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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 7, octobre 1989 |
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Satellite Famille et communautés culturelles
Atelier I
Monsieur Marc Tremblay
Analyste-conseil
Conseil de la famille
Monsieur Marc Tremblay trace un portrait de la personne humaine
qui migre. II retrace lévolution de sa situation familiale
dans sa région ou son pays d'origine vers sa nouvelle situation
dans la société qui laccueille.
La situation des migrants et de leurs familles, dans les pays et régions d'origine et daccueil
Introduction
L'objet du présent texte consiste d'abord à tracer un portrait de la personne qui migre, de sa situation familiale dans sa région ou son pays d'origine et de sa nouvelle situation dans la société qui laccueille. II s'agit également de mesurer les conséquences de cette migration sur la famille du migrant dans son milieu d'origine et d'accueil tant au niveau de la structure de cette famille qu'au niveau des modifications des valeurs et des comportements familiaux. II sera ensuite démontrés les effets de la migration en termes d'enrichissement du milieu d'accueil et du migrant lui-même. II sera enfin examiné des avenues permettant d'harmoniser les relations entre les migrants et le milieu d'accueil, lesquelles pourront favoriser lintégration des familles migrantes à la société québécoise ainsi que lamélioration de la qualité de vie de cette dernière.
La situation du migrant : partir d'un milieu sans espoir vers un avenir meilleur mais inconnu
Au Québec, les personnes qui migrent se dirigent vers les
centres urbains. Ces personnes sont habituellement des
célibataires au début de la vingtaine qui, pour la plupart
d'entre elles, ont étudié dans ces centres urbains; ils y
retournent s'y établir, attirés par la perspective d'un emploi.
En migrant, ces jeunes laissent dans leur région d'origine leurs
parents ainsi que leurs frères ou soeurs plus jeunes; ces
derniers ne tarderont pas à imiter leurs aînés, ce qui
laissera leurs parents rendus à la retraite, seuls et souvent
dépendants. Mais la principale caractéristique de la situation
du migrant dans son milieu d'origine est que dans sa famille, il
manque une génération, soit celle des 18-30 ans; en corollaire,
les gens de cette génération n'ont plus la même intensité de
relations avec leur famille d'origine.
Par ailleurs, ces migrants perdent progressivement contact avec
leur famille élargie vivant dans leur milieu d'origine. Bien que
plus ténus qu'ils étaient il y a une trentaine d'années, ces
liens n'en sont pas moins plus serrés qu'ils le sont dans leur
milieu d'accueil.
Les migrants provenant de lextérieur du Québec se
dirigent, pour leur part, majoritairement vers la région de
Montréal. Cette migration est différente de la migration
interne puisque dans plusieurs cas, les gens migrent accompagnés
de leurs familles. Ils perdent cependant le contact avec leurs
vieux parents qui sont demeurés dans le pays d'origine; ils se
différencient fortement des migrants québécois en consacrant
beaucoup d'efforts pour que leurs parents les rejoignent dans
leur nouveau pays d'accueil. Ils tentent également de faire
venir les membres de leur famille élargie, ce qui les
différencie une fois de plus des migrants québécois.
Vers de nouvelles valeurs et comportements familiaux
Les migrants québécois et dans une plus large mesure, les
migrants étrangers « débarquent » à Montréal et dans les
grands centres urbains pour y découvrir un tissu social et
familial beaucoup plus restreint. Ici la famille est de type
nucléaire et sauf à lintérieur des groupes
communautaires que les migrants, particulièrement les
étrangers, ont de la difficulté à pénétrer :
lindividualisme « forcené » est de mise.
L'entraide à lintérieur de la famille élargie est quasi
inexistante de même que celle entre familles. Particulièrement
à Montréal, ils y retrouvent une forte concentration de foyers
monoparentaux dont le responsable est une femme alors que dans
leur pays d'origine, il s'agit d'une situation plutôt rare. La
religion y est très peu pratiquée alors que cette dimension est
très forte dans leur pays; même les migrants québécois
constatent un différence notable dans la pratique religieuse en
ville comparativement avec celle prévalant dans leur région
semi-rurale d'origine. La valeur accordée aux enfants est moins
forte « en ville » que dans leur pays d'origine et que dans les
sections semi-rurales du Québec; on le constate en comparant le
nombre moyen d'enfants par famille avec enfants à Montréal avec
celui prévalant en région ainsi que dans les pays d'où
proviennent les immigrants.
Les migrants étrangers découvrent également au Québec des
valeurs telles la démocratie, la liberté d'expression et le
droit à léducation dont plusieurs étaient privés dans
leur pays; la contrepartie de ces nouvelles valeurs réside dans
le fait que les migrants peuvent remettre en question leur
position personnelle relativement à leurs rôles conjugaux et
parentaux. En effet, au Québec, les relations de couples sont
plus égalitaires, les femmes y exercent davantage d'autonomie et
les enfants y ont une plus grands liberté d'expression que dans
la plupart des pays d'où viennent les migrants. Cela explique la
tendance des migrants à se regrouper entre eux pour tenter de
perpétuer des valeurs plus « sécurisantes » pour eux.
À cet égard, plusieurs migrants sétonnent des
interventions de lÉtat dans leurs relations avec les
membres de leur famille, notamment celles de la Direction de la
protection de la jeunesse; à tort ou à raison, ils ne voient
pas de mal dans la manière dont ils traitent leurs enfants; de
plus, rien ne prouve que toutes ces interventions sont
justifiées.
Les valeurs des migrants : un atout pour la société québécoise
Les valeurs familiales des migrants étrangers sont analogues
à celles qui prévalaient au Québec avant la Révolution
tranquille. Considérées comme traditionnelles par opposition à
de soi-disant valeurs plus modernes, elles reposent sur des bases
solides qui ont autrefois fait la force de la famille et de la
société québécoise. « On n'invente pas de nouvelles valeurs
pas plus qu'on peut inventer de nouvelles couleurs ». Donc, les
Québécois auraient intérêt à aller puiser chez les familles
migrantes ce qu'il y a de positif dans ces valeurs : respect de
lautorité parentale, apprentissage des enfants à la vie
en société, exploitation de la dimension spirituelle, sinon
religieuse dans le développement global de la personne, etc...
La société québécoise, particulièrement la communauté
montréalaise, « miroir du Québec » pour les migrants
étrangers a un urgent besoin de redécouvrir ces valeurs
susmentionnées. À lheure où moins du quart des foyers
montréalais comptent des parents vivant avec des enfants de
moins de 18 ans et où la vie spirituelle a été presque
totalement évacuée dans le cadre de le rupture avec la religion
- on a jeté le bébé avec leau du bain, la présence
d'une forte communauté de personnes d'origine ethnique
différente de celle des québécois ne peut quêtre
bénéfique à ces derniers dans la mesure où ceux-ci
souvrent aux valeurs des communautés culturelles.
On pourrait ajouter que la société québécoise pourrait tirer
profit du sens de lentraide dans le cadre de la famille
élargie privilégié par les communautés culturelles; il ne
faut pas sétonner à cet égard les critiques provenant
des représentants des communautés culturelles à légard
de la définition de la famille telle qu'inscrite dans
lÉnoncé de politique familiale du Gouvernement du
Québec. Celle-ci est réduite à la famille composée de parents
avec jeunes enfants alors que pour les communautés culturelles,
elle inclut également les grands parents, voire la famille
élargie. À la décharge du gouvernement, on pourrait dire qu'on
désirait aller au plus urgent (la prise en charge d'enfants); on
pourrait par contre dire qu'elle résulte d'un mode de pensée
sectoriel alors que la vision des communautés culturelles est
beaucoup plus globale.
Les Québécois ont certes des valeurs solides à offrir aux
immigrants (démocratie, liberté d'expression, accès universel
à léducation, etc...) mais la trame de fond qui
sous-entend lévolution de la société québécoise mène
carrément cette dernière à lextinction.
Qui aurait envie de s'associer à des perdants ?
Harmoniser les relations entre les communautés culturelles et la société québécoise : travailler d'abord sur cette dernière
Le discours politique ainsi que celui des médias ne cessent
de clamer que le Québec a besoin de limmigration pour
combler son déficit démographique. Soit ! Mais il y aura
peut-être lieu de cesser de reprocher aux migrants étrangers de
s'intégrer à la communauté anglophone. Ils ne font qu'imiter
certains francophones qui pour s'en sortir, faute de pouvoir
aller rejoindre la majorité francophone en banlieue, se
modèlent tant bien que mal sur le monde anglophone : Montréal
(lîle) s'anglicise de plus en plus, non seulement par
lapport de limmigration mais également par le
pouvoir attractif de la communauté anglophone auprès des
francophones.
Au lieu de déplorer langlicisation des migrants
étrangers, ne vaudrait-il pas mieux que les Montréalais
francophones se taillent leur propre niche écologique, s'y
reproduisent en nombre suffisant, tendent la main à leurs
citoyens anglophones et allophones, apprennent à les respecter
en se respectant d'abord eux-mêmes ? Une fois cette niche
écologique bien établie, son pouvoir attractif auprès des
migrants ne serait-il pas suffisant pour parvenir à intégrer
ces derniers ?
LHôtel de ville de Montréal pourrait être pris d'assaut
- politiquement parlant - par ceux et celles qui croient que la
ville doit être conçue et aménagée d'abord et avant tout pour
les humains et particulièrement pour ceux qui ont charge
d'enfants, assurant ainsi le renouvellement de la population.
Cette remise en question collective qui pourrait déboucher sur
un tel projet collectif commande une remise en question
individuelle sur la valeur intrinsèque de lêtre humain,
non pas pour ce qu'il fait mais pour ce qu'il est.
Lespoir d'un bel avenir
Les gouvernements municipaux du Québec, de concert avec les
autres intervenants du milieu, les représentants des organismes
centraux des autres niveaux de gouvernement et surtout, les
représentants des familles pourraient impérativement se doter
dune politique familiale vigoureuse et efficace; cette
politique pourrait se doubler de politiques fermes destinées à
attirer les immigrants tout en favorisant lamélioration de
la qualité de vie prise dans son sens large.
Le ferment de cette politique globale à trois volets est déjà
présent au Québec. Le gouvernement a déposé son Énoncé de
politique familiale. Il existe également des municipalités
dotées d'une politique familiale; dautres ont établi des
tables de concertation des communautés culturelles; enfin,
plusieurs municipalités font partie du Réseau de villes et
villages en santé. II ne reste plus qu'à intégrer les trois
concepts, que les citoyens et les citoyennes s'impliquent
davantage; leur municipalité suivra. Les gouvernements n'auront
plus qu'à emboîter le pas en répondant adéquatement aux
attentes provenant des milieux locaux.