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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 14, numéro 72, mai 2003 |
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Me Marie-France Bureau Image
de la conférence Écouter : Partie 1
Partie 2
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Partie
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2
Membre du Barreau du Québec
Doctorante à l'Université McGill
LUnion civile et les nouvelles
règles de filiation au Québec : quelques aspects juridiques
1) LAvant projet de loi instituant lunion
civile des personnes de même sexe et modifiant le Code civil et
dautres dispositions législatives
Le Ministre québécois de la Justice déposait en décembre 2001
un avant-projet de loi instituant lunion civile pour les
conjoints de même sexe. Ce nouvel état civil, dans sa forme
initiale, était un régime réservé aux seuls conjoints de
même sexe. En créant cette nouvelle institution matrimoniale
quasi identique au mariage, le gouvernement québécois allait
beaucoup plus loin que la plupart des juridictions dans
lesquelles des partenariats ouverts aux conjoints de même sexe
ont été instaurés. Bien que lunion proposée
initialement contenait à peu près lensemble des droits et
obligations associés au mariage, y compris des conditions de
célébration, des régimes matrimoniaux et lapplication
des règles relatives au patrimoine familial, lavant projet
de loi ne modifiait toutefois pas les dispositions du Code civil
relatives à la filiation et à lautorité parentale.
Le Ministre de la justice de lépoque, M. Paul Bégin, a
indiqué dès le départ quil voulait consulter la
population sur cette question et quil espérait inclure des
droits parentaux au projet de loi final. Une Commission
parlementaire sest tenue au cours de laquelle lenjeu
principal a été la question dune éventuelle modification
des dispositions du Code civil sur la filiation et
lautorité parentale et légalité des enfants issus
de familles homoparentales. Lopportunité délargir
laccès à lunion aux couples hétérosexuels a
également occupé une large place lors des consultations
publiques qui se sont tenues à Québec en février et mai
dernier.
Parmi les organismes et les individus qui ont témoigné durant
les consultations publiques, plusieurs mères lesbiennes sont
venues parler de leur situation et ont expliqué
limportance que revêtait pour elles la reconnaissance de
la parentalité et de la filiation des enfants issus de familles
homoparentales. Il sagissait avant tout de protéger leurs
enfants, au même titre que les autres enfants du Québec en leur
permettant davoir deux parents reconnus. Le changement aux
règles de filiation était également vu comme une une question
dégalité, de respect et dacceptation de la
réalité des familles homoparentales dans une société ouverte
à la diversité. Des enfants ayant été élevés par des
parents homosexuels sont également venus témoigner de leur
lhistoire et ont expliqué pourquoi la pleine
reconnaissance juridique des familles homoparentales leur
paraîssait importante afin de changer les attitudes négatives
envers les enfants dans leur situation et pour assurer le respect
et la dignité de leurs familles. Dautres grandes
organisations de la société civile comme les principales
centrales syndicales, la Fédération des femmes du Québec, La
Commission des droits de la personnes et le Centre de droit
privé de McGill ont appuyé les revendications des familles
homoparentales et des groupes gais et lesbiens en recommandant
une modification des règles de filiation.
Plusieurs organisations, individus et experts ont également
insisté sur limportance douvrir lunion tant
aux conjoints hétérosexuels quaux conjoints de même sexe
afin déviter de créer un état civil séparé qui, en
plus de répondre à une logique ségrégationniste, risquait de
créer des problèmes aux couples qui voudraient sen
prévaloir en les stigmatisannt davantage et en les
forçant à revendiquer en tout temps un statut homosexuel. Il
sagit de songer aux problèmes que pourrait causer un état
civil exclusivement homosexuel dans certains milieux de travail
ou au danger que peut représenter cette identification dans des
pays où lhomosexualité est toujours criminalisée pour
comprendre limportance de cette préoccupation.
2) La Loi instituant lunion civile
et établissant de nouvelles règles de filiation
À lissue des débats publics, le Ministre déposait un
projet de loi substantiellement modifié rendant lunion
civile accessible tant aux conjoints de même sexe quà
ceux de sexe différent. La loi sur lunion civile confirme
la possibilité pour les gais et lesbiennes dadopter
individuellement ou en couple et introduit de nouvelles règles
de filiation en matière de procréation assistée. Ces nouvelles
règles prévoient, en outre, que les lesbiennes qui ont des
enfants issus dun projet parental avec assistance à la
procréation peuvent être reconnues comme parents, quelles
soient liées par une union de fait ou une union civile. La loi
fut adoptée à lunanimité par lAssemblée Nationale
le 7 juin dernier et mise en vigueur le 24 juin 2002.
a) Lunion civile
Contrairement à lunion civile du Vermont qui est
réservée aux conjoints de même sexe, le législateur a opté
pour la création dun nouveau statut conjugal pour les
personnes de même sexe et de sexe différent qui désirent
sengager publiquement à faire vie commune et à respecter
les droits et obligations liés à cet état. Les conditions, les
droits et obligations et les effets reliés à cette union sont
désormais établies au Code civil du Québec (dans plusieurs
cas, on ne fait dailleurs que renvoyer aux règles du
mariage). La loi mofidie également quelque 54 lois québécoises
afin de reconnaître les personnes liées par une union civile.
Ces dernières auront à peu de choses près les mêmes droits et
les mêmes obligations que les conjoints mariés aux fins
dapplication des lois québécoises.
* Les conditions déligibilité à lunion civile sont
les mêmes que pour le mariage, à lexception de
lâge de consentement qui est fixé à 18 ans, alors
quil est de 16 ans pour contracter un mariage.
* La loi prévoit que lunion civile doit être célébrée
publiquement devant un célébrant compétent. Les personnes
habilités à célébrer les mariage peuvent désormais
célébrer les union civiles, y compris les ministres du culte.
La loi prévoit toutefois quaucun officier religieux ne
peut être contraint de célébrer une union si sa religion
len empêche.
* Lunion civile emporte sensiblement les mêmes droits et
obligations que le mariage. Les conjoints sont notamment tenus de
faire vie commune et se doivent mutuellement respect, fidélité,
secours et assistance. Lunion civile a les mêmes effets
que le mariage en ce qui a trait, entre autres, à la direction
de la famille, à lexercice de lautorité parentale,
la résidence familiale, le patrimoine familial et les règles
relatives aux régimes matrimoniaux et au contrat de mariage que
lon nomme contrat et régimes dunion civile.
* À linstar du mariage, lunion se dissout par le
décès de lun des conjoints ou par une déclaration
judiciaire. Le législateur a cependant introduit une nouvelle
procédure de dissolution notariale pour les conjoints unis
civilement. Lunion peut donc être dissoute par une
déclaration commune des conjoints, laquelle doit être reçue et
constatée par un notaire. Cette dissolution ne peut avoir lieu
que dans la mesure où les conjoints ont reglé toute les
conséquences de la dissolution de leur union et quil
ny a pas denfants communs en cause. A défaut
dun tel accord ou si les droits denfants mineurs sont
au cause, la dissolution doit être prononcée par le tribunal.
Il est par ailleurs important de noter que la Loi sur le divorce
ne sapplique pas à cette institution provinciale et
quen conséquence, les dispositions relatives à la
parentalité de fait (doctrine in loco parentis) et la
jurisprudence y afférent ne trouveront pas application en cas de
séparation. Le Québec a fort à faire en ce qui concerne la
question de la responsabilité des adultes ayant tenu un rôle de
parents dans la vie dun enfant. Il est à prévoir que
cette question sera lobjet de débats dans les prochaines
années.
Il est nécessaire de souligner que malgré les similitudes
notées, lunion civile nest pas le mariage. En ce
sens, bien que cette alternative constitue la mesure maximale que
le législateur provincial pouvait offrir au regard du partage
des compétences constitutionnelles, plusieurs considèrent
quelle nen demeure pas moins un compromis. De
nombreux gais et lesbiennes jugent que lunion civile civile
nest quun succédané du mariage et que
légalité et la pleine participation citoyenne des
minorités sexuelles résident dans leur accès au mariage avec
toute la symbolique que porte cette institution. La question de
laccès éventuel des lesbiennes et des gais au mariage est
dailleurs actuellement débattue à Ottawa devant le
Comité permanent de la justice et des droits de la personne, à
linitiative du Ministre fédéral de la Justice.
Selon une autre opinion, ce nouveau statut conjugal permet au
contraire aux couples qui veulent se prévaloir des protections
juridiques offertes par le mariage de le faire dans une optique
purement civile et laïque, à travers un mécanisme dépourvu de
lhistoire patriarcale et religieuse du mariage. En ce sens,
lunion civile pourrait contribuer à relativiser
limportance du mariage et contribuerait ainsi à moderniser
lorganisation de la conjugalité.
b) La filiation
La nouvelle loi québécoise se distingue de nombreuses autres
alternatives au mariage - de type partenariat enregistré -
instaurées notamment dans les pays scandinaves, en France ou en
Nouvelle-Ecosse en ce qui concerne laspect de la
parentalité. Contrairement à ces mécanismes qui ne visent
quà encadrer juridiquement la conjugalité, le
législateur québécois a en effet décidé, en plus de créer
une nouvelle institution matrimoniale, de modifier les
dispositions du Code civil relatives à la filiation et de
traiter les parents de même sexe de la même façon, dans la
mesure du possible, que les parents de sexe différent.
Il est primordial de souligner le fait que la filiation est un
lien juridique entre un enfant et ses parents. Ce lien rattache
lenfant à ses parents et à la famille de ceux-ci. Il est
donc fondateur de la parenté qui a des effets juridiques très
importants que ce soit sur le plan patrimonial (obligation
alimentaire, succession) que sur le plan personnel et identitaire
(attribution du nom, autorité parentale etc).
* Le Code civil prévoyait déjà quune personne âgée
dau moins 18 ans pouvait seule ou conjointement adopter un
enfant au Québec. Cependant, les textes étaient ambigus étant
donné, entre autres, les dispositions sur la filiation et
lautorité parentale qui faisaient référence au père et
à la mère. Les services publics dadoption refusaient
systématiquement les homosexuels comme candidats à
ladoption. La nouvelle loi met fin à lambiguité et
confirme que les gais et lesbiennes ont accès individuellement
ou en couple aux services publics dadoption. La loi
prévoit également que le consentement spécial à
ladoption en faveur du conjoint (communément nommé
second-parent adoption ou step-parent adoption dans les
juridictions de Common Law) peut se faire en faveur du conjoint
marié, en union civile ou en union de fait.
* La loi sur lunion civile introduit un nouveau chapitre
sur la procréation assistée et définit le projet parental qui
existe dès lors quune ou deux personnes décident de
recourir au matériel génétique dautrui pour avoir un
enfant. La règle générale est à leffet que le donneur
de matériel génétique nest pas considéré comme un
parent sauf si le don se fait par relation sexuelle, auquel cas
le donneur dispose dun an, à compter de la naissance de
lenfant, pour établir un lien de filiation. Cette
possibilité sapplique même dans léventualité où
un projet parental avait été formé et que deux parents
étaient déjà reconnus puisque le possession détat
constante ne pourra être invoquée par le ou la conjointe de la
mère en opposition à cette demande.
* La loi crée une présomption de parentalité dans lunion
civile faisant en sorte que lorsquun enfant naît de la
procréation assistée au cours de lunion, il est présumé
avoir pour autre parent le ou la conjointe de la femme ayant
donné naissance à lenfant. Dans le cas des lesbiennes qui
ne sont pas unies civilement, les deux mères doivent déclarer
leurs noms à lacte de naissance, selon le même système
que les conjoints hétérosexuels non mariés.
* La loi prévoit un mécanisme transitoire pour les enfants
nés avant lentrée en vigueur de la loi et qui sont issus
du projet parental de couples lesbiens. Une déclaration tardive
de filiation peut être faite sans frais pour les 3 prochaines
années permettant dajouter à lacte de naissance le
nom de la mère nayant pas donné naissance à
lenfant et permettant également de procéder sans frais au
changement de nom de lenfant pour y ajouter, le nom ou une
partie du nom de famille de la déclarante.
c) Le consentement aux soins
La nouvelle loi prévoit désormais quen cas
dinaptitude du majeur à consentir à des soins requis par
son état de santé, la première personne à pouvoir le faire
(en labsence dun mandat spécifique à cet effet) est
le conjoint marié, en union civile ou en union de fait. Cette
disposition répond à des demandes de nombreux groupes
homosexuels qui déploraient le mécanisme antérieur qui ne
bénéficiait quaux conjoints mariés, au détriment des
conjoints de même sexe. Il sagit donc dun changement
important mais il reste à savoir comment les établissements
médicaux pourront gérer le consentement par les conjoints de
fait, en labsence de définition juridique universelle ou
de preuve de lunion.
La loi sur lunion civile constitue une réforme importante
du droit civil et représente une amélioration de la situation
des familles homoparentales. Dune part, les couples de
même sexe bénéficient de la possibilité de sunir dans
le cadre dune institution juridique stable similaire au
statut du mariage. Dautre part, et ce nest pas
négligeable, les enfants élevés par des parents de même sexe
peuvent désormais avoir un lien de filiation établi à
légard de deux parents. Ces enfants sont dorénavant
beaucoup mieux protégés et accèdent enfin à une égalité de
traitement face aux autres enfants du Québec.
La reconnaissance juridique de cette forme familiale représente
également une avancée au plan symbolique. Les familles
homoparentales ne sont ni déviantes, ni anormales mais elles
étaient invisibles. Elles auraient continué dexister sans
cette loi mais elles peuvent désormais sortir du silence et
trouver un soutien juridique propre à assurer un meilleur cadre
dépanouissement pour les enfants qui y grandissent. Les
changements au Code civil contribuent en ce sens à reconnaître
socialement la famille homoparentale en tant que forme valable,
à soutenir et responsabiliser les parents qui sengagent
pour la vie et à protéger les liens que les enfants forment
avec leurs parents, par-delà les ruptures conjugales et les
aléas de la vie.
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