mont-Royal, ils se replient dans le quartier Côtes-des-Neiges, dans le quartier Saint-Michel. Le phénomène de ghetto est lié à des conditions d'exclusion et à des conditions socio-économiques en relation avec la discrimination. Les groupes ethniques doivent porter le blâme du repli sur soi, alors que finalement la société entière est concernée.
II ne faudrait pas que survienne au Québec ce qui se passe aux États-Unis ou en France. On a la chance de connaître le phénomène, mais il importe de prendre les bonnes mesures pour éviter les problèmes que traversent ces pays.