Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 14, numéro 71, décembre 2002

Madame Karine Bates
Étudiante au doctorat/Ph.D. Candidate
Département d'anthropologie/Department of Anthropology
Université McGill/McGill University

Vivre en Inde ou la découverte des nombreux visages de la famille hindoue

En Mars 2001, je quittais le Québec pour un séjour de quatorze mois en Inde dans le cadre de mon doctorat en anthropologie juridique. L'objectif académique était d'explorer la diversité des statuts socio-économiques des femmes en Inde à travers l'étude de l'accès à la propriété chez les veuves hindoues. En accord avec l'approche anthropologique, j'ai vécu dans une communauté rurale afin de partager la vie des gens au quotidien. Dès mon arrivée, les gens du village firent preuve d'une grande ouverture. Leur générosité, leur intelligence et leur élégance m'ont permis de me sentir chez moi, comme si j'avais une nouvelle grande famille...

C'est la plus belle chose que des Indiens veulent vous offrir : l'accueil chaleureux de leur maisonnée. Ainsi, plusieurs foyers m'ont ouvert leur porte et on accepté de participer à mon projet de recherche. Ceci a donné place à des échanges inter-culturels fascinants. Dans l'état du Maharashtra, au centre ouest de l'Inde, comme dans l'ensemble de l'Asie du Sud, les femmes doivent être mariée avant 25 ans. Dans le cas contraire, la communauté soupçonne une anomalie chez la jeune fille; une maladie cachée, un mauvais caractère ou une tendance à entraîner le malheur là où elle se trouve. En milieu rural, il est très rare qu'une femme s'éloigne du village pour s'instruire ou pour un emploi. J'étais donc une anomalie! A 29 ans je n'étais ni mariée, ni fiancée. De plus, je me retrouvais très loin de ma famille. Plusieurs foyers ont pris soin de moi puisque loin de mes proches je devais accomplir mon devoir. Ainsi, mes familles adoptives ont démontré un grand respect de notre priorité culturelle; l'instruction et non le mariage.

Chez les hindous, tant chez les femmes et les hommes, le mariage est un élément crucial quoique les implications diffèrent selon le sexe. Dans la région étudiée, une hindoue sans mari est presque sans statut. C'est pourquoi, une veuve se retrouve dans une position sociale fragile.

 
Selon les préceptes hindous, la famille élargie doit s'assurer du bien-être de la veuve. Les faits ne correspondent généralement pas à cette situation. Ainsi, plusieurs veuves sont isolées à l'intérieur de la maisonnée voire même complètement abandonnée. La pauvreté mais surtout la perte de considération sociale rendent la situation de ces femmes précaires. Les veuves héritent rarement de la propriété de leur défunt mari, contrairement à la loi nationale régissant les hindous qui prévoit un partage entre la veuve et ses enfants. Bien qu'elles connaissent leurs droits, les veuves souhaitent préserver la cohésion familiale élargie, aussi fragile soit-elle. Mais quelle famille? Après son mariage, la femme ne doit pas revenir dans son milieu natal puisque sa famille devient celle de son mari, où elle va vivre. Elle s'éloigne définitivement de ses liens de sang et pourtant sa belle-famille ne la considérera jamais comme faisant partie des leurs. Cette réalité explique en partie la fragilité du statut des femmes hindoues et surtout des veuves.

C'est lors de ce voyage dans l'univers de diverses maisonnées élargies que j'ai partagé des moments précieux avec des hommes et des femmes qui tentent, comme nous, de négocier et redéfinir les normes culturelles afin d'être heureux. Puis, au-delà des conflits et divergences, les familles restent un point de référence qui influence la vie de tous leurs membres.


845, rue Sherbrooke Ouest
Montréal, (Québec), H3A 2T5.

(1-514) 398-4455

www.mcgill.ca/

karine.bates@mail.mcgill.ca

Retour à la table des matières