![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 14, numéro 71, décembre 2002 |
|
Monsieur P. Luc Dupont
Écouter la conférence Voir la conférence
Président, Société de recherche en
orientation humaine (SROH)
La problématique des études chez les adolescents
J'aimerais d'abord remercier les organisateurs de cette activité de m'avoir invité à participer à cette matinée de réflexion portant sur Les familles et les études. J'aimerais en particulier remercier et féliciter Monsieur Yves Lajoie, directeur général du Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec pour son dynamisme et la continuité de son action.
La Société de recherche en orientation humaine est membre du Regroupement depuis de nombreuses années et c'est pour moi un grand plaisir d'être parmi vous ce matin. La SROH est dans le jargon du mouvement associatif une organisation non gouvernementale qui a été fondée en 1972 par Monsieur Moncef Guitouni. La vision qui a animé la création de notre organisation est toujours présente et s'articule autour de la nécessaire compréhension de la dynamique humaine et sociale dans une optique globale, optique qui devrait à son tour inspirer une action éducative et préventive fondée sur le renforcement identitaire de la personne et son engagement responsable au sein de la société.
Un auteur classique européen [1] disait que la maladie dans son stade embryonnaire est facile à soigner mais difficile à diagnostiquer. Inversement, une maladie qui se manifeste dans un stade avancé est facile à diagnostiquer mais difficile à soigner. Voilà en quelques mots le défi qui confronte l'action préventive. La SROH regroupe des membres de toutes les catégories sociales et de différents milieux. Il s'agit là de l'un de ses atouts qui se conjugue aux travaux d'avant-garde de son fondateur pour contribuer aux débats de société qui nous confrontent.
Notre action se veut un apport et un soutien aux parents, aux enfants, aux éducateurs afin de les soutenir compte tenu des nombreux changements qui façonnent notre société et qui bouleversent nos valeurs. En plus d'organiser des activités publiques, la SROH publie la revue Psychologie préventive et diffuse également des informations sur son site web à l'adresse suivante : www.sroh.org
Le thème que nous traitons ce matin me tient particulièrement à coeur étant le père d'un adolescent et d'une pré-adolescente et c'est en cette qualité de parent que je vais vous livrer quelques réflexions qui sont inspirées notamment par le taux alarmant de décrochage scolaire qui touche une partie importante des jeunes. Cette situation devrait nous inciter, me semble-t-il, à repenser la question pour voir quel pourrait être le rôle des parents.
Ce rôle de parent touche de nombreux aspects éducatifs et celui des études s'inscrit en particulier dans une optique sociale à l'intérieur de laquelle le jeune doit se conformer à des règles, voire à des critères de performance. Une certaine obligation de résultat lui est imposée pour l'obtention éventuelle d'un diplôme, attestation qui lui facilitera l'accès au marché du travail.
La compréhension de ces règles, la discipline nécessaire pour réussir et le courage pour surmonter les difficultés rencontrées sont autant d'aspects sur lesquels les parents peuvent apporter un soutien.
Mais ces parents sont-ils capables d'assumer ce rôle? Sont-ils eux-mêmes soutenus par la société pour apporter le soutien nécessaire à leurs enfants, de la petite enfance à l'adolescence?
Arrivés à l'adolescence, les jeunes sont en pleine transition. Ils franchissent dans ce processus de transformation des étapes qui devraient leur permettre de devenir des adultes, c'est-à-dire, des personnes responsables, capables de s'assumer à la fois comme personne et comme citoyen. Parmi ces nombreuses transformations qui s'opèrent, il y a celles qui sont d'ordre physiologique - changements hormonaux et éveil de la sexualité; celles qui sont d'ordre sociologique - influence croissante du milieu (amis, école, collègues de classe, télévision, vidéo); et celles que je qualifierais d'ordre hiérarchique - c'est à dire l'affranchissement graduel de l'autorité des parents-ils font des choses sans le consentement explicite de maman ou de papa. Ils deviennent plus perméables aux influences extérieures (ce n'est pas parce que les parents le disent que c'est vrai!).
Devant cette autonomie en émergence, la question des repères devient essentielle. Ces repères ne sont pas spontanés mais sont le fruit d'interaction, de dialogue mais aussi de modèle d'adulte qui exerce une ascendance sur le jeune en lui montrant comment surmonter des obstacles ou réaliser des objectifs. C'est donc dire que nous devons comme parents ou adultes faire preuve de leadership et de cohérence en prêchant par l'exemple. Si l'on est nous-même démissionnaire, comment s'attendre à ce que les jeunes ne soient pas décrocheurs?
Dans ce cheminement l'autre question qui me vient à l'esprit est de savoir pourquoi les parents devraient n'être préoccupés que lorsque ça va mal? Quand il y a des difficultés, on cherche une collaboration ou une implication des parents, que ce soit à l'école ou dans la société. Mais pourquoi faut-il attendre? N'existe-t-il pas de signes avant-coureurs? Pourquoi ne pas privilégier une collaboration des parents dès le départ? Il s'agit là d'une dimension importante si on s'intéresse aux perspectives de réussite des jeunes.
Une autre question qui me vient à l'esprit est celle de la crédibilité des parents aux yeux des jeunes. En d'autres termes, pourquoi les parents perdent-ils leur influence auprès des enfants qui arrivent au stade de l'adolescence? Serait-ce lié au désengagement des parents? Ou, au fait que l'industrie des médias, de la publicité et de l'audiovisuel privilégie une forme de délestage de la relation parents-enfants du genre : « il est assez grand pour se débrouiller »?
Malgré toutes leurs imperfections, les parents sont les principaux intéressés de la réussite de leurs enfants même s'ils l'ignorent parfois ou même si cette dimension n'est pas valorisée au niveau social. C'est pourquoi une action de soutien et de ressourcement des parents est essentielle. On passe des centaines d'heures à chercher à maîtriser des logiciels, mais on passe très peu de temps à s'interroger sur l'approfondissement des connaissances qui seraient souhaitables pour améliorer nos compétences parentales.
Selon des études du gouvernement [2], le marché du travail réserve une place de choix à ceux qui sont qualifiés, c'est-à-dire qui disposent d'une capacité d'action sociale reconnue par une formation académique. Il s'agit d'une réalité sociale. Ceux qui ne complètent pas leurs études n'auront pas les outils nécessaires pour évoluer avec succès dans la nouvelle économie du savoir.
Les études s'avèrent pour les jeunes une orientation stratégique fondamentale qui doit être à l'avant-plan de leurs priorités. Ceci s'avère d'autant plus important que nous nous retrouvons dans une société de plus en plus vieillissante. Ce qui signifie que l'on ne doit pas se tromper comme société.
La trajectoire des jeunes est non seulement parsemée d'embûches, elle est également parsemée de distractions. Les parents ont bien sûr un rôle de soutien à apporter au jeune, mais ce soutien n'est pas uniquement économique. La société doit également apporter son soutien aux parents et à leur rôle comme premier fiduciaire de leurs jeunes. La famille n'est pas uniquement une concept économique, mais elle est avant tout une cellule relationnelle où l'on apprend à vivre ensemble, c'est en quelque sorte la première école de la vie et la première source d'inspiration pour la réussite.
[1] MACHIAVEL, Nicolas, Le Prince, Librairie générale française, 1972
[2] Industrie Canada-Perspectives d'emplois et qualifications
![]() |
SROH |
Vox : (1-514) 523-5677 |